Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Voyage

« Qui a besoin d’une bière à 6h du matin ? » : le patron de Ryanair veut interdire l’alcool dans les aéroports

Publié par Ambre Détoit le 06 Mai 2026 à 12:00

Chaque jour ou presque, un vol Ryanair doit être détourné à cause de passagers ivres et agressifs. Un constat qui pousse le patron historique de la compagnie à demander une mesure radicale : interdire la vente d’alcool dans les bars des aéroports aux heures les plus matinales. Et ses arguments risquent de faire réfléchir plus d’un voyageur.

Des détournements de vol « quasi quotidiens »

Michael O’Leary dirige Ryanair depuis plus de 30 ans. À 65 ans, le patron irlandais originaire de Kanturk, dans le comté de Cork, pensait avoir tout vu. Mais ces derniers mois, la situation lui semble hors de contrôle. Dans une interview accordée au Times, il affirme que sa compagnie est contrainte de dérouter des avions « presque chaque jour » à cause de passagers alcoolisés devenus violents.

Avion Ryanair sur le tarmac à l'aube

Le scénario est toujours le même : des voyageurs s’installent dans les bars de l’aéroport des heures avant l’embarquement, boivent sans aucune limite, puis montent à bord dans un état d’ébriété avancé. Une fois les portes fermées, la situation dégénère. Insultes envers le personnel de cabine, intimidation des autres passagers, voire bagarres en plein vol.

Le coût pour les compagnies est colossal : carburant supplémentaire, frais d’atterrissage imprévu, retards en cascade, sans parler du traumatisme pour les passagers sobres coincés à 10 000 mètres d’altitude avec un individu hors de contrôle. Mais ce qui agace le plus O’Leary, c’est que le problème commence bien avant le décollage.

La faille juridique que personne ne veut corriger

Voici ce que beaucoup de voyageurs ignorent : les bars situés dans les aéroports ne sont pas soumis aux mêmes règles de licence que les pubs classiques. En dehors des terminaux, au Royaume-Uni et en Irlande, un bar ne peut pas servir d’alcool à 5 heures du matin. Dans un aéroport ? Aucune restriction horaire. On peut commander une pinte de bière avant même le lever du soleil.

Bar d'aéroport ouvert tôt le matin

O’Leary est catégorique : « Je ne comprends pas pourquoi les bars des aéroports servent de l’alcool à 5 ou 6 heures du matin. Qui a besoin de boire de la bière à cette heure-là ? Il ne devrait pas y avoir de service d’alcool dans les aéroports en dehors des horaires normaux de licence. »

Sa revendication ne date pas d’hier. Selon le Times, le patron de Ryanair réclame « depuis de nombreuses années » une limite de deux consommations par passager. Il accuse ouvertement les aéroports de « profiter » de ce business lucratif en « exportant le problème vers les compagnies aériennes ». En clair : les terminaux encaissent les bénéfices, les équipages encaissent les coups. Mais l’alcool n’est plus le seul problème en cabine.

Quand la drogue s’ajoute à l’alcool à bord

O’Leary admet que Ryanair est « raisonnablement responsable » côté service en vol, servant rarement plus de deux boissons alcoolisées par passager. Mais le vrai changement, selon lui, vient d’un cocktail bien plus dangereux : l’alcool mélangé à la drogue.

Le patron irlandais, père de quatre enfants, ne mâche pas ses mots : la consommation de stupéfiants s’est mêlée à celle d’alcool parmi certains passagers, et le résultat est explosif. Ces voyageurs, dit-il, « veulent se battre ». Le phénomène rend la gestion des incidents beaucoup plus imprévisible pour les équipages, qui ne sont ni formés ni équipés pour faire face à des individus sous l’emprise de substances multiples.

Ce n’est pas qu’un problème Ryanair. Un passager ivre a récemment forcé un vol easyJet à atterrir d’urgence. Et les images de violences à bord se multiplient sur toutes les compagnies. Reste à savoir si les exemples récents suffiront à faire bouger les choses.

Des affaires judiciaires qui illustrent l’ampleur du problème

Les faits divers liés à l’alcool en avion s’accumulent à un rythme alarmant. Récemment, un certain Stephen Blofield a été emprisonné après être devenu abusif à bord d’un vol Ryanair reliant la Pologne à Bristol. Son comportement avait provoqué une panique généralisée parmi les passagers.

Cabine d'avion low-cost avec hôtesse de l'air

Sur un vol Jet2 entre Antalya en Turquie et Manchester, une bagarre qualifiée de « choquante et effrayante » a éclaté en plein vol. La vidéo montre des passagers s’agrippant mutuellement au visage et tentant d’arracher un téléphone. Deux des personnes impliquées ont été bannies à vie de la compagnie.

Mais le cas le plus glaçant reste celui de Joseph McCabe, ancien militaire et père de deux enfants, originaire de Glasgow. L’an dernier, il a été condamné à une peine de prison pour avoir agressé sexuellement quatre membres d’équipage de Jet2 sur un vol vers Tenerife. Il avait touché et giflé les fesses de deux hôtesses, attrapé une troisième par la taille et tenté d’enlacer une quatrième. Son état d’ébriété avancé avait été constaté bien avant ces actes.

Certaines destinations plus problématiques que d’autres

Tous les vols ne sont pas logés à la même enseigne. Selon les données rapportées par la presse britannique, les liaisons au départ du Royaume-Uni vers Ibiza, Alicante et Tenerife concentrent un nombre disproportionné d’incidents liés à l’alcool. Le profil est souvent le même : des groupes en partance pour des vacances festives, qui commencent à « célébrer » dès le hall de l’aéroport.

Ces destinations soleil à bas coût, desservies principalement par des compagnies low-cost comme Ryanair et Jet2, créent un cocktail détonnant : billets pas chers, bars ouverts à l’aube, et des heures d’attente à combler. Le problème n’est pas nouveau, mais il semble s’aggraver. L’an dernier, la question de la réglementation à bord des avions a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Pour les compagnies, les conséquences financières sont lourdes. Chaque détournement de vol coûte des dizaines de milliers d’euros. Et O’Leary rappelle un détail que beaucoup de fêtards semblent ignorer : être en état d’ivresse dans un avion est une infraction pénale. Au Royaume-Uni, elle est passible de deux ans de prison et d’une amende conséquente.

Deux ans de prison et des milliers d’euros de dédommagement

Le patron de Ryanair ne se contente pas de réclamer un changement de loi. Il applique déjà une tolérance zéro au sein de sa compagnie. Les passagers menaçants ou agressifs sont systématiquement poursuivis en justice. Ils s’exposent non seulement à des poursuites pénales dans le pays où l’avion est contraint d’atterrir, mais aussi à de lourdes indemnités compensatoires.

Imaginez : vous prenez une bière de trop à l’aéroport, vous insultez un membre d’équipage, et votre avion est détourné vers un pays dont vous ne parlez même pas la langue. Vous vous retrouvez devant un tribunal étranger, avec un casier judiciaire et une facture qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ce n’est pas un scénario hypothétique — c’est ce qui arrive régulièrement, comme le montre cet épisode ubuesque sur un vol Ryanair.

O’Leary espère que la pression médiatique et judiciaire finira par convaincre les autorités de revoir les règles de vente d’alcool dans les aéroports. Pour l’instant, les terminaux n’ont aucun intérêt financier à fermer leurs bars le matin : ces ventes représentent une source de revenus majeure. Mais quand un père de famille finit en prison pour avoir agressé quatre hôtesses sur un vol vers les Canaries, on est en droit de se demander si une pinte à 6 heures du matin vaut vraiment le coup.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *