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Les astronomes n’en reviennent pas : ce signal détecté à 8 milliards d’années-lumière défie toutes les théories

Publié par Elsa Fanjul le 21 Mar 2026 à 17:30

Un signal venu du fond de l’univers qui laisse la science sans voix

Les astronomes n'en reviennent pas : ce signal détecté à 8 milliards d'années-lumière défie toutes les théories
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Il y a des découvertes qui font simplement avancer la science. Et il y en a d’autres qui obligent les chercheurs à revoir leurs catégories, leurs outils de mesure, voire leur façon de nommer les choses. Celle que vient d’annoncer une équipe internationale d’astrophysiciens appartient clairement à la deuxième catégorie.

Le signal en question porte un nom aussi aride qu’il est extraordinaire : HATLAS J142935.3,002836. Il a été capté par le réseau de radiotélescopes sud-africain MeerKAT, l’un des instruments les plus sensibles jamais construits pour explorer le ciel radio. Et ce qu’il a détecté, selon le Daily Galaxy, ressemble à ce que certains n’hésitent plus à appeler un méga-laser cosmique — un objet si puissant qu’il force les astronomes à inventer un nouveau mot pour le décrire.

Ce mot, c’est gigamaser. Et il change potentiellement tout ce que l’on croyait savoir sur les limites de certains phénomènes astrophysiques.

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Huit milliards d’années de voyage pour atteindre nos antennes

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Pour saisir la nature de ce qui vient d’être découvert, il faut d’abord appréhender l’échelle de distance en jeu. Le signal détecté par MeerKAT n’a pas voyagé quelques millions d’années-lumière — ce qui serait déjà vertigineux. Il a parcouru plus de 8 milliards d’années-lumière avant d’atteindre nos instruments.

Dit autrement : quand ce signal a été émis, la Terre n’existait pas encore. Le Soleil non plus. L’univers avait alors environ la moitié de son âge actuel. C’est ce que confirme le décalage vers le rouge mesuré à z = 1,027 — une valeur qui indique à quelle vitesse l’espace s’est étiré depuis l’émission du signal, et donc à quelle époque cosmique il remonte.

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Ce voyage de huit milliards d’années a offert aux chercheurs une chose rare et précieuse : une fenêtre directe sur une phase ancienne de l’univers, à une époque où les galaxies étaient beaucoup plus agitées, plus denses, plus chaotiques que celles que nous observons aujourd’hui dans notre voisinage cosmique.

Ce type de découverte n’est pas sans rappeler d’autres énigmes de l’astronomie moderne, comme cet étrange signal radio inédit détecté il y a quelques mois, qui avait lui aussi mis la communauté scientifique en ébullition.

Un maser ? Non. Un gigamaser. La nuance est capitale

Pour comprendre pourquoi cette découverte est si exceptionnelle, il faut savoir ce qu’est un maser. Le mot est un acronyme anglais signifiant « amplification micro-ondes par émission stimulée de rayonnement » — l’équivalent radio d’un laser, mais qui fonctionne dans les longueurs d’onde micro-ondes plutôt que dans la lumière visible.

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Des masers naturels existent dans l’espace. On en connaît depuis des décennies. Certains sont même produits par des molécules d’hydroxyle (OH), une combinaison d’un atome d’oxygène et d’un atome d’hydrogène. Ces hydroxyl megamasers ont déjà été observés dans des galaxies en fusion, où les conditions turbulentes créent un environnement propice à leur formation.

Mais ce que MeerKAT vient de détecter dépasse tout ce que l’on connaissait. La longueur d’onde observée est d’environ 0,18 mètre, avec des raies spectrales proches de 1 667 MHz et 1 665 MHz — les signatures caractéristiques de la molécule OH. Jusqu’ici, rien d’inconnu. Ce qui change tout, c’est l’intensité absolument hors norme du signal.

Elle est tellement élevée que les chercheurs ont estimé que le terme « megamaser » était insuffisant. Ils ont donc proposé de classer cet objet dans une nouvelle catégorie : le gigamaser. Un cran au-dessus. Une puissance qui n’avait jamais été observée à cette distance.

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Comme l’a résumé le Dr Thato Manamela, de l’Université de Pretoria, qui a participé aux travaux : « Nous voyons l’équivalent radio d’un laser à mi-parcours de l’univers. »

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MeerKAT, le radiotélescope qui redessine la carte du cosmos

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Cette découverte ne serait pas possible sans l’instrument qui l’a rendue réelle. MeerKAT est un réseau de 64 antennes paraboliques déployées dans le désert du Karoo, en Afrique du Sud. Chaque antenne mesure 13,5 mètres de diamètre. Ensemble, elles forment l’un des radiotélescopes les plus sensibles au monde — et le précurseur direct du futur Square Kilometre Array (SKA), dont la construction est en cours.

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Ce qui impressionne dans cette détection, c’est la rapidité avec laquelle elle a été obtenue. L’équipe n’a pas eu besoin de pointer MeerKAT vers le ciel pendant des semaines. Le signal HATLAS J142935.3,002836 a été capté après seulement quelques heures d’observation. Une efficacité qui illustre à quel point les instruments actuels ont progressé, et qui laisse entrevoir ce que le SKA sera capable de trouver quand il sera opérationnel à pleine puissance.

Cette capacité à sonder des régions toujours plus lointaines et anciennes de l’univers n’est pas sans rappeler d’autres exploits récents, comme cette découverte inédite qui rapproche la science de l’ultime secret de l’univers.

Une galaxie en train de mourir… ou de naître ?

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D’où vient ce gigamaser ? Les chercheurs ont une réponse, et elle est aussi spectaculaire que le phénomène lui-même.

Le signal proviendrait d’une galaxie en pleine fusion. Quand deux galaxies entrent en collision — un phénomène fréquent à l’échelle cosmique, et particulièrement courant dans le jeune univers —, leur rencontre déclenche des processus d’une violence inouïe. Les nuages de gaz et de poussière interstellaires sont comprimés, chauffés, agités. Les étoiles naissent en nombre dans ce chaos. Et les molécules d’hydroxyle, concentrées dans des régions appelées Zones Moléculaires Centrales, se retrouvent dans des conditions idéales pour produire une émission maser.

Dans ce cas précis, la densité et la turbulence sembleraient avoir atteint un niveau exceptionnel, propulsant l’émission au-delà de tout ce qui avait été mesuré jusqu’ici. Le résultat : un phare radio visible depuis 8 milliards d’années-lumière, comme un phare qui traverserait l’océan cosmique pour clignoter jusque dans nos antennes.

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Ce genre de phénomène extrême rappelle d’autres mystères que la science commence seulement à déchiffrer, comme les comportements inattendus du noyau de notre propre planète, qui révèlent à quel point l’univers — proche ou lointain — recèle encore d’immenses zones d’ombre.

Le rôle inattendu d’une galaxie « fantôme »

Il y a un dernier élément dans cette histoire, et il est digne d’un roman de science-fiction. Entre nous et la source du gigamaser, il existe une galaxie intermédiaire — une galaxie qui se trouve sur la même ligne de visée que HATLAS J142935.3,002836, mais beaucoup plus proche de nous.

Cette galaxie joue un rôle crucial dans la détection. Sa masse colossale courbe l’espace-temps autour d’elle, ce qui a pour effet de focaliser et d’amplifier la lumière radio provenant de la source lointaine derrière elle. Ce phénomène, prédit par Einstein dans sa théorie de la relativité générale, s’appelle la lentille gravitationnelle.

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Universe Today a décrit cet effet comme un « télescope cosmique », une analogie particulièrement juste : la galaxie intermédiaire agit littéralement comme une loupe géante, permettant à MeerKAT de voir quelque chose qui aurait été bien trop faible pour être détecté autrement. Sans cette coïncidence cosmique extraordinaire, le gigamaser serait peut-être passé inaperçu pendant des années encore.

C’est d’ailleurs ce type de phénomène qui permet régulièrement à la science de faire des bonds en avant inattendus — comme lorsque des chercheurs ont résolu une énigme vieille de deux millénaires grâce à de nouveaux outils d’analyse.

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Ce que cette découverte change pour l’astronomie

Au-delà de l’émerveillement scientifique, cette détection ouvre des perspectives concrètes pour plusieurs domaines de la recherche astrophysique.

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Premièrement, le gigamaser HATLAS J142935.3,002836 constitue un marqueur exceptionnel des fusions galactiques à grand redshift. En d’autres termes, il permet d’étudier comment les galaxies se sont assemblées et transformées dans le jeune univers, à une époque où ce processus était beaucoup plus intense qu’aujourd’hui.

Deuxièmement, il démontre que les mégamasers hydroxyles ne sont pas les objets les plus puissants de leur catégorie — et qu’il existe probablement d’autres gigamasers encore non détectés, attendant que nos instruments soient assez sensibles pour les trouver. Avec le SKA en construction, cette chasse pourrait s’accélérer considérablement dans les années à venir.

Troisièmement, la lentille gravitationnelle associée à cette source en fait un laboratoire naturel pour tester notre compréhension de la distribution de la matière noire dans les galaxies intermédiaires — un des grands mystères non résolus de la physique moderne, en lien avec des questions comme l’existence possible d’une planète invisible aux confins de notre système solaire.

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Enfin, cette découverte rappelle une vérité fondamentale de l’astronomie contemporaine : les instruments radio modernes sont en train de révolutionner notre vision de l’univers, bien au-delà de ce que le visible ou l’infrarouge peuvent nous offrir. MeerKAT, ALMA, et bientôt le SKA, dessinent ensemble une cartographie du cosmos d’une précision et d’une profondeur inédites.

Pour en savoir plus sur cette découverte et suivre les dernières avancées de la recherche astrophysique, vous pouvez consulter nos actualités sur Google News.

Un univers qui ne cesse de surprendre

La découverte du gigamaser HATLAS J142935.3,002836 n’est pas seulement un record de plus dans les annales de l’astronomie. Elle est le signe que l’univers observable recèle encore des phénomènes d’une nature et d’une intensité que nos modèles théoriques n’avaient pas anticipés.

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Chaque fois que la science dresse une carte de l’extrême — les objets les plus lumineux, les plus distants, les plus énergétiques — quelque chose finit par dépasser les bornes tracées. C’est précisément ce qui vient de se produire avec ce signal venu du fond du temps, amplifié par une galaxie fantôme, capté en quelques heures par un réseau d’antennes planté dans un désert africain.

Les chercheurs ont une expression pour ces moments : « l’univers est plus riche que notre imagination. » Le gigamaser en est, une fois de plus, la démonstration éclatante.

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