Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Société

Il se dit « premier contribuable de France » mais Mediapart révèle comment son mégayacht échappe à la taxe

Publié par Mathieu le 27 Mar 2026 à 7:49

Il aime rappeler qu’il est le « premier contribuable de France ». Mais quand il s’agit d’acheter un bateau de 143 mètres, Bernard Arnault aurait une méthode bien rodée. Une méthode parfaitement légale, mais que Mediapart a décortiquée dans le détail dans une enquête publiée ce mercredi. Et le résultat est édifiant.

Publicité

Un mégayacht plus grand que ceux de Bezos et Brin

Il se dit « premier contribuable de France » mais Mediapart révèle comment son mégayacht échappe à la taxe

Selon les documents consultés par Mediapart, le patron de LVMH a commandé un navire de 143 mètres de long. Pour situer les choses : c’est plus grand que les yachts de Jeff Bezos ou de Sergey Brin. Son prix estimé dépasse les 500 millions d’euros.

Pour acquérir ce monstre des mers, Arnault serait passé par une société immatriculée à Malte : Concerto Yachting Limited. Cette entité est elle-même détenue via un prête-nom et une structure basée au Luxembourg.

Publicité

Ce n’est pas la première fois. La même mécanique aurait été utilisée pour l’achat de son précédent yacht, le Symphony, un navire de 101 mètres acquis en 2015 pour 228 millions d’euros. Un montage identique, une même adresse fiscale.

Malte, paradis discret des yachts européens

Ce n’est pas un hasard si Malte revient dans ces dossiers. L’île méditerranéenne est l’un des principaux paradis fiscaux pour les yachts en Europe. L’enquête « Malta Files », menée par un réseau de médias européens, l’avait déjà documenté en détail.

Le porte-parole d’Arnault a répondu à Mediapart que le recours à une société maltaise est « une pratique courante dans l’industrie du yachting ». LVMH a ajouté que « Malte est un État membre de l’Union européenne dont l’expertise maritime est reconnue ».

Publicité

Rien dans tout cela n’est illégal. C’est d’ailleurs là que réside toute la puissance — et tout le problème — de ce type de montage. On reste dans les clous. Mais les clous sont très largement espacés.

Ce n’est pas sans rappeler d’autres grandes fortunes qui optimisent leur fiscalité via des structures internationales. En France, le débat sur la taxation des grandes fortunes est loin d’être résolu.

La nouvelle taxe sur les holdings : une loi qui rate sa cible ?

Publicité

C’est là que l’enquête de Mediapart prend une dimension politique. La loi de finances 2026 a introduit une taxe sur les holdings, à 20 %, censée frapper les biens « somptuaires » détenus via ce type de structures. Voitures de collection, bijoux, yachts : tous sont théoriquement dans la liste.

À lire aussi

En théorie seulement. Parce qu’en pratique, plusieurs mécanismes permettraient d’y échapper.

Premier problème : le calendrier. La loi prévoit que la taxe ne s’applique pas si le contribuable démontre que le siège de sa holding n’a pas été choisi « dans le but principal de contourner la législation fiscale française ». Les sociétés maltaises d’Arnault existaient bien avant l’adoption de cette loi. Selon un expert fiscal cité par Mediapart, cela suffirait probablement à écarter l’application de la taxe.

Publicité

Le yacht loué à… lui-même

Illustration - Bernard Arnault mégayacht taxe Malte
Publicité

Deuxième faille, encore plus frappante. Les bateaux d’Arnault ne sont pas enregistrés comme biens personnels. Ils sont présentés comme des navires de commerce destinés à la location.

Les « Paradise Papers » avaient déjà révélé que le Symphony est loué à une société maltaise. Laquelle appartient elle-même à Bernard Arnault. Le bateau est donc loué à une entité dont il est propriétaire.

Dans ce cas de figure, la taxe ne s’applique qu’au prorata du temps d’usage personnel. Concrètement : seuls les quelques jours où la famille Arnault utilise réellement le yacht seraient concernés. Le reste du temps, c’est du « commerce ».

Publicité

Ce type de montage n’est pas sans rappeler les pratiques dénoncées dans les révélations précédentes sur le projet de mégayacht du milliardaire, déjà évoquées dans la presse il y a quelques mois.

Silence d’Arnault, secret des affaires invoqué

Sollicité par Mediapart pour obtenir sa réaction, Bernard Arnault n’a pas souhaité commenter l’achat du navire. Son porte-parole a estimé que les documents consultés par la rédaction relevaient du « secret des affaires ». Il a précisé que le milliardaire « réservait tous ses droits en la matière ».

À lire aussi

Une fin de non-recevoir qui ne surprendra pas grand monde. Ce qui interpelle davantage, c’est la précision chirurgicale de ces montages face à des lois censées les contrer.

Publicité

L’enquête de Mediapart ne dit pas qu’Arnault fraudait ou fraude. Elle dit quelque chose de plus inconfortable : que la loi, telle qu’elle est écrite, ne peut pas l’atteindre. Et que cela semble avoir été anticipé de longue date.

Ce que ça dit du débat fiscal en France

Cette affaire intervient dans un contexte tendu. La taxe sur les holdings avait été présentée comme l’un des marqueurs forts des débats budgétaires de 2026. Un signal envoyé aux ultrariches : l’optimisation fiscale via des structures offshore allait coûter plus cher.

Mais si les yachts à 500 millions d’euros, loués fictivement à des sociétés maltaises créées des années à l’avance, échappent à la règle… le message est brouillé.

Publicité

La question n’est pas de savoir si Bernard Arnault respecte la loi. Il la respecte. La vraie question, c’est de savoir si la loi est à la hauteur de ce qu’elle prétend corriger. Et là, la réponse semble nettement moins assurée.

Dans un pays où les grandes entreprises et les grandes fortunes sont régulièrement au cœur des débats sur la contribution fiscale, ce type de révélation ne manquera pas de relancer les discussions au Parlement.

Et pendant ce temps, le chantier naval tourne. Le navire de 143 mètres, lui, avance.

Publicité

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *