22 % de satisfaits : Macron et Lecornu atteignent des scores que même Hollande n’avait pas connus si tôt

Après un léger rebond lié à ses apparitions sur la scène internationale, Emmanuel Macron voit sa cote de popularité replonger en avril. Sébastien Lecornu, lui, touche un plancher inédit depuis son arrivée à Matignon. Derrière ces chiffres, un sujet domine toutes les conversations des Français — et il se lit directement à la pompe.
Un président sous la barre symbolique des 25 %
Le baromètre mensuel de l’Ifop pour L’Opinion, réalisé en ligne du 8 au 16 avril auprès de 2 009 personnes (méthode des quotas, marge d’erreur de 1 à 2,2 points), ne laisse guère de place au doute. Seuls 22 % des Français se disent satisfaits de l’action d’Emmanuel Macron. Un chiffre qui efface le timide regain observé ces derniers mois, quand le président multipliait les déplacements diplomatiques et les prises de parole sur les grands dossiers internationaux.
Pour mesurer l’ampleur du signal, il faut rappeler qu’en février dernier, le verdict des Français était déjà sévère. La courbe ne s’est pas inversée. Elle s’enfonce. Les sondages successifs dessinent une tendance lourde : la présence médiatique à l’étranger ne suffit plus à compenser l’insatisfaction quotidienne ressentie dans les foyers.
Plusieurs observateurs font le parallèle avec les niveaux atteints par François Hollande en milieu de mandat. Sauf que Macron, lui, est désormais dans la dernière ligne droite avant 2027 — et 8 Français sur 10 jugent le macronisme comme un échec. Difficile d’imaginer un retournement spectaculaire dans ce contexte. Mais c’est du côté de Matignon que la chute est la plus brutale.
Lecornu au plus bas depuis son arrivée à Matignon
Nommé Premier ministre en octobre 2025 après le départ de François Bayrou, Sébastien Lecornu avait démarré avec une forme de bienveillance sondagière. Six mois plus tard, la lune de miel est terminée. Sa cote de satisfaction tombe à 32 % — son niveau le plus bas depuis son installation à Matignon.

Ce recul de plusieurs points en un mois est d’autant plus significatif que le Premier ministre bénéficiait encore récemment d’une image de gestionnaire énergique. Déjà tourné vers 2027 selon certaines indiscrétions, Lecornu se retrouve rattrapé par la réalité du pouvoir : quand le portefeuille des ménages souffre, aucun discours volontariste ne pèse face au ticket de caisse.
Le duo exécutif partage donc un même destin sondagier descendant. Macron à 22 %, Lecornu à 32 % : l’écart de 10 points entre les deux traduit un schéma classique où le Premier ministre absorbe une partie du mécontentement tout en restant légèrement moins exposé que le chef de l’État. Reste que la dynamique est identique — et qu’un facteur commun explique cette double érosion.
Le carburant, sujet numéro un des Français
Selon l’étude Ifop, les débats autour de la hausse des prix des carburants figurent au premier rang des conversations des Français en avril, devant même les négociations de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. C’est dire si le sujet irrite. Quand le plein de gazole pèse plus lourd dans les discussions que la géopolitique mondiale, le signal politique est massif.
Le paradoxe est cruel pour l’exécutif : sur les marchés mondiaux, le prix du baril de pétrole a sensiblement baissé ces dernières semaines. Mais à la pompe, les automobilistes ne voient rien venir. L’écart entre le cours du brut et le prix affiché en station alimente une colère sourde, celle du sentiment d’être floué. Le décalage avec le reste de l’Europe ne fait que renforcer cette impression.
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Certains automobilistes se tournent vers des solutions alternatives : le bioéthanol E85 séduit comme jamais. D’autres traversent la frontière : nos voisins proposent des prix cassés. Mais pour la majorité, il n’existe pas d’échappatoire. Et c’est précisément ce piège qui nourrit la défiance envers le pouvoir.
Plafonnement des marges : la menace qui ne convainc pas
Face à la grogne, le gouvernement a choisi la stratégie de la pression verbale. Sébastien Lecornu exhorte les distributeurs à répercuter la baisse du baril à la pompe, brandissant la menace d’un décret de plafonnement des marges. Une posture offensive — sur le papier. Dans les faits, le gouvernement tarde à passer à l’acte, et les Français le savent.

Michel-Édouard Leclerc a lui-même proposé publiquement une baisse de 15 centimes si l’État jouait le jeu sur la fiscalité. Le Premier ministre, de son côté, a annoncé un plan de 500 contrôles en stations-service et des mesures ciblées pour les grands rouleurs. Des annonces qui, pour l’instant, n’ont pas inversé la courbe du mécontentement.
Le problème est structurel : la fiscalité française sur les carburants reste parmi les plus élevées d’Europe. Tant que ce levier n’est pas actionné, les appels à la bonne volonté des distributeurs ressemblent à un bras de fer sans conclusion. Et chaque semaine où les prix restent hauts, la cote de l’exécutif s’effrite un peu plus. La barre des 2 euros le litre n’est même plus exclue par certains économistes.
Vers une fin de mandat sous tension permanente
À moins de deux ans de la présidentielle de 2027, ces chiffres posent une question simple : peut-on gouverner durablement avec 22 % d’approbation ? L’histoire récente suggère que oui — Hollande a tenu jusqu’au bout avec des scores comparables — mais au prix d’une paralysie politique quasi totale. Macron, lui, semble déjà envisager la suite selon certaines sources.
Les prétendants à la succession s’activent en coulisses. Gabriel Attal a lancé sa course vers l’Élysée. 42 % des Français se disent en accord avec les idées du RN, un chiffre en hausse constante. Le paysage politique se recompose à grande vitesse, et l’exécutif actuel, affaibli dans les sondages, peine à fixer l’agenda.
Pour Lecornu, l’enjeu est double. Remonter sa cote personnelle pour rester crédible comme candidat potentiel en 2027, tout en gérant une fin de quinquennat Macron qui s’annonce houleuse. La question du cessez-le-feu avec l’Iran pourrait offrir un répit temporaire si les prix du pétrole chutent davantage. Mais sans geste fiscal concret, les Français risquent de considérer que la baisse n’arrive jamais jusqu’à leur réservoir.
En attendant, le baromètre d’avril agit comme un rappel brutal : en politique française, c’est toujours le pouvoir d’achat qui a le dernier mot. Et en ce printemps 2026, il parle fort.