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TotalEnergies menace de supprimer ses prix plafonnés à la pompe si le gouvernement ose taxer ses profits

Publié par Cassandre le 06 Mai 2026 à 9:44

Le patron de TotalEnergies vient de poser un ultimatum au gouvernement. En plein débat sur la taxation des superprofits, Patrick Pouyanné a prévenu ce mardi 5 mai : si une surtaxe frappe ses raffineries, le plafonnement des prix à la pompe — celui qui permet de faire le plein à moins de 2 euros le litre — sautera. Un message envoyé alors que le groupe vient d’afficher un bénéfice trimestriel de 5,8 milliards de dollars. Ambiance.

Un bénéfice en hausse de 51 % et un message très clair

Automobiliste regardant sa jauge d'essence presque vide

C’est dans une interview accordée à Sud Ouest et à La République des Pyrénées que Patrick Pouyanné a lâché la bombe. Ses mots exacts : « En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement dans nos stations en France. »

Patrick Pouyanné PDG TotalEnergies en conférence de presse

Difficile de faire plus direct. Le PDG ne laisse aucune marge d’interprétation. Son groupe vient pourtant d’annoncer des résultats records : 5,8 milliards de dollars de bénéfice net au premier trimestre 2025, soit une hausse de 51 % sur un an. Plus spectaculaire encore : ces profits ont doublé par rapport au quatrième trimestre 2024. La guerre au Moyen-Orient et la flambée des cours du brut ont fait exploser les marges de raffinage.

Face à ces chiffres, le timing de cette menace interpelle. D’un côté, des résultats historiques. De l’autre, un avertissement aux allures de chantage. Et c’est justement cet écart qui met le feu aux poudres dans le débat politique.

La surtaxe fantôme qui fait trembler le géant pétrolier

Pour comprendre le bras de fer, il faut revenir sur la fameuse surtaxe. Mise en place par le gouvernement en 2025 et reconduite pour 2026, elle s’applique aux entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 1,5 milliard d’euros. TotalEnergies n’y était pas soumis au titre de 2025, son activité de raffinage étant déficitaire en France cette année-là.

Mais la donne a changé. Patrick Pouyanné l’a reconnu lui-même : il est « fort probable » que son groupe soit éligible à cette surtaxe en 2026, grâce aux marges exceptionnelles de raffinage générées depuis le début du conflit. Autrement dit, le PDG anticipe le coup — et prépare sa riposte avant même que la taxe ne soit confirmée.

Station-service TotalEnergies avec prix du carburant affichés

À gauche, plusieurs propositions de loi visent justement à instaurer une taxation spécifique sur ces « superprofits ». Le raisonnement est simple : quand la guerre fait monter les prix du pétrole, les consommateurs trinquent pendant que les majors pétrolières encaissent. Taxer cet excédent pour le redistribuer semble logique à beaucoup. Mais TotalEnergies a un argument massue : le plafonnement.

Le plafonnement à la pompe, un bouclier devenu monnaie d’échange

Depuis plusieurs mois, TotalEnergies maintient un plafonnement des prix dans ses stations-service. Concrètement, l’essence y reste sous la barre des 2 euros le litre, y compris sur les autoroutes — un niveau que même les supermarchés ne parviennent pas toujours à proposer. Ce geste commercial, présenté comme un « effort de solidarité », est devenu central dans la stratégie de communication du groupe.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu l’a d’ailleurs encouragé publiquement. Selon des déclarations rapportées par la Tribune Dimanche, il a poussé TotalEnergies vers « un plafonnement généreux des prix à la pompe » pour redistribuer ses profits supplémentaires. Plutôt que de taxer, le gouvernement préfère que le pétrolier redistribue de lui-même. Une posture qui irrite une partie de la classe politique.

Le problème ? Ce plafonnement repose entièrement sur la bonne volonté de TotalEnergies. Et Patrick Pouyanné vient de montrer qu’il pouvait le retirer à tout moment. Ce qui était un geste « volontaire » devient un levier de négociation. Taxez-nous, et vous perdez le seul frein sur les prix à la pompe. Un jeu d’échecs où l’automobiliste français sert de pion.

Pas de pénurie, mais un plein plus cher

Le PDG a aussi profité de cet entretien pour nuancer ses déclarations de fin avril, quand il évoquait une possible « ère de pénurie énergétique » en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz par l’Iran. Cette fois, le ton se veut rassurant : « Je n’ai jamais parlé de pénurie en France parce que justement nous saurons l’approvisionner. »

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Rassurant, mais pas gratuit. Car il a immédiatement ajouté que « cela aura un coût plus élevé ». La raison : si le conflit se prolonge, la France devra acheminer du carburant en concurrence avec l’Asie, ce qui fera mécaniquement grimper la facture. Pas de files d’attente aux stations, donc, mais un portefeuille qui continue de souffrir.

Ce scénario inquiète d’autant plus que certaines stations étaient déjà à sec ces dernières semaines. La situation logistique reste fragile, même si TotalEnergies affirme maîtriser ses approvisionnements. Le spectre d’un rationnement du carburant n’est pas complètement écarté par les analystes.

55 % de taxes : l’autre éléphant dans la pièce

Dans ce débat, un chiffre revient systématiquement : environ 55 % du prix à la pompe part directement dans les caisses de l’État, entre taxes et TVA. Plus le carburant est cher, plus les recettes fiscales augmentent mécaniquement. Ce qui amène une question gênante : l’État a-t-il vraiment intérêt à faire baisser les prix ?

C’est l’argument que brandissent les défenseurs de TotalEnergies — et une partie des automobilistes. Si l’on veut vraiment agir sur le prix du litre, le levier fiscal est le plus puissant. À titre de comparaison, l’Espagne a fait le choix de réduire sa TVA sur le carburant, avec un effet immédiat sur les prix à la pompe.

L’autre question qui fâche concerne la concurrence. Total affiche actuellement les prix les plus bas du marché en France. Alors pourquoi ne demande-t-on pas des comptes aux autres distributeurs qui facturent nettement plus cher ? Sur les autoroutes, seul TotalEnergies garantit l’essence sous les 2 euros. Les supermarchés eux-mêmes n’y arrivent pas toujours.

Un bras de fer qui ne fait que commencer

La situation est un parfait résumé des contradictions françaises face à l’énergie. D’un côté, un groupe pétrolier qui empile les milliards grâce à un conflit géopolitique. De l’autre, un gouvernement qui demande poliment de « redistribuer » plutôt que de contraindre par la loi. Au milieu, des automobilistes qui voient leur budget carburant exploser.

Sébastien Lecornu marche sur un fil. Taxer TotalEnergies, c’est risquer de perdre le plafonnement et de voir les prix flamber encore plus — un cadeau empoisonné pour l’exécutif, déjà au plus bas dans les sondages. Ne rien faire, c’est accepter que des milliards de bénéfices liés à la guerre échappent à toute redistribution. Le piège est parfaitement posé.

Pour les Français qui roulent quotidiennement, les enjeux sont très concrets. Une aide de 50 euros pour les gros rouleurs est prévue en juin, mais elle paraît dérisoire face à l’ampleur de la facture. Le bioéthanol E85 séduit de plus en plus, signe que les automobilistes cherchent des alternatives sans attendre que l’État ou Total tranchent.

Patrick Pouyanné a posé ses conditions. Le gouvernement doit maintenant décider : céder au chantage ou assumer la confrontation avec l’un des groupes les plus puissants du CAC 40. Dans les deux cas, c’est le conducteur lambda qui paiera l’addition. La seule vraie question, c’est combien.

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