Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Politique

Villepin et deux statuettes de Napoléon à 125 000 € : Robert Bourgi balance dans Complément d’Enquête

Publié par Elsa Fanjul le 30 Avr 2026 à 13:20

Alors que Dominique de Villepin prépare discrètement sa candidature à la présidentielle de 2027, une révélation signée Complément d’Enquête vient bousculer sa précampagne. L’ancien premier ministre aurait reçu deux statuettes de Napoléon d’une valeur cumulée de 125 000 euros, transmises par l’intermédiaire du lobbyiste Robert Bourgi. Une affaire qui sent la Françafrique, les règlements de comptes politiques et les vieilles rancœurs entre clans rivaux.

Villepin et deux statuettes de Napoléon à 125 000 € : Robert Bourgi balance dans Complément d'Enquête

Deux Napoléon à 75 000 et 50 000 euros

Selon les informations dévoilées par l’émission de France 2, diffusée ce jeudi, les faits remontent à l’époque où Villepin occupait le poste de ministre des Affaires étrangères, au Quai d’Orsay. Robert Bourgi, figure historique des réseaux franco-africains, affirme avoir fait parvenir à l’ancien premier ministre deux statuettes représentant Napoléon Bonaparte.

La première aurait été offerte en 2002 par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso, pour un montant de 75 000 euros. La seconde proviendrait de l’homme d’affaires italien Gian Angelo Perrucci et aurait coûté 50 000 euros. Des factures ont été publiées par l’émission pour appuyer ces affirmations. Total de la note : 125 000 euros en objets de collection.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des cadeaux entre personnalités politiques font parler. Mais ici, c’est l’identité des donateurs et le circuit de transmission qui posent question. Et la défense de Villepin ne va rien arranger.

« Jamais accepté si j’avais connu leur provenance »

Face caméra dans Complément d’Enquête, Dominique de Villepin ne nie pas avoir reçu les statuettes. Mais il assure qu’il s’agissait selon lui de cadeaux payés par Robert Bourgi en personne. Pas par un président africain. Pas par un homme d’affaires étranger. Le distinguo est crucial : accepter un présent d’un lobbyiste, ce n’est pas la même chose que recevoir un cadeau financé par un chef d’État en exercice.

Couloirs du Quai d'Orsay ministère des Affaires étrangères

L’ancien premier ministre de Jacques Chirac affirme qu’il n’aurait « jamais » accepté ces objets s’il avait connu « leur provenance ». Et il se dit prêt à les rendre. Une ligne de défense qui rappelle un réflexe bien rodé en politique : minimiser le lien, maximiser la bonne foi.

Reste que Robert Bourgi n’est pas exactement un inconnu dans ce type de dossiers. Son nom est directement associé à l’affaire Sarkozy et aux costumes de luxe offerts à François Fillon en pleine campagne présidentielle 2017. Il lui avait fait livrer pour 13 000 euros de costumes, déclenchant des soupçons de trafic d’influence finalement soldés par un non-lieu. Mais le mal électoral, lui, était fait.

Le fantôme des « valises de billets » refait surface

Et ce n’est même pas le plus embarrassant. En 2011, Robert Bourgi avait déjà affirmé publiquement avoir apporté à Jacques Chirac et Dominique de Villepin des valises remplies de billets en provenance de pays africains, entre 1997 et 2005. Des accusations explosives qui avaient conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Résultat : classement sans suite en novembre 2011. Aucune preuve suffisante n’avait pu être réunie. Villepin, de son côté, balaie cette histoire d’un revers de main dans l’émission. Il qualifie ce récit de « parfaitement farfelu » et décrit Bourgi comme un « merveilleux conteur ». Traduisez : il raconte bien, mais il invente beaucoup.

Sauf que cette fois, Bourgi brandit des factures. Et les montants sont précis. Ce qui change la donne par rapport aux accusations passées. La question que tout le monde se pose désormais, c’est pourquoi maintenant.

À lire aussi

Un timing qui sent le règlement de comptes politique

L’entourage de Villepin n’a pas tardé à réagir. Auprès de l’AFP, une source proche de l’ancien premier ministre a dénoncé un « écran de fumée » orchestré par un « fidèle relais de Nicolas Sarkozy ». Le clan Villepin pointe du doigt un homme « connu pour ses récits changeants et ses coups tordus ». Le message est limpide : Bourgi ne parlerait pas de sa propre initiative.

« Personne n’est dupe des manœuvres d’un clan au bord de l’effondrement judiciaire et politique », a ajouté cette source. Et le timing donne du crédit à cette lecture. Ces révélations tombent en plein procès en appel sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. Un dossier dans lequel l’ancien président joue gros.

Journalistes devant un tribunal français lors d'un procès politique

Robert Bourgi, lui, jure que Sarkozy n’a rien à voir avec sa prise de parole. Mais il reconnaît sans détour en vouloir personnellement à Villepin. La raison ? Des propos tenus par l’ancien premier ministre au moment de l’incarcération de Nicolas Sarkozy l’an dernier. Bourgi affirme vouloir tout faire pour « l’empêcher d’aller à l’Élysée ». Au moins, c’est dit.

Villepin, un candidat qui dérange avant même de se déclarer

Dominique de Villepin n’est pas encore officiellement candidat à la présidentielle de 2027. Mais il ne cache plus ses ambitions depuis plusieurs mois. Il a lancé son mouvement, « La France Humaniste », publié un livre programmatique et multiplié les déplacements en France. Ses prises de position, notamment sur Gaza, lui ont valu des critiques acerbes, y compris de la part de Renaud Muselier, ancien secrétaire d’État de son propre gouvernement.

Il y a quelques mois, c’est Jordan Bardella que Villepin avait publiquement taclé, montrant qu’il n’hésite pas à jouer des coudes dans un paysage politique saturé. L’ancien chef du gouvernement fait partie de cette génération de « baby-boomers » politiques que le macronisme avait un temps mise hors jeu, mais qui revient en force avec des ambitions présidentielles intactes.

Selon le baromètre Odoxa-Mascaret d’avril 2026, réalisé pour Public Sénat, Villepin pointe à la 20e place des personnalités politiques suscitant le plus d’adhésion, avec 14 % d’avis favorables. Pas un score de premier de la classe, mais suffisant pour exister dans une course qui s’annonce ultracompétitive. L’histoire de la Ve République est d’ailleurs truffée de figures populaires dans les sondages qui n’ont jamais réussi à transformer l’essai dans les urnes.

Les révélations de Complément d’Enquête vont-elles freiner son élan ? Ou bien seront-elles perçues comme une attaque téléguidée qui, paradoxalement, pourrait lui attirer de la sympathie ? Dans un contexte où les affaires politico-financières font partie du paysage français depuis des décennies, où le patrimoine des responsables politiques est scruté de près, ce genre de dossier peut aussi bien tuer une candidature que la renforcer.

Une chose est sûre : entre les statuettes de Napoléon, les valises de billets et les costumes sur mesure, Robert Bourgi reste le personnage le plus romanesque — et le plus dangereux — de la politique française. Et à dix-huit mois de la présidentielle, il vient de rappeler à tout le monde qu’il n’a pas pris sa retraite.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *