Jany Le Pen au centre de rétention de Nanterre pour défendre son jardinier sans papiers
Depuis la disparition de Jean-Marie Le Pen en janvier 2025, sa veuve Jany vivait dans une relative discrétion au manoir de Montretout, à Saint-Cloud. Mais le 23 avril dernier, c’est dans un lieu bien différent qu’elle a été aperçue : le centre de rétention administrative de Nanterre. En cause, l’expulsion imminente vers le Maroc de son jardinier, employé depuis plusieurs années et en situation irrégulière sur le sol français. Une démarche qui n’est pas passée inaperçue, tant elle contraste avec l’héritage politique de son défunt mari.
Un employé fidèle dans la tourmente

L’homme au cœur de cette affaire s’appelle Hatim B. Ressortissant marocain de 32 ans, il travaillait depuis plusieurs années comme jardinier pour la famille Le Pen, entretenant les espaces verts du célèbre manoir de Montretout. Selon les informations du Parisien, relayées par L’Indépendant, l’homme affirmait résider en France depuis une dizaine d’années. Pourtant, il n’a jamais été en mesure de présenter un titre de séjour en règle.

Cette situation irrégulière a fini par le rattraper. Visé par une mesure d’éloignement du territoire, Hatim B. a été placé en rétention administrative à Nanterre, antichambre d’un renvoi vers son pays d’origine. Pour Jany Le Pen, perdre cet employé de confiance ne relevait visiblement pas d’une simple formalité administrative. Elle a décidé d’agir en personne, quitte à se retrouver dans un endroit que peu de personnalités publiques fréquentent volontairement.
Une heure d’entretien, puis l’expulsion
Ce jeudi 23 avril, la veuve de Jean-Marie Le Pen s’est donc présentée au centre de rétention de Nanterre. Sur place, elle a pu s’entretenir avec son jardinier pendant environ une heure. On ignore la teneur exacte de leurs échanges, mais l’objectif de Jany Le Pen était clair : tout tenter pour empêcher l’expulsion de son employé vers le Maroc.

Ses efforts n’ont toutefois pas suffi. Quelques heures à peine après cette visite, Hatim B. a été renvoyé vers son pays d’origine, conformément à la mesure d’éloignement prononcée à son encontre. La rapidité de l’exécution de cette décision n’a laissé aucune marge de manœuvre à la veuve du fondateur du Front National. Un dénouement brutal pour une démarche qui, dans d’autres circonstances, aurait pu paraître banale — mais qui, compte tenu du nom qu’elle porte, prend une dimension toute particulière.
Le paradoxe d’un nom chargé d’histoire politique
C’est évidemment l’ironie de la situation qui a retenu l’attention des médias. Jean-Marie Le Pen a bâti toute sa carrière politique sur la lutte contre l’immigration, faisant de ce thème le pilier central du Front National pendant des décennies. Ses prises de position sur le sujet restent gravées dans les mémoires. Le voir aujourd’hui associé, fût-ce posthumement, à l’emploi d’un sans-papiers dans sa propre résidence familiale constitue un retournement que peu auraient anticipé.
Jany Le Pen, qui a partagé la vie du « Menhir » pendant plus de quarante ans, n’a pas de passé politique comparable à celui de son mari. Son geste au centre de rétention relève davantage de l’attachement personnel à un employé de longue date que d’une prise de position idéologique. Il n’empêche : l’image de la belle-mère de Marine Le Pen plaidant la cause d’un ressortissant marocain sans papiers auprès des autorités a de quoi surprendre, quelle que soit la lecture qu’on en fait.
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Du côté de la famille Le Pen, aucune réaction publique n’a filtré pour le moment. Marine Le Pen, elle-même engagée dans des dossiers liés à l’héritage de son père, ne s’est pas exprimée sur le sujet. Le Rassemblement National n’a pas davantage commenté cette affaire, qui touche à la sphère privée mais résonne inévitablement dans le champ politique.
De Montretout au centre de rétention : le quotidien de Jany après Jean-Marie
Depuis le 7 janvier 2025, date du décès de Jean-Marie Le Pen, Jany tente de reconstruire un quotidien sans l’homme qui occupait toute la place. Quelques heures après l’annonce de sa mort, les journalistes de BFMTV l’avaient trouvée sur le seuil du manoir, dévastée. « Je ne me sens pas bien. Mais je vais essayer de réapprendre à vivre sans lui dans notre maison que j’adore, et c’est tout », avait-elle déclaré, les yeux vitreux.
Interrogée sur ses derniers instants avec son mari, elle avait confié que la fin s’était déroulée « en famille » mais que l’épreuve avait été « très dure dans un établissement de santé ». Depuis, la veuve octogénaire vivait loin des caméras, dans ce manoir de Montretout perché sur les hauteurs de Saint-Cloud qui a vu défiler tant de figures de la vie politique française. Les obsèques de Jean-Marie Le Pen avaient elles-mêmes été le théâtre de tensions familiales, rappelant que même dans le deuil, le clan Le Pen ne fait jamais les choses simplement.

Un épisode révélateur d’une réalité plus large
Au-delà de l’anecdote people, l’affaire Hatim B. met en lumière une réalité bien documentée : l’emploi de travailleurs sans papiers dans les foyers français, y compris les plus aisés. Jardiniers, aides à domicile, agents d’entretien — des dizaines de milliers de personnes travaillent dans l’ombre, parfois pendant des années, sans titre de séjour valide. Le cas de la famille Le Pen n’est en rien isolé, mais il frappe par le contraste entre le discours politique porté pendant des décennies et la pratique domestique.
Hatim B. affirmait vivre en France depuis dix ans. Dix années pendant lesquelles il a travaillé, vécu, construit des habitudes — sans jamais obtenir de régularisation. Son renvoi au Maroc « quelques heures » après la visite de Jany Le Pen illustre la brutalité des procédures d’éloignement, qui ne laissent souvent ni le temps de l’appel ni celui de l’au revoir. La famille Le Pen, habituée aux projecteurs pour des raisons politiques, se retrouve cette fois sous le feu de l’actualité pour une affaire profondément humaine.
Une chose est sûre : Jany Le Pen, qui n’avait fait parler d’elle que lors du décès de son mari et de la vandalisation de sa tombe, vient de rappeler qu’elle existait en dehors de l’ombre tutélaire de Jean-Marie. Et ce, d’une manière que personne dans l’entourage du RN n’aurait sans doute souhaitée.