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Trump prêt à verser un milliard de dollars à TotalEnergies pour que la France abandonne ses projets éoliens

Publié par Killian Ravon le 26 Mar 2026 à 17:30

Le retrait de TotalEnergies de deux grands projets d’éolien offshore au large de la côte est américaine marque un tournant politique autant qu’industriel. Officiellement, Washington et le groupe français défendent une logique de “coût” et de “fiabilité”. Mais derrière cette décision, c’est bien une autre vision de l’énergie qui se dessine, au moment même où les besoins en électricité progressent et où les renouvelables continuent de gagner du terrain dans le monde.

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Donald Trump face à des éoliennes offshore, dans une composition photoréaliste opposant ombre politique et horizon énergétique
Entre pression politique et transition énergétique, le débat autour de l’éolien offshore américain se joue aussi sur le terrain de l’image et du récit.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a repris une ligne très offensive contre l’éolien en mer. Le président américain critique cette filière depuis des années, et son administration a déjà suspendu de nouveaux leviers fédéraux pour le secteur, au nom de l’accessibilité de l’énergie et de la priorité donnée aux hydrocarbures. Le dossier TotalEnergies s’inscrit donc dans une orientation beaucoup plus large que le seul sort de deux concessions maritimes.

Donald Trump lors d’un discours public, image d’illustration pour l’offensive de son administration contre l’éolien offshore. Crédit : Gage Skidmore.
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Une décision qui dépasse largement deux projets en mer

Sur le papier, l’affaire concerne deux zones bien identifiées. TotalEnergies a confirmé avoir signé avec le département de l’Intérieur américain des accords mettant fin à ses projets offshore dans la zone de Carolina Long Bay et dans celle du New York Bight, deux concessions obtenues en 2022. Le groupe explique qu’il ne développera donc plus d’éolien offshore aux États-Unis.

Ces projets ne relevaient pas d’un simple affichage. TotalEnergies rappelait encore en 2022 avoir sécurisé deux concessions représentant au total environ 4 gigawatts de capacité potentielle. En 2023, le groupe avait même détaillé son implication dans le projet Attentive Energy, présenté comme un développement de plus de 3 gigawatts au large de New York et du New Jersey.

Ce revirement a donc une portée industrielle réelle. L’Associated Press rappelle que les deux projets devaient produire suffisamment d’électricité pour alimenter environ 1,3 million de foyers. Reuters ajoute qu’une seule des concessions, celle du New York Bight, avait représenté à elle seule 795 millions de dollars lors de l’achat du bail.

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Le futur siège de TotalEnergies à La Défense, en région parisienne. Crédit : Bretwa.

Donald Trump impose sa lecture de l’énergie

L’administration Trump présente ce dossier comme une victoire politique. Dans son communiqué, le département de l’Intérieur affirme que TotalEnergies va réorienter un montant proche d’un milliard de dollars vers le gaz naturel, le pétrole et le GNL sur le territoire américain, avec l’idée assumée de substituer des projets jugés “abordables” et “fiables” à une filière offshore décrite comme coûteuse et incertaine.

De son côté, TotalEnergies reprend une partie de cette argumentation. Le groupe estime que l’éolien offshore aux États-Unis, contrairement à l’Europe, reste trop coûteux et pourrait peser sur l’accessibilité de l’électricité pour les consommateurs américains. Patrick Pouyanné a même expliqué que d’autres technologies seraient, selon lui, mieux adaptées pour répondre à la hausse de la demande électrique outre-Atlantique.

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Ce choix épouse presque parfaitement la doctrine énergétique de Donald Trump. Dès janvier 2025, Reuters rapportait que le président avait suspendu de nouveaux baux fédéraux pour l’éolien offshore en dénonçant une énergie qu’il jugeait laide, chère et néfaste pour la faune. Le dossier TotalEnergies n’apparaît donc pas comme une exception, mais comme une étape supplémentaire d’une offensive méthodique contre l’éolien en mer américain.

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Le pari des hydrocarbures arrive au moment où la demande d’électricité monte

L’un des arguments centraux de Washington consiste à dire que le pays a besoin d’une électricité bon marché et sécurisée immédiatement. La question mérite pourtant d’être regardée de plus près. En janvier 2026, l’Energy Information Administration américaine a expliqué anticiper la plus forte hausse sur quatre ans de la demande d’électricité aux États-Unis depuis 2000, notamment sous l’effet des centres de données.

Dans le même temps, l’Agence internationale de l’énergie souligne dans son rapport Electricity 2026 que l’ère de l’électricité impose d’accélérer les réseaux, la flexibilité du système et l’intégration des nouvelles capacités. Elle rappelle aussi que la part du solaire et de l’éolien dans la production mondiale continue de progresser rapidement, avec une trajectoire de 17 % aujourd’hui à 27 % d’ici 2030.

Autrement dit, au moment où la consommation électrique grimpe, les grandes institutions du secteur décrivent moins un recul durable des renouvelables qu’un besoin d’investissement et d’adaptation. L’éolien offshore n’est pas exempt de difficultés, notamment de coûts, de délais et de taux d’intérêt élevés. Mais le mouvement mondial reste bien orienté vers une diversification des sources, pas vers un retour exclusif au pétrole et au gaz. C’est là que la décision américaine commence à poser davantage de questions qu’elle n’en règle.

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Des éoliennes offshore en mer, technologie au cœur du bras de fer énergétique américain. Crédit : Andy Dingley.

Ce que perd la côte est américaine

Sur la côte est, l’abandon de ces projets intervient dans des régions où l’éolien offshore devait contribuer à de nouveaux équilibres énergétiques. L’EIA rappelle par exemple que l’État de New York a fixé un objectif d’au moins 9 000 mégawatts d’éolien offshore d’ici 2035. De son côté, le NREL évoquait encore une importante réserve de projets et de capacités sur l’Atlantique américain, avec des enjeux industriels, logistiques et de chaîne d’approvisionnement.

Les critiques n’ont d’ailleurs pas tardé. L’AP rapporte que des responsables politiques et militants environnementaux ont dénoncé un mauvais usage de l’argent public et un coup porté à l’investissement vert. Reuters cite aussi l’organisation Oceantic Network, qui voit dans l’accord un signal politique hostile à la filière, envoyé au moment où les coûts de l’énergie restent un sujet majeur pour les ménages.

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Cette dimension est importante, car l’éolien offshore ne se réduit pas à une seule promesse climatique. Il touche aussi à la sécurité d’approvisionnement, à l’industrialisation locale et à la stabilité de long terme du mix électrique. L’AIE rappelle d’ailleurs que sécurité énergétique, soutenabilité et accessibilité ne peuvent plus être pensées séparément. Miser massivement sur les hydrocarbures peut offrir une réponse immédiate, mais expose aussi à d’autres vulnérabilités, notamment géopolitiques.

Un parc d’éoliennes offshore vu depuis la côte, symbole des projets que TotalEnergies abandonne aux États-Unis. Crédit : foshie.

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TotalEnergies ne sort pas du renouvelable, mais le signal est net

Il faut garder une nuance importante. TotalEnergies ne quitte pas pour autant l’ensemble des renouvelables. Le Monde rappelle que le groupe conserve une présence notable dans les énergies bas carbone et dans l’électricité aux États-Unis. L’entreprise n’abandonne donc pas toute stratégie de transition, et continue officiellement de défendre une approche “multi-énergies”.

Mais dans ce dossier précis, le signal envoyé est sans ambiguïté. Entre une filière renouvelable longue à rentabiliser sur le marché américain et des investissements directement encouragés par le pouvoir fédéral dans le gaz et le pétrole, c’est la seconde option qui a été retenue. La logique industrielle rejoint ici très clairement la logique politique.

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Cette séquence en dit long sur l’époque. L’éolien offshore reste une technologie stratégique pour de nombreux pays, et l’AIE continue de souligner son potentiel massif à l’échelle mondiale. Pourtant, aux États-Unis, la décision prise montre qu’une administration Trump peut encore infléchir brutalement la trajectoire d’un grand groupe, non pas en interdisant frontalement une technologie, mais en rendant une autre voie bien plus attractive politiquement et financièrement.

Un terminal de gaz naturel liquéfié, alors que l’accord conclu par Washington pousse TotalEnergies vers le gaz et le pétrole. Crédit : Virtual-Pano.

Ce que l’administration Trump a vraiment obtenu de TotalEnergies

C’est sans doute là que se trouve le cœur de l’affaire. Il ne s’agit pas seulement d’un abandon de projets éoliens jugés trop chers. Ce que Washington a obtenu, selon le département de l’Intérieur, Reuters et TotalEnergies, c’est un mécanisme dans lequel le groupe français renonce à ses deux concessions offshore, récupère le montant payé pour ces baux et s’engage en retour à réinvestir l’équivalent dans des projets américains de gaz naturel liquéfié, de pétrole et de gaz. Le montant avancé est de 928 millions de dollars, soit presque un milliard.

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Autrement dit, l’administration Trump n’a pas seulement freiné l’éolien offshore. Elle a organisé le transfert, presque dollar pour dollar, d’un capital destiné à une énergie renouvelable vers des hydrocarbures. C’est ce basculement qui donne à la décision sa véritable portée. Et c’est aussi ce qui rend la critique difficile à écarter : à l’heure où la demande électrique augmente et où les renouvelables gagnent partout du terrain, ce choix ressemble moins à une simple question de coûts qu’à une réorientation idéologique assumée, au bénéfice direct des énergies fossiles.

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