Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Société

Il laisse un avis Google sur un médecin : la justice vient de le condamner à payer 3 000 €

Publié par Elsa Fanjul le 29 Mar 2026 à 7:30

Un avis Google qui finit devant la justice

Il laisse un avis Google sur un médecin : la justice vient de le condamner à payer 3 000 €
Publicité

C’est une affaire qui pourrait concerner des millions de Français. Un homme vient d’être condamné pour avoir laissé un commentaire négatif sur Google Maps à propos d’un médecin.

Les faits remontent au 28 septembre 2024. Ce jour-là, l’internaute publie un avis sur la clinique Océane, à Vannes, dans le Morbihan.

Sa compagne avait été auscultée une semaine plus tôt par un médecin de SOS Médecins. Il reproche à ce praticien des erreurs de diagnostic et de mauvais soins.

Publicité

Le mot qui a tout déclenché

Dans son commentaire, l’homme conclut en sous-entendant que le médecin serait un « charlatan ». Il ajoute qu’être traité de la sorte dans un hôpital privé « fait peur ».

Ce terme — charlatan — est celui qui va tout faire basculer. Il constitue, selon les juges, une accusation d’incompétence grave et non une simple opinion.

Tenu au secret médical, le médecin n’a pas pu répondre publiquement en ligne. Il n’avait pas le droit de confirmer ou d’infirmer avoir reçu cette patiente. Il a donc choisi une autre voie : la justice.

Publicité

La Cour d’appel de Rennes tranche

Illustration

La Cour d’appel de Rennes a donné raison au médecin. Elle a estimé que l’avis en question était bel et bien diffamant.

L’auteur du commentaire a été condamné à verser 1 500 € au médecin au titre du préjudice moral et 1 500 € supplémentaires au titre du préjudice réputationnel.

Publicité

Total : 3 000 € pour un avis Google. Une décision qualifiée de « peut-être une première » par plusieurs observateurs juridiques.

Le paradoxe du secret médical

C’est précisément sur ce point que le débat s’emballe. Un médecin ne peut pas répondre à un avis négatif en ligne sans violer le secret médical.

Il ne peut même pas confirmer qu’il a vu le patient concerné. Il est donc, par définition, incapable de se défendre publiquement.

Publicité

« Si quelqu’un dit qu’il a été mal soigné, il ne peut pas répondre, ni même évoquer le fait d’avoir reçu un patient, quand un restaurateur peut se défendre », résume Jérôme Lavrilleux, gérant de gîte et lui-même exposé aux avis Google, interrogé sur RMC.

« Le médecin, c’est un prestataire de service »

Illustration

Cette décision a enflammé les débats ce lundi 23 mars 2026 sur le plateau d’Estelle Midi, sur RMC Story.

Publicité

Juliette Briens pointe une ligne floue dans la loi : « Dire que tu es un charlatan, c’est de la diffamation. Mais s’il avait dit qu’il était ‘insupportable’ ou ‘désagréable’, ça n’aurait pas entraîné de condamnation. »

Elle reconnaît elle-même consulter systématiquement les avis Google avant de prendre rendez-vous chez un médecin.

Baptiste Des Monstiers, lui, adopte une position plus tranchée sur RMC : « Le médecin, c’est un prestataire de service. Ce n’est pas une caste à part. »

Publicité

Le cas des violences gynécologiques : l’argument qui relance tout

Baptiste Des Monstiers soulève un exemple particulièrement sensible pour illustrer son propos : celui des violences gynécologiques et obstétriques.

« Vous allez voir un gynéco, l’accueil est très mauvais voire brutal. Vous ne remettez pas en cause les compétences de ce médecin, mais vous avez le droit de dire que vous avez ressenti de la douleur », argue-t-il.

Pour lui, critiquer la qualité de l’accueil ou du suivi ne devrait pas être interdit. C’est une distinction importante : l’incompétence supposée (diffamation possible) versus le ressenti du patient (opinion protégée).

Publicité

À ce sujet, rappelons que certaines erreurs médicales peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les patients, ce qui explique pourquoi beaucoup estiment avoir le droit de s’exprimer.

Où s’arrête la liberté d’expression face à la diffamation ?

La frontière juridique est subtile. En France, la diffamation se définit comme l’allégation d’un fait précis portant atteinte à l’honneur d’une personne.

Traiter quelqu’un de « charlatan » est une allégation de fait : cela implique une fraude délibérée, une imposture professionnelle. C’est ce qui a convaincu les juges.

Publicité

En revanche, « cet accueil était froid » ou « je n’ai pas été écouté » relève du jugement de valeur. Et le jugement de valeur est, lui, protégé par la liberté d’expression.

À lire aussi

C’est là que réside toute la complexité. Et c’est ce que Juliette Briens pointe lorsqu’elle évoque des commentaires « tout aussi durs pour la carrière des gens mais qui ne seront jamais punis ».

Un précédent qui pourrait changer vos habitudes

Illustration
Publicité

Cette condamnation est inédite. Et elle soulève une question que beaucoup de Français vont désormais se poser avant de cliquer sur « Publier ».

Peut-on encore laisser un avis négatif sur un médecin sans risquer de se retrouver devant un tribunal ? La réponse est oui — mais à condition de rester dans le registre du ressenti et de l’opinion, et non de l’accusation factuelle.

« Cela ne me viendrait jamais à l’idée de donner mon avis sur un médecin », confie d’ailleurs Baptiste Des Monstiers — avant d’ajouter aussitôt : « Mais pourquoi un médecin ne serait-il pas soumis à la critique comme un restaurateur ? »

Publicité

Une tension que cette affaire vannetaise vient de cristalliser de façon spectaculaire. Et qui est loin d’être résolue.

Des affaires similaires qui font écho

Cette affaire résonne avec d’autres cas où la justice a tranché de manière inattendue dans des litiges du quotidien.

On pense notamment à cet employeur condamné à verser plus de 53 000 € à un salarié pour une décision jugée disproportionnée. Ou encore à cet ophtalmologiste suspendu pour avoir signé des ordonnances sans jamais voir ses patients.

Publicité

La justice, qu’il s’agisse de protéger le patient ou le médecin, semble de plus en plus saisie de conflits nés du numérique.

Ce que vous risquez concrètement

Illustration

Si vous laissez un avis Google sur un professionnel de santé, voici ce que cette affaire vous enseigne concrètement.

Publicité

Ce qui est autorisé : exprimer un ressenti personnel (« j’ai attendu deux heures », « le ton était brusque », « je ne me suis pas senti écouté »). Ces formulations restent dans le registre de l’opinion.

Ce qui est risqué : accuser le professionnel d’incompétence, de fraude, ou utiliser des termes comme « charlatan », « escroc » ou « incompétent ». Ces mots impliquent une allégation de fait précis. Et c’est là que la diffamation commence.

En cas de doute, la règle est simple : parlez de vous, pas de lui. « Je n’ai pas été satisfait » est une opinion. « Il m’a mal soigné intentionnellement » est une accusation.

Publicité

Et les plateformes dans tout ça ?

Google, Doctolib, Healthgrades… Ces plateformes d’avis médicaux se retrouvent en première ligne. Mais leur responsabilité dans cette affaire n’a pas été engagée.

C’est l’auteur de l’avis — et lui seul — qui a été condamné. Les plateformes bénéficient en France d’un régime de responsabilité limitée en tant qu’hébergeurs.

Elles ne sont pas tenues de vérifier les avis avant leur publication. Elles doivent en revanche les retirer rapidement dès qu’un contenu manifestement illicite leur est signalé.

Publicité

Ce qui signifie que la responsabilité repose entièrement sur l’internaute. Et que cet homme de Vannes vient de l’apprendre à ses dépens.

Une affaire qui va faire jurisprudence ?

C’est la grande question que posent désormais les juristes. Cette condamnation par la Cour d’appel de Rennes pourrait ouvrir la voie à d’autres procédures similaires.

Des avocats spécialisés en droit médical estiment que cette décision va encourager d’autres professionnels de santé à saisir la justice face à des avis qu’ils jugent injustes.

Publicité

D’autres, au contraire, craignent un effet dissuasif sur la liberté d’expression des patients. Notamment ceux qui ont vécu des situations graves et souhaitent alerter le public.

Car si l’on peut comprendre la protection due aux médecins face aux accusations infondées, on peut aussi mesurer le risque d’un silence imposé à des patients victimes de véritables négligences.

Cette tension-là, entre protection de la réputation et liberté de témoigner, est au cœur de ce que cette affaire soulève. Et elle ne sera pas résolue par un seul arrêt de cour d’appel.

Publicité

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *