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À partir de ce dimanche, 1 Français sur 4 sera à découvert sur compte bancaire, on vous explique pourquoi

Publié par Killian Ravon le 22 Jan 2026 à 19:37

À partir de ce dimanche, la date du 18 devient un marqueur brutal pour une partie des ménages. Près d’un quart des Français disent se retrouver à découvert « tous les mois ou presque ».

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Un homme consulte son compte bancaire sur smartphone, inquiet, avec des factures sur la table et un calendrier affichant le 18 entouré.
Dès le 18 du mois, près d’un Français sur quatre se retrouve à découvert, selon une étude lesfurets.com–CSA Research.

Derrière ce chiffre, l’étude publiée mi-janvier met en lumière des profils très exposés. Jeunes adultes, locataires, parents. Et une fragilité qui s’installe dans la durée.

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Un “milieu de mois” qui n’a rien d’anodin

Le découvert bancaire est souvent présenté comme un accident de parcours. Sauf que, pour 24 % des Français, ce n’est plus l’exception : c’est un scénario qui se répète quasiment chaque mois. C’est ce que met en avant le baromètre « Le découvert des Français – Édition 2025 ». Réalisé pour le comparateur lesfurets.com par CSA Researc. Sur un échantillon de 1 007 personnes majeures interrogées en ligne du 18 au 20 novembre 2025.

L’information qui frappe, c’est aussi la date : en moyenne, le compte bascule dans le négatif au 18e jour du mois. Dit autrement, pour beaucoup, la seconde moitié du mois se fait en apnée. Et si l’on pourrait être tenté de voir une amélioration parce que ce “jour moyen” recule par rapport à l’année précédente. Le même baromètre souligne surtout un point inquiétant : la part de Français concernés augmente de deux points en un an.

Cette bascule au milieu du mois n’est pas qu’un symbole. Elle coïncide précisément avec le moment où les dépenses incompressibles (loyer, crédit, énergie, assurances, garde d’enfants, transports, abonnements) ont déjà “mangé” une grande partie du salaire. Alors que les courses et les dépenses du budget continuent, elles, jusqu’au 30.

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Chez les plus jeunes, le passage dans le rouge intervient plus tôt dans le mois, selon l’étude CSA/lesfurets. Crédit : Zunter / Santeri Viinamäki.

Les jeunes adultes en première ligne, les familles sous tension

L’étude dessine une fracture nette selon l’âge. Les 25-34 ans apparaissent comme les plus touchés : 42 % déclarent être à découvert régulièrement. Les 18-24 ans, eux, basculent encore plus tôt, “autour du 14e jour” du mois. Ce qui en dit long sur l’écart entre revenus, loyers et coût de la vie. Pour les plus jeunes entrants sur le marché du travail.

Autre signal fort : la situation familiale et le statut d’occupation du logement pèsent énormément. Les parents d’au moins un enfant de moins de 15 ans font partie des plus exposés, tout comme les locataires. Dans le résumé publié par CSA. Ces groupes sont explicitement cités parmi les publics les plus vulnérables. Aux côtés des catégories modestes et pauvres.

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Ce n’est pas vraiment une surprise. Le loyer est souvent la dépense la plus lourde d’un budget. Et il est payé en début de mois. Quand on ajoute l’électricité, le gaz, l’assurance habitation, l’assurance auto, les transports. Puis les frais liés aux enfants (cantine, activités, vêtements, santé), la marge de manœuvre se réduit. Résultat : le découvert devient une “variable d’ajustement” — une solution de trésorerie par défaut, plus qu’un vrai choix.

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Pourquoi le découvert persiste malgré le ralentissement de l’inflation

On pourrait objecter que la dynamique des prix s’est calmée. Et c’est vrai : l’Insee indique qu’en décembre 2025, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) progresse de 0,7 % sur un an. Et que l’inflation “classique” (IPC) atteint 0,8 %.

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Mais une inflation plus faible ne signifie pas que la vie redevient “moins chère”. Elle signifie surtout que les prix augmentent moins vite qu’avant. Or, ces dernières années, beaucoup de dépenses contraintes se sont installées à un niveau élevé : énergie, alimentation, assurances, abonnements, mobilité. Même quand l’inflation recule, le budget, lui, reste serré si les revenus n’ont pas suivi au même rythme… Et si les charges fixes sont déjà calibrées au maximum.

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le découvert peut progresser en proportion, malgré un contexte de prix moins dynamique. Quand la moindre dépense imprévue survient (réparation auto, facture médicale, électroménager, régularisation d’énergie), il n’y a plus de coussin. Le compte passe dans le rouge, parfois pour quelques jours… parfois beaucoup plus longtemps.

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Le découvert n’est pas un “simple négatif” : c’est un crédit, avec des coûts

Beaucoup de Français l’oublient : être à découvert, ce n’est pas seulement “passer sous zéro”, c’est bénéficier d’un crédit accordé par la banque. La Banque de France le rappelle clairement : le découvert autorise la facturation d’intérêts et de frais, communément appelés agios. Et surtout, lorsqu’un découvert dure, il change de nature : au-delà de trois mois, la banque doit exiger un remboursement immédiat ou proposer une offre de crédit valable 30 jours.

À ces intérêts peuvent s’ajouter d’autres frais. Le ministère de l’Économie explique que certaines banques appliquent un minimum forfaitaire (“agios forfaitaires”) dès qu’il y a découvert, indépendamment du montant et de la durée.

Et quand le découvert n’est pas autorisé — ou quand le client dépasse le plafond prévu — d’autres lignes peuvent apparaître, notamment les commissions d’intervention. Sur ce point, la Banque de France précise que, pour la plupart des clients, elles sont plafonnées, mais que des dispositifs spécifiques existent pour limiter la facture chez les personnes reconnues en situation de fragilité financière.

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Autrement dit : un découvert récurrent peut coûter cher, non seulement parce qu’il traduit un manque de trésorerie, mais aussi parce qu’il déclenche une mécanique de frais qui peut aggraver la situation.

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2026 : un tournant réglementaire qui inquiète… et qui change la donne

L’année 2026 pourrait rebattre les cartes. À partir du 20 novembre 2026, l’autorisation de découvert sera davantage encadrée, dans le cadre d’une évolution liée à la transposition d’une directive européenne. Service-public.fr résume l’enjeu : de nouvelles exigences s’appliqueront, y compris pour certains “petits découverts”, afin de renforcer l’analyse de solvabilité et l’autorisation du client.

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Le sujet a déjà alimenté de nombreuses inquiétudes, parfois sur un mode alarmiste (“les découverts vont être interdits”). Sur ce point, Public Sénat rappelle qu’il ne s’agit pas d’une interdiction, mais d’un encadrement qui impose davantage de vérifications, notamment pour des découverts inférieurs à 200 euros et/ou de courte durée.

Pourquoi c’est important ? Parce que le baromètre de CSA montre justement que le découvert est devenu un mode de fonctionnement régulier pour un quart des Français. Si l’accès à ce “tampon” devient plus strict, certains ménages risquent de se retrouver sans filet, et donc plus exposés à des incidents de paiement (rejets de prélèvements, impayés, frais en cascade). Pour d’autres, cela peut aussi pousser à chercher des alternatives… parfois plus coûteuses, comme des crédits très courts ou des solutions non adaptées.

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Comment éviter le piège du rouge : ce que recommandent les acteurs publics

Il n’existe pas de solution miracle, mais plusieurs leviers concrets reviennent dans les recommandations publiques et pédagogiques.

D’abord, distinguer deux réalités : le découvert “occasionnel” et le découvert “structurel”. Le premier est lié à un aléa ; le second révèle un budget mensuel trop serré, souvent à cause de charges fixes trop élevées. Quand le découvert revient tous les mois, le vrai enjeu est d’identifier ce qui “mange” le revenu dès le début du mois : logement, énergie, assurances, transport, crédits.

Ensuite, limiter les frais quand la situation devient fragile. La Banque de France explique qu’il existe une offre spécifique destinée aux personnes en situation de fragilité financière, qui permet notamment de plafonner certaines commissions et de limiter le montant total des frais d’incidents. Dans ce cadre, les commissions d’intervention peuvent être plafonnées à 4 euros par opération et 20 euros par mois, et les frais d’incidents encadrés à 20 euros par mois et 200 euros par an.

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Enfin, réagir vite si le découvert s’installe. Le repère des “trois mois” est essentiel : la Banque de France indique qu’au-delà, la banque doit exiger le remboursement ou proposer une offre de crédit. Dans la pratique, cela signifie qu’il ne faut pas attendre la catastrophe : un rendez-vous (ou un message écrit) avec la banque, dès les premiers mois de difficultés, peut éviter une escalade des frais et permettre de renégocier une autorisation de découvert adaptée, voire de mettre en place un étalement.

Les arbitrages du quotidien se jouent souvent sur la trésorerie : tenir jusqu’au 30 devient un défi pour une partie des ménages. Crédit : mailer_diablo.

Un signal social : le découvert comme thermomètre du quotidien

Au fond, ce baromètre ne parle pas seulement de banque. Il parle de la vie quotidienne. Quand 24 % des Français disent être dans le rouge “tous les mois ou presque”, ce n’est pas un simple problème de gestion individuelle : c’est aussi le reflet d’un budget contraint par des dépenses incompressibles, d’une entrée dans la vie adulte plus coûteuse, d’un logement qui pèse lourd, et de familles qui absorbent des hausses que les revenus ne compensent pas toujours.

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Le 18 du mois devient alors un thermomètre : celui de la tension financière qui s’accumule. Et à l’approche de 2026, avec un encadrement accru du découvert, la question devient politique autant qu’économique : comment éviter que la réduction du “filet bancaire” ne se traduise, pour les plus fragiles, par une multiplication des incidents… et des frais ?

Que retenir ?

Le chiffre est brutal, mais il a le mérite de mettre un visage sur une réalité largement partagée : pour un quart des Français, le mois se termine avant la fin du mois.

Le découvert, loin d’être un accident, devient un mode de survie budgétaire, particulièrement chez les jeunes, les locataires et les parents. Et si 2026 renforce les règles autour du découvert, l’enjeu sera de taille : protéger les consommateurs sans couper l’accès à l’un des derniers amortisseurs de trésorerie pour ceux qui n’en ont plus.

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