Alexandra Lamy raconte sa tentative de kidnapping en Camargue : « Ils sont en train de m’embarquer »

On connaît Alexandra Lamy pour son énergie communicative, ses rôles cultes et ce sourire qui crève l’écran. Mais derrière la façade lumineuse, la comédienne porte une cicatrice invisible. En pleine promo de son nouveau film Pour le plaisir, elle a livré un témoignage rare dans le podcast Small Takk de Konbini. Un récit qui remonte à son adolescence, une nuit en Camargue, quand trois inconnus ont tenté de l’enlever. Et la façon dont elle s’en est sortie donne des frissons.

Oubliée sur un parking en pleine nuit

Tout commence lors d’une soirée entre amis, dans une discothèque isolée de Camargue. Le genre d’endroit perdu au milieu de nulle part, où la route est noire et les options de transport quasi inexistantes. À la fin de la nuit, son groupe d’amis repart. Sans elle. Alexandra Lamy se retrouve seule sur le parking, dans l’obscurité totale.
Pas de téléphone portable à l’époque. Pas de taxi disponible à des kilomètres à la ronde. La jeune femme prend alors une décision qu’elle ne reproduira jamais : faire de l’auto-stop. Un réflexe de survie, à une heure où personne ne devrait se retrouver aussi vulnérable. D’autres personnalités ont révélé des traumatismes similaires, des moments où tout a basculé en quelques secondes. Mais cette nuit-là, Alexandra Lamy ne mesure pas encore ce qui est sur le point de se jouer.
Un véhicule finit par s’arrêter. Trois hommes à l’intérieur. Par instinct, elle monte à l’avant, côté passager, près du conducteur. Ce choix — qui peut sembler anodin — va probablement lui sauver la vie.
« Je voyais dans le rétro qu’ils se marraient »
Les premières minutes de trajet semblent normales. Le soulagement domine. Mais très vite, l’ambiance change. La voiture bifurque. Elle s’éloigne de l’itinéraire prévu. L’adolescente observe le paysage qui défile et comprend que quelque chose ne tourne pas rond.

Dans le rétroviseur, elle capte les échanges de regards entre les trois passagers. Des sourires complices. Des ricanements à peine dissimulés. La prise de conscience est brutale. « Je voyais dans le rétro qu’ils se marraient un peu et je me suis dit ‘Putain, ils sont en train de m’embarquer’ », confie-t-elle au micro de Konbini. En quelques secondes, la passagère réalise qu’elle est prise au piège dans un véhicule qui file vers une destination inconnue.
L’atmosphère dans l’habitacle devient sinistre. Les trois hommes ne cachent même plus leurs intentions. Alexandra Lamy, encore adolescente, comprend qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Personne ne sait où elle est. Personne ne viendra la chercher. Elle scrute alors la route avec une idée en tête : trouver le bon moment pour agir.
Le rond-point qui change tout
La suite tient en quelques secondes. La voiture approche d’un rond-point. Le conducteur est contraint de ralentir. Pour Alexandra Lamy, c’est maintenant ou jamais. Elle élabore un plan en une fraction de seconde : si le conducteur tente de la retenir, elle lui assène un coup de sac en pleine figure.
« À un moment donné, on arrive à un rond-point. Et là je me suis dit, si jamais le mec me chope, je lui fous un coup de sac dans la gueule. » La portière s’ouvre. Elle bondit hors du véhicule, traverse la route en courant, en pleurant, en hurlant. Elle agite les bras pour stopper n’importe quelle voiture. En pleine nuit, sur une route de Camargue, une adolescente en détresse court pour sa vie.
Ce récit rappelle celui de Claire Chazal, victime d’une agression dans des circonstances tout aussi terrifiantes. Mais pour Alexandra Lamy, le dénouement va dépendre d’une Renault 5 et de deux inconnus.
Deux pêcheurs surgis de nulle part
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Une R5 apparaît dans la nuit. Deux hommes à bord. Des pêcheurs qui rentrent chez eux. Ils s’arrêtent. Derrière elle, les trois individus sont sortis de leur voiture et la poursuivent en courant. Ils l’insultent. Ils tentent de la rattraper.
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« Les pêcheurs sont sortis pendant que les autres me coursaient en m’insultant et en essayant de me choper. Les pêcheurs les ont stoppés en hurlant ‘Mais qu’est-ce que vous faites ?’, et moi j’étais là ‘Ils m’embarquent, ils m’embarquent !’ » Face aux deux hommes déterminés, les agresseurs finissent par reculer. Puis par remonter dans leur voiture et disparaître dans la nuit.
Les deux pêcheurs reconduisent la jeune femme chez elle, à La Grande-Motte. Sans eux, l’issue aurait été radicalement différente. Alexandra Lamy le sait. Et elle ne l’a jamais oublié. Bilal Hassani a aussi pris la parole sur les violences subies, rappelant combien ces témoignages restent difficiles à livrer, même des années après.
La blessure qui ne guérit pas
Les décennies ont passé. Alexandra Lamy est devenue l’une des actrices les plus populaires de France. Mais cette nuit de Camargue ne l’a jamais vraiment quittée. La terreur ressentie dans cette voiture a façonné sa manière d’être mère. Quand sa fille Chloé Jouannet a grandi, la comédienne l’a fermement mise en garde contre l’auto-stop. Un interdit absolu, non négociable, ancré dans l’expérience et la peur viscérale de ce qui aurait pu arriver.
« Je ne sais pas ce qu’il se serait passé si je ne m’étais pas enfuie », avoue-t-elle. Cette phrase, prononcée avec le recul des années, dit tout. Elle dit la conscience du pire évité. Elle dit la chance insensée d’un rond-point au bon moment, d’une R5 au bon endroit, de deux pêcheurs au bon réflexe.
Cette blessure intime a aussi nourri son engagement public. Quand Alexandra Lamy réalise Touchées, un téléfilm sur les violences faites aux femmes, ce n’est pas un sujet de cinéma qu’elle traite. C’est un combat personnel. Chaque scène porte l’écho de cette nuit où une adolescente a compris, seule dans une voiture avec trois inconnus, que personne ne viendrait la sauver.
Pourquoi ce témoignage compte
Ce récit n’est pas un simple fait divers de jeunesse. Il éclaire une réalité que des millions de femmes connaissent : l’insécurité permanente dans l’espace public, la nuit, seule, face à des inconnus. Le fait qu’une actrice aussi populaire qu’Alexandra Lamy — souvent médiatisée pour sa vie privée — prenne la parole sur ce sujet donne une visibilité considérable à une violence trop souvent minimisée.
Le choix du podcast comme format de confession n’est pas anodin. Loin du plateau télé et des caméras, l’intimité du micro permet des aveux que les émissions classiques ne libèrent pas. La voix tremble. Les mots sont crus. « Putain, ils sont en train de m’embarquer » — cette phrase n’est pas du langage de promotion. C’est le souvenir brut d’une gamine terrorisée qui remonte à la surface, intact, des décennies plus tard.
Dans une époque où de plus en plus de personnalités brisent le silence sur les violences qu’elles ont subies, le témoignage d’Alexandra Lamy s’inscrit dans un mouvement plus large. La parole libérée n’efface pas le traumatisme. Mais elle rappelle une chose essentielle : même les visages les plus lumineux du cinéma français portent des nuits dont on ne se remet jamais complètement.
Et peut-être que cette R5 de pêcheurs, croisée par miracle sur une route de Camargue, a sauvé bien plus qu’une adolescente. Elle a sauvé la femme engagée, la mère protectrice et l’actrice combattante qu’Alexandra Lamy est devenue.