« En un an, ma poitrine a pris dix tailles » : à 25 ans, ses seins pèsent 25 kg à cause d’une maladie rare

À 25 ans, Summer Robert porte sur elle un poids que la plupart des gens ne peuvent même pas imaginer. Sa poitrine pèse plus de 25 kilogrammes. Derrière ce chiffre vertigineux se cache une condition médicale rare, un parcours semé d’humiliations, et une jeune femme qui a décidé de reprendre le contrôle de son histoire. Voici son témoignage.
Un soutien-gorge bonnet B à 7 ans : quand tout a commencé
L’histoire de Summer ne débute pas à l’âge adulte. Elle remonte à l’enfance, bien avant que quiconque prenne son cas au sérieux. À seulement 7 ans, la petite fille doit emprunter le soutien-gorge bonnet B de la mère d’une amie pour le porter sous son polo d’école. Sept ans. Le corps d’une enfant qui se développe à une vitesse que personne autour d’elle ne comprend.

À 13 ans, les choses empirent brutalement. Les brimades deviennent quotidiennes au collège. Et ce ne sont pas que des moqueries d’adolescents : des adultes de l’établissement la renvoient chez elle pour « se changer », comme si son corps était une tenue inappropriée. Une forme de harcèlement que subissent de nombreuses femmes dans sa situation.
À 15 ans, sa poitrine atteint un bonnet DD en quelques semaines seulement. Sa mère, inquiète, décide de consulter. Mais la réponse médicale est d’une banalité déconcertante : « Ce n’est que la puberté. » Aucun examen approfondi, aucun suivi. Juste une phrase qui referme la porte. Pourtant, ce qui se passait dans le corps de Summer n’avait rien d’ordinaire.
Bonnet J à 16 ans : l’école, puis le travail, puis les regards
Un an plus tard, à 16 ans, Summer affiche un bonnet J. Elle quitte l’école. Pas par choix, mais parce que la vie scolaire est devenue un enfer. Dans le monde du travail, notamment dans l’hôtellerie, les regards ne s’arrêtent pas. Ils changent juste de nature : moins moqueurs, plus sexualisés. Les commentaires déplacés deviennent une constante, comme pour d’autres femmes à forte poitrine qui témoignent régulièrement.

Quand elle tente de trouver des réponses auprès des médecins, on lui parle de son IMC. On lui dit qu’elle doit perdre du poids. Sauf que personne ne prend en compte le fait qu’une partie significative de ce poids se trouve littéralement sur sa poitrine. Un biais médical que dénoncent de nombreuses patientes atteintes d’hypertrophie mammaire, et qui retarde considérablement les diagnostics.
Ce n’est que bien plus tard, entre 22 et 24 ans, que Summer commence à obtenir des éléments de réponse. À cette époque, elle porte un bonnet K. Mais sa poitrine continue de grossir. Et vite. Comme le rapporte le magazine Metro, elle confie : « En un an, ma poitrine a pris dix tailles. » Aujourd’hui, à 25 ans, mesurant 1,45 m, elle affiche un bonnet 30N – voire 28O selon les marques. Et les médecins ont enfin posé un mot sur ce qu’elle vit.
La gigantomastie : bien plus qu’une « grosse poitrine »
Ce mot, c’est gigantomastie. Et non, ce n’est pas une simple poitrine généreuse. C’est une hypertrophie mammaire extrême, une condition rare qui transforme le quotidien en épreuve physique permanente. Comme l’explique la Dre Yael Berdah, chirurgienne plastique, il faut distinguer clairement cette pathologie du simple inconfort esthétique.
« On est déjà dans quelque chose de subjectif avec l’hypertrophie mammaire », rappelle-t-elle. « Certaines femmes avec un bonnet D peuvent se sentir gênées, quand d’autres rêveraient de l’avoir. » Mais dans le cas de la gigantomastie, on bascule dans le pathologique : « On est sur une hypertrophie extrême, des seins extrêmement lourds, qui dépassent souvent le kilo et qui ont un véritable retentissement sur le corps et le quotidien. »
Les conséquences physiques sont lourdes. Douleurs dorsales chroniques, impossibilité de pratiquer la plupart des sports, difficultés à se tenir droite. « Ce sont aussi des seins qui ne tiennent pas seuls, avec des irritations sous-mammaires, des infections cutanées, voire des douleurs mammaires importantes liées aux variations hormonales », précise la spécialiste. Un calvaire que d’autres femmes décrivent avec les mêmes mots.
Mais le poids de cette condition ne se mesure pas qu’en kilogrammes. Il y a aussi ce que ça fait à la tête, à l’image de soi, à la façon dont on ose exister dans l’espace public.
Un impact psychologique que personne ne mesure vraiment
« Il y a un impact moral très fort », insiste la Dre Berdah. « Ces patientes ne se sentent pas normales, elles modifient leur posture, leur façon de s’habiller et peuvent se vivre comme handicapées. » Pour Summer, cela se traduit concrètement : elle porte en permanence un corset médical. « Car quand je marche, j’ai l’impression d’avoir le dos cassé », confie-t-elle.
Trouver des sous-vêtements adaptés relève du parcours du combattant. Le sport est quasi impossible. Et supporter les regards des autres – entre curiosité malsaine, jugement et sexualisation – fait partie du quotidien. Certaines femmes dans des situations similaires racontent même ne plus pouvoir prendre l’avion normalement, tant les contraintes physiques s’accumulent.
À Glasgow, où vit Summer, elle n’a pas trouvé de médecin véritablement à l’écoute. Une errance médicale qui n’est malheureusement pas rare en Écosse pour ce type de pathologie. Et cette absence de prise en charge a poussé la jeune femme à prendre une décision radicale : puisque personne ne l’aide, elle va se débrouiller seule. Mais pas de la manière qu’on pourrait imaginer.
Pourquoi la médecine reste souvent impuissante
L’un des aspects les plus frustrantes de la gigantomastie, c’est qu’on ne sait pas vraiment pourquoi elle se déclenche. « En dehors de situations très rares liées à des dérèglements hormonaux ou à certaines tumeurs, on ne trouve pas vraiment de cause », explique la Dre Berdah. On parle alors de formes « idiopathiques » – un terme médical élégant pour dire qu’on ne sait pas.

Conséquence directe : il n’existe aucun traitement médicamenteux efficace. Pas de pilule, pas de crème, pas de protocole hormonal miracle. La seule prise en charge qui fonctionne réellement, c’est la chirurgie. La réduction mammaire permet de retirer une grande quantité de tissu glandulaire et d’améliorer considérablement la qualité de vie des patientes.
Dans la majorité des cas, l’opération offre des résultats durables. « Les récidives existent, mais elles restent exceptionnelles », rassure la chirurgienne. Dans les formes les plus sévères, plusieurs interventions peuvent toutefois être nécessaires, notamment pour limiter les risques liés à la perte de sang pendant l’opération. Un point crucial que la Dre Berdah tient à souligner : l’évaluation doit toujours être adaptée à la morphologie globale. « Une même poitrine n’aura pas du tout le même impact chez une femme d’1,50 m et 45 kg que chez une femme d’1,80 m. »
Pour Summer, qui mesure 1,45 m et porte 25 kg de poitrine, l’impact est donc colossal. Mais faute de suivi médical adapté, elle a choisi une autre voie – qui divise, mais qui a changé sa vie.
Scotch Dolly : quand la souffrance devient une source de revenus
Après avoir quitté l’hôtellerie – un milieu où le harcèlement était devenu insoutenable – Summer a pris une décision que beaucoup qualifieraient de provocante. Sous le pseudonyme de Scotch Dolly, elle s’est lancée dans la création de contenus érotiques en ligne. Ce corps qu’on a moqué, sexualisé malgré elle, jugé toute sa vie, elle a décidé d’en reprendre le contrôle. À ses conditions.
Et ça marche. « Une seule photo m’a rapporté 800 livres en une journée », raconte-t-elle. Son salaire mensuel atteint désormais 70 000 livres sterling – soit environ 82 000 euros – pour ce qu’elle qualifie elle-même de « défaut qu’elle a longtemps détesté ». Une trajectoire qui rappelle celle d’autres femmes moquées en ligne qui ont fini par transformer les moqueries en fierté.
On peut évidemment débattre de ce choix. Mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître une chose : dans un système médical qui l’a ignorée pendant des années, Summer a trouvé sa propre solution. Pas une solution médicale, certes. Mais une solution économique et psychologique qui lui permet aujourd’hui de vivre sans dépendre du regard des autres. Ou plutôt, d’en faire exactement ce qu’elle veut.
Une réalité encore trop méconnue
L’histoire de Summer illustre un problème bien plus large que son cas personnel. La gigantomastie reste une condition méconnue du grand public, souvent confondue avec une simple question de taille de bonnet. Les femmes qui en souffrent sont confrontées à une double peine : la douleur physique quotidienne, et l’incompréhension – voire le jugement – de leur entourage et parfois du corps médical lui-même.
Le fait que certaines patientes voient leur poitrine continuer de grossir malgré une perte de poids générale montre à quel point cette pathologie échappe aux schémas classiques. Et quand des médecins répondent « perdez du poids » à une femme dont 25 kg de masse corporelle se trouvent sur la poitrine, on mesure le chemin qu’il reste à parcourir en matière de diagnostic et d’écoute.
Si vous ou une proche vivez une situation similaire, certaines pathologies sont prises en charge à 100 % par l’Assurance maladie. La réduction mammaire pour gigantomastie peut être couverte sous conditions. Ne restez pas sans réponse : insistez, consultez un spécialiste, et surtout, ne laissez personne vous dire que « c’est juste la puberté ».