Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Politique

Le nouveau maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, annonce le désarmement de sa police municipale

Publié par Elsa Fanjul le 24 Mar 2026 à 15:32

Une déclaration qui a immédiatement fait réagir

bally bagayoko
Publicité

Il n’a pas fallu longtemps pour que les déclarations de Bally Bagayoko fassent le tour des réseaux sociaux. Invité de France 2 mardi, le tout nouveau maire de Saint-Denis-Pierrefitte a prononcé des mots que peu s’attendaient à entendre d’un édile fraîchement élu dans l’une des villes les plus peuplées d’Île-de-France.

« Nous allons entrer dans un processus de désarmement. » Voilà ce qu’il a déclaré, sans détour, en évoquant sa police municipale.

Une phrase qui résonne d’autant plus fort que Saint-Denis-Pierrefitte compte 150 000 habitants. Et que quatre d’entre eux sur dix vivent sous le seuil de pauvreté.

Publicité

Qui est ce maire qui veut incarner une « nouvelle France » ?

Bally Bagayoko n’est pas arrivé là par hasard. Il a remporté la mairie dès le premier tour, en battant le sortant socialiste Mathieu Hanotin.

Saint-Denis-Pierrefitte est née début 2025 de la fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine. C’est désormais la plus grande commune dirigée par La France insoumise en France.

Depuis son élection, le nouveau maire ne cache pas ses ambitions. Il veut faire de sa ville une vitrine politique pour LFI, une « capitale de l’Insoumission » selon ses propres termes. Et sur la sécurité, il entend visiblement imprimer sa marque très rapidement.

Publicité

Les LBD en ligne de mire : ce qu’il veut concrètement

Illustration - désarmement police municipale Saint-Denis

Bagayoko a pris soin de préciser ce qu’il entendait réellement par « désarmement ». Ce n’est pas un retrait général et immédiat de toutes les armes.

« Lorsque je parle de désarmement, je pense d’abord aux LBD, les lanceurs de balles de défense, qui sont des armes très peu contrôlables et aux conséquences parfois dramatiques. »

Publicité

Sur les armes à feu classiques, le ton est plus nuancé. « Les armes à feu, pour l’instant, nous les gardons, avec un processus de désarmement. Ça passe d’abord par la définition d’une doctrine. Nous y allons piano piano. »

Ce positionnement sur les LBD rejoint une revendication portée depuis longtemps à gauche. Mathilde Panot avait d’ailleurs fait de cette mesure l’un des axes forts du programme LFI pour les municipales 2026, en proposant également la suppression de la vidéosurveillance.

« Nous sommes pragmatiques » : les arguments du maire

Face aux critiques prévisibles, Bagayoko a choisi d’adopter un ton mesuré plutôt que celui d’un idéologue. Il insiste sur le pragmatisme.

Publicité

« On ne gère pas une ville de 150 000 habitants comme une ville de 2 ou 3 000 habitants. » Un argument de taille, qui traduit une volonté de ne pas brusquer les choses.

Il rappelle aussi un fait que beaucoup ont oublié : « Avant 2020, la police municipale n’était pas armée. » Ce retour en arrière historique lui sert à légitimer sa démarche comme un retour à la normale plutôt qu’une rupture radicale.

À lire aussi

Le problème du recrutement : un sujet qu’il ne peut pas esquiver

Illustration - désarmement police municipale Saint-Denis
Publicité

C’est l’une des questions les plus épineuses sur ce dossier. Beaucoup de maires de banlieue le disent ouvertement : une police municipale non armée a du mal à recruter.

Le risque perçu par les candidats est plus élevé. Les vocations se font plus rares. Et Bagayoko ne peut pas se permettre de l’ignorer.

Il l’a reconnu lui-même : « C’est en partie vrai. » Mais il refuse de voir là une contradiction avec son projet. Pour lui, tout est une question d’équilibre entre sécurité et politique sociale.

Publicité

Son argument politique contre l’héritage de Mathieu Hanotin

Sur ce terrain, le maire insoumis joue une carte bien précise : celle de l’élection comme verdict populaire.

« L’ancien maire avait fortement investi dans cette approche sécuritaire, près de 20 millions d’euros, soit une part considérable du budget. Il a été battu. » Le message est clair : les habitants auraient rejeté la politique du tout-sécuritaire.

Publicité

« Cela montre que les électeurs ne se laissent pas convaincre uniquement par une politique sécuritaire. Ils attendent aussi des réponses à une urgence sociale. »

Cette lecture est évidemment contestable. Une victoire électorale peut tenir à de nombreux facteurs. Mais sur le plan rhétorique, l’argument a de quoi faire mouche auprès de son électorat.

Publicité

Un contexte local explosif : 40 % de pauvreté

Illustration - désarmement police municipale Saint-Denis

Difficile de parler de Saint-Denis sans évoquer la réalité sociale de la ville. C’est l’une des communes les plus pauvres de France métropolitaine.

Quatre habitants sur dix y vivent sous le seuil de pauvreté. Les problèmes de délinquance, de trafic, de violences urbaines y sont réels et documentés depuis des années.

Publicité

Dans ce contexte, la promesse d’un désarmement — même progressif, même limité aux LBD dans un premier temps — est perçue par une partie de la population comme un signal inquiétant. Et par une autre comme un geste de confiance envers les habitants.

C’est précisément cette tension que Bagayoko devra gérer au quotidien. Les municipales 2026 ont été marquées par une forte mobilisation, avec des incidents qui ont rappelé que l’enjeu sécuritaire est loin d’être théorique pour les habitants.

« Piano piano » : un calendrier délibérément flou

L’une des formules les plus remarquées de l’interview reste ce « piano piano », emprunté à l’italien pour signifier « doucement, doucement ».

Publicité

Le maire semble vouloir à la fois planter un cap idéologique et rassurer ceux qui craignent une décision brutale. « Le désarmement s’inscrit dans un processus progressif, et non dans une décision immédiate. »

À lire aussi

Aucune date n’a été annoncée. Aucun calendrier précis. Juste une direction. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations — et à tous les retournements.

Un signal politique qui dépasse largement Saint-Denis

Illustration - désarmement police municipale Saint-Denis
Publicité

Ce qui se passe à Saint-Denis-Pierrefitte n’est pas anodin à l’échelle nationale. C’est la première grande ville française dirigée par LFI. Et ce que Bagayoko fera — ou ne fera pas — sera scruté de très près.

Ses partisans y voient la démonstration que la gauche radicale peut gouverner une grande métropole avec rigueur et pragmatisme. Ses opposants, eux, y voient une expérimentation dangereuse dans une ville déjà fragilisée.

Ce débat sur l’armement de la police municipale n’est d’ailleurs pas isolé. Il s’inscrit dans une controverse plus large sur la doctrine de LFI en matière de sécurité, régulièrement accusée par ses adversaires de nourrir des tensions avec les forces de l’ordre.

Publicité

« Maintenir une police municipale de proximité » : la promesse qui reste

Au-delà du désarmement, Bagayoko insiste sur un point : il ne veut pas d’une police municipale fantôme. « Nous devons maintenir une police municipale de proximité, avec des effectifs préservés. »

Ce positionnement de « police de proximité désarmée » est en réalité celui de nombreuses villes européennes. Mais il est peu répandu en France, où l’armement des polices municipales s’est généralisé ces dernières années.

Le pari de Bagayoko : que la présence humaine dans les quartiers, couplée à une politique sociale renforcée, suffise à ramener un climat de confiance. Un pari audacieux. Un pari risqué. Et dont les résultats ne se verront que dans les mois et les années à venir.

Publicité

Ce que les habitants attendent vraiment

La vraie question, au fond, n’est pas idéologique. Elle est pratique. Est-ce que les habitants de Saint-Denis-Pierrefitte se sentiront plus en sécurité ou moins en sécurité dans les prochains mois ?

C’est eux, en définitive, qui rendront leur verdict. Pas lors d’une émission de télévision, mais au quotidien, dans leurs rues, leurs écoles, leurs halls d’immeuble.

Bagayoko a été élu sur une promesse de changement. Il a maintenant l’obligation de la tenir. Et dans une ville comme Saint-Denis, l’histoire — comme le disent souvent ses habitants — se juge sur le terrain, pas dans les studios.

Publicité

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *