Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Automobile

« 15 centimes de moins » : la proposition de Michel-Edouard Leclerc au gouvernement pour faire baisser le prix du carburant

Publié par Elsa Lepic le 16 Avr 2026 à 13:31

Alors que les prix à la pompe affolent les automobilistes et que le gouvernement peine à trouver la bonne réponse, Michel-Edouard Leclerc débarque sur le plateau du JT de France 2 avec une idée très concrète. Une mesure qui, selon lui, ferait chuter le prix du litre de 15 centimes. Et qui ne coûterait « rien à l’État ». Reste à savoir si l’exécutif va mordre à l’hameçon.

Un contexte explosif à la pompe

Automobiliste français regardant le prix du carburant à la pompe

Le conflit au Moyen-Orient continue de secouer les marchés pétroliers. Chaque soubresaut géopolitique entre Israël et l’Iran se répercute directement sur le prix du baril, et donc sur ce que vous payez en station-service. Certains analystes évoquent même un gazole à 3 euros le litre dans le pire des scénarios. On n’en est pas là, mais la tendance est clairement à la hausse des prix du carburant.

Face à l’urgence, le gouvernement a dégainé des aides ciblées annoncées par Lecornu, notamment pour les gros rouleurs. Mais soyons honnêtes : ces mesures peinent à rassurer les automobilistes qui voient le compteur grimper à chaque passage à la pompe. L’exécutif envisage aussi d’encadrer, par décret, les marges des distributeurs jusqu’au 31 août. Une piste qui fait grincer des dents dans la grande distribution.

C’est dans ce contexte tendu que le patron des centres E.Leclerc a décidé de prendre la parole, mardi 14 avril, au JT de 20 h de France 2. Et sa proposition a de quoi surprendre, parce qu’elle ne vise ni les taxes classiques ni les marges des distributeurs. Elle cible un mécanisme que la plupart des Français ignorent totalement.

La taxe invisible que personne ne connaît

Quand vous faites le plein, vous savez probablement qu’environ 55 % du prix que vous payez part directement en taxes. C’est énorme, mais c’est un vieux débat. Ce que Michel-Edouard Leclerc met sur la table, c’est autre chose : les certificats d’économie d’énergie, souvent abrégés CEE.

Concrètement, c’est un dispositif qui oblige les distributeurs et producteurs d’énergie fossile à financer la transition énergétique. Ça sert notamment à alimenter des programmes comme MaPrimeRénov’, qui aide les ménages à rénover leur logement. Sur le papier, c’est vertueux. Dans les faits, cette contribution est répercutée sur le prix à la pompe. « Le public ne le connaît pas, ça fonctionne comme une taxe », résume Leclerc sans détour.

Autrement dit, chaque litre que vous achetez contient une part invisible destinée à financer l’isolation de bâtiments ou le remplacement de chaudières. Pas exactement ce à quoi on pense en remplissant son réservoir un vendredi soir. Et c’est précisément ce surcoût caché que le patron de la grande distribution propose de suspendre temporairement.

Mais cette idée, aussi séduisante soit-elle pour le portefeuille, pose une question épineuse : peut-on sacrifier le financement de la transition énergétique pour offrir un répit aux automobilistes ? C’est tout le débat.

15 centimes de moins par litre : le calcul de Leclerc

Client dans une station-service Leclerc découvrant son ticket

Selon Michel-Edouard Leclerc, la suspension des CEE permettrait de faire baisser le prix du litre d’environ 15 centimes. Pour un plein de 50 litres, ça représente 7,50 euros d’économie à chaque passage. Sur un mois, pour un conducteur qui fait le plein deux fois, c’est 15 euros récupérés. En un an, on parle de près de 180 euros.

L’argument massue du patron de Leclerc : cette mesure « ne coûterait rien à l’État ». Techniquement, il n’a pas tort. Les CEE ne sont pas une taxe qui alimente directement le budget de l’État. C’est une obligation imposée aux acteurs de l’énergie, qui la répercutent ensuite sur le consommateur final. Supprimer temporairement cette obligation ne creuserait donc pas le déficit public. Elle priverait en revanche MaPrimeRénov’ et d’autres programmes de rénovation d’une partie de leur financement.

Pour rappel, Leclerc avait déjà fait parler de lui en promettant une baisse de 30 centimes par litre il y a quelques mois. Une promesse qu’il a ensuite eu du mal à tenir, comme il l’a lui-même reconnu. Cette fois, la proposition est différente : elle ne dépend pas de lui, mais du gouvernement.

Et justement, côté exécutif, il semblerait que l’idée ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.

Une idée « en discussion » au sommet de l’État

Michel-Edouard Leclerc ne s’est pas contenté de lancer sa proposition dans le vide. Sur le plateau de France 2, il a affirmé que cette piste serait actuellement « en discussion » au plus haut sommet de l’État. Autrement dit, l’Élysée ou Matignon seraient en train d’étudier la faisabilité d’une suspension, même temporaire, des certificats d’économie d’énergie.

Autre signal fort : le patron de Leclerc assure que l’ensemble de la grande distribution le soutient sur ce coup. Carrefour, Intermarché, Système U, Casino, Auchan — tous seraient « partisans de cette formule ». Quand des concurrents acharnés s’alignent sur une même position, c’est généralement que le sujet est brûlant. Et que l’enjeu dépasse les querelles commerciales.

Reste que le gouvernement semble hésiter entre plusieurs leviers. Encadrer les marges par décret ? Distribuer des chèques énergie aux foyers les plus modestes ? Ou bien suivre la piste Leclerc et suspendre les CEE ? Chaque option a ses avantages et ses effets secondaires. Et le temps presse : l’été approche, les départs en vacances aussi, et les prix ne montrent aucun signe de repli.

Ce que ça changerait vraiment pour votre plein

File de voitures dans une station-service sur autoroute française

Mettons les choses en perspective. Aujourd’hui, le prix du gazole tourne autour de 1,80 à 2 euros le litre selon les stations. Avec la suppression des CEE, on reviendrait à un niveau proche de 1,65 à 1,85 euro. C’est loin du fantasme du carburant à 1,50 euro, mais c’est un soulagement réel pour les gros rouleurs qui avalent 1 500 kilomètres par mois.

À lire aussi

Pour les automobilistes qui cherchent des alternatives plus radicales, le bioéthanol E85 continue de séduire, avec un prix au litre bien plus bas. D’autres lorgnent vers les pays frontaliers où le plein coûte parfois 10 euros de moins. Mais ces solutions ne concernent pas tout le monde.

La vraie question, c’est celle du timing. Si le gouvernement met trois mois à se décider, la mesure arrivera quand les prix auront peut-être déjà baissé naturellement — ou, au contraire, quand ils auront encore grimpé. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs prévenu : avril pourrait être pire que mars côté gazole.

Pourquoi cette proposition divise

Côté défenseurs de l’environnement, la pilule est difficile à avaler. Les CEE financent une part significative de la rénovation énergétique en France. Suspendre ce mécanisme, même temporairement, reviendrait à ralentir la transition écologique pour offrir un coup de pouce aux automobilistes. Le signal envoyé serait clair : quand les prix montent, c’est le climat qui trinque en premier.

Côté consommateurs, l’argument est limpide : les Français n’ont pas à payer la transition énergétique à la pompe, surtout quand les prix sont déjà gonflés par un contexte géopolitique qu’ils ne maîtrisent pas. Et puis, comme le rappelle Leclerc, cette contribution fonctionne « comme une taxe » sans en porter le nom. La transparence n’est pas exactement au rendez-vous.

Certains économistes soulignent aussi un risque d’effet d’aubaine. Si les CEE sont suspendus, rien ne garantit que les distributeurs répercuteront intégralement la baisse sur le prix final. L’expérience européenne montre que les baisses de taxes ne se traduisent pas toujours par des baisses équivalentes à la pompe. Les marges ont une fâcheuse tendance à absorber une partie du geste.

D’autres pays ont pourtant testé des approches similaires. L’Espagne a réduit sa TVA sur les carburants avec des résultats tangibles pour les conducteurs. En France, TotalEnergies maintient de son côté un plafonnement de ses prix, mais cette mesure reste limitée à ses propres stations.

Et maintenant ?

La balle est dans le camp du gouvernement. Michel-Edouard Leclerc a posé son idée sur la table, avec l’appui de toute la grande distribution. La mesure est chiffrée (15 centimes), son coût pour l’État est nul selon ses promoteurs, et elle pourrait s’appliquer rapidement. Sur le papier, c’est un quasi sans-faute politique.

Mais entre une proposition médiatique et un décret signé, il y a un gouffre que le gouvernement devra franchir — ou pas. Les prochaines semaines seront décisives. D’autant que une hausse de 15 centimes supplémentaires est déjà annoncée pour 2027 avec la montée en charge de la fiscalité carbone.

En attendant, si vous cherchez à alléger votre facture carburant dès maintenant, pensez à vérifier si vous êtes éligible au chèque énergie 2026 dont la dernière vague d’envoi vient tout juste de démarrer. Et gardez un œil sur les stations qui cassent les prix près de chez vous.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *