Cyril Hanouna attaque Canal+ après le casting de Baron Noir : « Ils se laissent cracher dessus par des guignols »

Le 10 avril 2026, Cyril Hanouna a lancé une charge frontale contre Canal+, la chaîne qui l’a employé pendant des années. En cause : le casting journalistes de la saison 4 de Baron Noir, dont il juge que certains visages ont été délibérément écartés. Une colère d’autant plus vive qu’elle s’inscrit dans un contentieux plus ancien, né lors des César 2026, où l’animateur reprochait déjà au cinéma français son ingratitude envers son principal financeur.
Un casting qui a mis le feu aux poudres
Tout est parti d’une simple annonce. Sur le plateau de Tout Beau, Tout N9uf (TBT9), la chroniqueuse Shana Loustau a égrené les noms des journalistes retenus pour apparaître dans la saison 4 de Baron Noir, la série politique phare de Canal+. Benjamin Duhamel, Caroline Roux, Apolline de Malherbe, Patrick Cohen… autant de figures du paysage audiovisuel français.

Sauf que pour Hanouna, la liste avait un trou béant. Selon l’animateur, des journalistes maison comme Pascal Praud et Laurence Ferrari auraient dû figurer au générique. Leur absence relève, à ses yeux, d’un choix politique délibéré de la part des équipes de production, voire d’une forme de soumission de Canal+ à ses détracteurs.
Sa réaction ne s’est pas fait attendre. Face caméra, l’animateur de TBT9 a lâché : « On voit juste que je suis parti de Canal+. Je leur ai fait remarquer. C’est quand même incroyable. Ils financent des trucs et ils se laissent marcher dessus par des guignols. C’est fou. Ça me rend dingue. » Un ton inhabituellement amer, même pour un homme habitué aux éclats de voix.
Une rancœur qui couvait depuis les César
Pour comprendre l’intensité de cette sortie, il faut remonter à février 2026. Au lendemain de la cérémonie des César, Hanouna avait déjà ouvert les hostilités contre le monde du cinéma français. Sa cible : l’ingratitude de toute une profession envers Canal+, propriété à 30,4 % du groupe médiatique de Vincent Bolloré, et premier financeur du septième art hexagonal.
« Si j’étais dirigeant de Canal+, je demanderais au présentateur de remercier Canal+ », avait-il martelé. Un message limpide : ceux qui encaissent les chèques de la chaîne cryptée devraient, au minimum, éviter de mordre la main qui les nourrit. Hanouna avait alors visé sans détour les animateurs de la soirée, qu’il accusait d’« hypocrisie ».

L’animateur s’en était également pris au maître de cérémonie Benjamin Lavernhe, tout en nuançant : « Je n’ai rien contre lui, je ne le connaissais pas, il est talentueux, il a l’air sympathique, mais on doit lui dire à un moment de remercier Canal+. » Une phrase qui résume toute la philosophie d’Hanouna sur le sujet : le problème n’est pas individuel, il est systémique.
Et d’enfoncer le clou avec une formule devenue récurrente dans sa bouche : « Sans eux, il n’y a pas de saumon au Fouquet’s. » Pour quiconque suit les tensions entre l’audiovisuel et la commission parlementaire sur les médias, le sous-texte est clair : Canal+ paie, et personne ne dit merci.
Bolloré, le fantôme au centre du débat
Impossible de parler de cette polémique sans évoquer Vincent Bolloré. Le milliardaire breton, actionnaire principal de Vivendi et donc de Canal+, cristallise les passions dans le monde culturel français. Critiqué pour sa ligne éditoriale jugée conservatrice, accusé d’interventionnisme dans ses médias, il est aussi — et Hanouna ne manque pas de le rappeler — celui qui signe les chèques.
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« Ils critiquent tous l’actionnaire de Canal+, mais c’est lui qui paie toute l’année tous les films », a lancé l’animateur. Avant d’ajouter : « Les acteurs sont bien contents d’aller manger les petits fours après la cérémonie. Heureusement que Vincent est là. » Une défense en règle de Bolloré qui ne surprend personne, tant les deux hommes entretiennent une proximité connue de tous dans le milieu.
Sur le plateau, Géraldine Maillet a toutefois tempéré les ardeurs de son patron. « Vincent Bolloré n’en a rien à f*utre en fait qu’on le remercie », a-t-elle glissé. Une réplique qui n’a pas freiné Hanouna, persuadé que le patron de Vivendi mérite davantage de reconnaissance de la part d’une industrie qu’il contribue largement à financer.
La question dépasse d’ailleurs le simple cadre d’une querelle d’ego. Depuis plusieurs mois, les grandes figures de l’audiovisuel français défilent devant une commission parlementaire chargée d’examiner la concentration des médias et l’indépendance éditoriale. Les auditions sont parfois tendues, et le rôle de Bolloré dans le paysage médiatique français est au cœur des débats.
Canal+ et Hanouna : la rupture consommée
Ce qui frappe dans ces sorties successives, c’est le ton d’un homme qui parle de son ancien employeur comme d’un ami trahi. Hanouna a passé des années sur C8, filiale du groupe Canal+, où il a bâti l’empire TPMP. Son départ du groupe a marqué un tournant, et ses remarques actuelles ressemblent moins à de la critique qu’à un règlement de comptes.
En pointant l’absence de Pascal Praud et Laurence Ferrari dans Baron Noir, Hanouna ne fait pas qu’exprimer un désaccord artistique. Il suggère que Canal+ manque de courage face aux pressions extérieures, qu’elle ne défend plus ses propres troupes. « C’est quand même incroyable », répète-t-il, visiblement sincèrement choqué par ce qu’il perçoit comme une forme de lâcheté institutionnelle.
Reste à savoir si cette colère produira un effet concret. Canal+ n’a pas réagi publiquement aux propos de son ancien animateur vedette. Du côté de la production de Baron Noir, le casting journalistes répond à une logique narrative et non politique — du moins officiellement. Mais dans un paysage audiovisuel français où chaque choix est scruté à la loupe, la frontière entre fiction et réalité n’a jamais été aussi poreuse.
Pour Hanouna, installé sur le plateau de TBT9, ces prises de position sont aussi un moyen de rappeler qu’il existe, qu’il observe et qu’il n’a pas l’intention de se taire. Boycotté par certains, adulé par d’autres, le trublion du PAF continue de jouer son rôle favori : celui du franc-tireur qui dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas — ou n’osent pas penser du tout.