TotalEnergies : Pouyanné auditionné le 17 juin sur 0 € d’impôt payé en 2025

TotalEnergies n’a pas versé un centime d’impôt sur les sociétés en France en 2025. Ce chiffre, martelé par Éric Coquerel (LFI), président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, relance un débat explosif. Le 17 juin à 10 heures, Patrick Pouyanné, PDG du géant pétrolier, devra répondre aux députés sur la taxation des superprofits et la fiscalité des multinationales. L’échange promet d’être tendu.
Pourquoi Pouyanné est convoqué pour la 12e fois depuis 2022

La séquence n’est pas inédite. Depuis la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, le patron de TotalEnergies a déjà été auditionné 11 fois à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une fréquence exceptionnelle pour un dirigeant du CAC 40. Éric Coquerel l’a rappelé : dès 2022, une mission flash avait été lancée pour examiner les bénéfices records du groupe alors que les ménages subissaient la flambée des prix de l’énergie.
Cette fois, le contexte a changé de nature. Les profits colossaux engrangés au début du conflit au Moyen-Orient ont ravivé la colère politique. La question des superprofits, longtemps cantonnée à la gauche, s’infiltre désormais dans le débat budgétaire mainstream. Coquerel a annoncé l’audition sur le réseau social X, précisant avoir reçu une réponse « positive » du PDG. Pouyanné, habitué de l’exercice parlementaire, se dit prêt à répondre.
Mais cette douzième convocation se distingue par un détail brûlant : la fiscalité réellement acquittée par le groupe en France.
Zéro euro d’impôt sur les sociétés : le chiffre qui cristallise la tension
Le cœur de l’audition tient en une phrase d’Éric Coquerel : « En 2025, TotalEnergies a encore payé zéro euro d’impôt sur les sociétés. » Un montant qui tranche avec les milliards de bénéfices affichés par la multinationale. Le groupe a déjà été interpellé sur la redistribution de ses profits, notamment par le Premier ministre Lecornu, sans que la situation fiscale évolue sensiblement.
Comment l’expliquer ? TotalEnergies optimise légalement sa charge fiscale grâce à des mécanismes d’imputation entre filiales et pays. Les bénéfices sont déclarés là où la fiscalité est la plus favorable. Le résultat : un décalage spectaculaire entre les profits mondiaux du groupe — plusieurs milliards d’euros par trimestre — et sa contribution fiscale hexagonale.
L’audition du 17 juin portera précisément sur ce mécanisme. Coquerel et les membres de la commission des finances entendent questionner Pouyanné sur la taxation des superprofits, un levier fiscal que LFI défend depuis des mois, couplé au blocage des prix à la pompe. Le PDG a toujours affirmé trouver « normal » de répondre aux élus, mais les questions s’annoncent plus tranchantes que d’habitude.
Ce que risque vraiment TotalEnergies après le 17 juin
Le groupe a déjà menacé de supprimer ses prix plafonnés à la pompe en cas de surtaxe gouvernementale. Une riposte qui pèse dans le rapport de force politique. Concrètement, une audition parlementaire ne débouche sur aucune sanction directe. Elle alimente le débat, nourrit de futurs amendements budgétaires, et met la pression médiatique sur le groupe.
Mais le calendrier joue un rôle clé. Le projet de loi de finances 2026 arrive à l’automne. Si l’audition révèle des éléments exploitables, la majorité pourrait s’emparer du sujet fiscal bien au-delà du seul camp de la gauche. D’autant que l’opinion publique, échaudée par 3 ans de hausse du carburant, reste sensible au moindre signe de déséquilibre entre profits privés et contribution collective.
Patrick Pouyanné sait que cette convocation dépasse le rituel parlementaire. Le terrain politique s’est durci, et chaque mot prononcé le 17 juin sera pesé à l’aune du pouvoir d’achat des Français.
Zéro euro d’impôt, des milliards de bénéfices : l’équation TotalEnergies reste aussi simple à énoncer que difficile à résoudre. Cette audition changera-t-elle la donne, ou restera-t-elle un énième épisode de théâtre politique ? La réponse dépendra peut-être moins de Pouyanné que du courage fiscal du prochain budget.