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Ces insectes terrestres peuvent survivre une semaine sous l’eau : les scientifiques n’en reviennent pas

Publié par Elsa Fanjul le 15 Mar 2026 à 21:11

Un accident de laboratoire a révélé l’une des capacités les plus surprenantes du règne animal : des insectes strictement terrestres peuvent respirer directement dans l’eau pendant des jours entiers. Cette découverte remet en question tout ce que la science pensait savoir sur leurs limites physiologiques.

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L’accident qui a tout changé

Ces insectes terrestres peuvent survivre une semaine sous l'eau : les scientifiques n'en reviennent pas

En 2020, Sabrina Rondeau préparait ses échantillons de reines de bourdons hibernantes à l’université de Guelph quand un frigo défaillant a inondé ses tubes de recherche pendant la nuit. Au matin, quatre reines flottaient dans l’eau froide depuis plus de 12 heures.

La chercheuse s’attendait à les trouver mortes. Pourtant, elles étaient toutes parfaitement vivantes. Cette observation fortuite allait déclencher une série d’expériences qui bouleverseraient notre compréhension de ces pollinisateurs essentiels.

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Intriguée par ce résultat inattendu, Rondeau a décidé de pousser l’expérience plus loin. Elle a immergé 143 reines de bourdons dans de l’eau froide pour tester méthodiquement leur résistance à la noyade.

Des résultats qui défient la logique

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Les résultats ont rapidement attiré l’attention de la communauté scientifique internationale. Après sept jours d’immersion continue, 81% des individus étaient encore en vie. Certaines reines ont même survécu huit jours complets sous l’eau, battant tous les records imaginables pour un insecte terrestre.

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Plus étonnant encore : ce taux de survie dépassait celui des individus témoins restés à l’air libre sur la même période. Autrement dit, ces insectes semblaient mieux résister immergés qu’à l’air ambiant dans les mêmes conditions de laboratoire.

Ces observations ont conduit l’équipe à s’intéresser de plus près au cycle hivernal naturel des bourdons. Les reines passent l’hiver enfouies dans le sol entre novembre et mars, période où les pluies hivernales peuvent saturer leurs chambres souterraines d’eau.

Comment respirent-ils sous l’eau ?

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L’équipe de Sabrina Rondeau a mesuré la consommation d’oxygène et la production de dioxyde de carbone des reines immergées. Les résultats, publiés dans Proceedings of the Royal Society B, montrent que les bourdons respirent bel et bien sous l’eau. Ils ne retiennent pas leur souffle ni ne puisent dans des réserves d’air internes.

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Pour permettre cette prouesse, trois mécanismes sophistiqués se combinent parfaitement. D’abord, la respiration aquatique passive : la cuticule de l’insecte laisse passer l’oxygène dissous dans l’eau directement vers les tissus internes.

Ensuite, une véritable branchie physique : les poils fins du corps piègent une mince couche d’air au contact de la peau, créant une interface où l’oxygène de l’eau se diffuse dans cette pellicule gazeuse, puis dans les spiracles respiratoires.

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Le secret : un métabolisme au ralenti extrême

Le troisième pilier reste le plus impressionnant. Le métabolisme des reines en hibernation chute à des niveaux extrêmes. Au repos à 3 degrés Celsius, une reine produit en moyenne 14,4 microlitres de CO₂ par heure et par gramme de poids corporel.

Une fois immergée, ce taux tombe à seulement 2,35 microlitres. Le métabolisme s’effondre littéralement au sixième de sa valeur initiale, réduisant drastiquement les besoins en oxygène.

Cette dépression métabolique permet aux échanges gazeux passifs à travers la cuticule et la branchie physique de suffire à maintenir l’insecte en vie. Comme d’autres animaux aux capacités respiratoires surprenantes, sans cette adaptation, les bourdons se noieraient en quelques heures.

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Un atout face au changement climatique

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Cette découverte tombe à point nommé. Le changement climatique intensifie les phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les pluies hivernales en Europe et en Amérique du Nord.

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Les inondations hivernales touchent de plus en plus fréquemment les sols où hibernent les reines. Cette capacité de survie aquatique constitue donc un atout évolutif majeur pour les populations de bourdons face à des sols gorgés d’eau pendant des semaines.

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Sans cette adaptation, de nombreuses colonies auraient déjà disparu dans les régions les plus affectées par les bouleversements climatiques. Comme d’autres espèces aux capacités d’adaptation surprenantes, les bourdons révèlent des mécanismes de survie insoupçonnés.

De nombreuses questions en suspens

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Plusieurs zones d’ombre persistent encore dans cette découverte révolutionnaire. Les chercheurs ignorent la durée maximale d’immersion réellement supportable. Les 8 jours observés en laboratoire représentent-ils une limite absolue ou seulement un seuil testé par manque de temps ?

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Par ailleurs, on ne sait pas si les reines peuvent endurer plusieurs cycles d’immersion-émersion successifs, comme les crues répétées l’imposeraient dans leur environnement naturel. Cette résistance cyclique pourrait être bien différente d’une immersion continue.

Le coût énergétique de cette adaptation demeure également flou. Les reines épuisent leurs réserves de graisse durant l’hiver pour alimenter leur métabolisme minimal. Une immersion prolongée pourrait accélérer cette consommation et compromettre leur capacité à fonder une colonie viable au printemps.

Des pistes pour d’autres espèces

L’équipe de Rondeau prévoit de mesurer les réserves lipidiques avant et après immersion pour quantifier précisément ce coût métabolique. Ces travaux sur les adaptations extremes ouvrent également des pistes pour d’autres espèces d’insectes terrestres.

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De nombreux pollinisateurs hibernent sous terre dans des conditions similaires. Certains pourraient donc partager cette aptitude aquatique insoupçonnée, élargissant considérablement notre compréhension de leur résilience face aux bouleversements environnementaux.

Comme d’autres découvertes récentes sur le monde animal, cette capacité des bourdons illustre à quel point la nature recèle encore de secrets. Chaque accident de laboratoire peut révéler des mécanismes de survie que des millions d’années d’évolution ont perfectionnés dans l’ombre.

Cette recherche rappelle également l’importance cruciale de ces pollinisateurs pour nos écosystèmes. Comprendre leurs capacités d’adaptation pourrait s’avérer essentiel pour préserver la biodiversité dans un monde en mutation rapide.

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