Ce guide secret de la SNCF révèle des conseils troublants sur l’apparence de ses employés
Un document de 40 pages destiné aux agents de la SNCF vient de déclencher une polémique majeure. Ce « Guide Élégance TGV Inoui », révélé par BFMTV, contenait des recommandations pour « corriger » et « équilibrer » la silhouette des employés selon leur morphologie.
Des conseils qui font bondir les syndicats
Le manuel interne proposait aux femmes ayant une morphologie « en triangle » d’éviter « une jupe moulante » et les « poches volumineuses sur les hanches ». En contrepartie, il suggérait de choisir « un haut clair ou coloré, veste structurée, épaulettes ou col large » pour « rééquilibrer la silhouette en haut du corps ».
Les hommes n’échappaient pas non plus à ces injonctions. Ceux présentant une morphologie en O (corpulence plus ronde) étaient invités à privilégier les vestes couvrant les hanches pour « allonger leur silhouette ». Le document précisait même que les pantalons devaient être tenus par une ceinture et que « les poignets doivent être visibles » car « ils transmettent votre envie de communiquer ».
Des instructions beauté particulièrement détaillées
Le guide ne s’arrêtait pas aux vêtements. Les femmes étaient tenues de soigner leur maquillage, d’exfolier leurs lèvres « avec une brosse à dents souple ou un gommage à base de sucre et de miel » et de « camoufler leurs rougeurs » à la CC crème.
Ces recommandations ont provoqué l’indignation du syndicat Sud Rail, qui a exigé le « retrait immédiat » de ce guide. Dans un post Facebook, l’organisation rappelle que « le contrat de travail des agents commerciaux prévoit uniquement le port de la tenue réglementaire. Un point, c’est tout. »
« Certains corps seraient donc problématiques, certains corps devraient être modifiés visuellement pour correspondre à l’image que l’entreprise souhaite projeter », dénonce Sud Rail, évoquant un « dangereux retour aux années 60 ».
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L’UNSA Ferroviaire monte au créneau
L’UNSA Ferroviaire a également condamné l’initiative sur X, dans un post intitulé « Pas de guide pour corriger nos corps, nous ne sommes pas des mannequins ». Le syndicat souligne que « nos corps ne sont pas des supports marketing » et que « nos uniformes ne sont pas des vitrines commerciales ».
Cette polémique n’est pas la première du genre à la SNCF. En 2014 déjà, des « conseils beauté » avaient suscité la controverse au sein du groupe ferroviaire.
La direction tente de limiter les dégâts
Face à la tempête, Alain Krakovitch, directeur de TGV-Intercités au sein de SNCF Voyageurs, a rapidement réagi sur X. Il a dénoncé la rédaction d’un document ne représentant ni « [leurs] valeurs ni [leurs] méthodes vis-à-vis de [leurs] agents ». Il a « immédiatement demandé sa dépublication ».
La SNCF a précisé que ce guide était un « document de travail qui ne correspond pas du tout aux valeurs de l’entreprise ». L’entreprise affirme qu’« il n’est donc pas validé » et qu’« il a été diffusé sans validation et a été immédiatement retiré du SharePoint où il se trouvait ».
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Une enquête interne en cours
Une enquête est désormais en cours pour « déterminer comment il a été rédigé et publié ». La question reste entière : comment un document de 40 pages a-t-il pu être élaboré et diffusé sans validation officielle ?
Cette affaire soulève des questions importantes sur la liberté corporelle au travail et les limites de l’emprise de l’employeur sur l’apparence de ses salariés. Les syndicats rappellent que l’entreprise n’a « ni à porter de jugement sur le corps des agents ni à exercer une quelconque emprise sur leur apparence physique ».
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Un débat sur les codes vestimentaires au travail
Cette polémique relance le débat sur les codes vestimentaires en entreprise et la frontière entre exigences professionnelles légitimes et discrimination basée sur l’apparence physique. Alors que certains secteurs imposent naturellement des uniformes pour des raisons de sécurité ou d’identification, les conseils morphologiques dépassent largement ce cadre.
La rapidité avec laquelle la direction a réagi montre la sensibilité du sujet. Dans un contexte où les questions de discrimination et de harcèlement au travail sont de plus en plus scrutées, ce type de guide apparaît comme un anachronisme.
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L’affaire du « Guide Élégance TGV Inoui » illustre parfaitement les tensions actuelles autour de l’image corporelle au travail. Si l’enquête interne permettra d’identifier les responsables de cette initiative, elle aura au moins eu le mérite de rappeler que le corps des salariés n’appartient qu’à eux-mêmes.