Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Animaux

Pourquoi la méthode japonaise pour protéger les oiseaux en hiver divise autant en France

Publié par Killian Ravon le 29 Jan 2026 à 6:30

Le gel s’installe, les pelouses blanchissent, et les mêmes gestes reviennent. Dans beaucoup de foyers, le nourrissage des oiseaux en hiver devient un réflexe rassurant.

La suite après cette publicité
Nourrissage des oiseaux en hiver : un jardinier retire une mangeoire et plante un arbuste à baies sous la neige
Plutôt que de nourrir, la “méthode japonaise” mise sur un jardin nourricier : haies à baies, feuilles au sol et abris naturels.

Sauf qu’à l’autre bout du monde, une approche bien différente s’impose… et elle bouscule nos habitudes.

La vidéo du jour à ne pas manquer
OLYMPUS DIGITAL CAMERA
La suite après cette publicité

Quand le froid arrive, nos jardins se transforment en cantines

Chaque hiver, la scène se répète. Dès les premières gelées, les rayons “nature” se vident, les boules de graisse s’accrochent aux branches, et les mangeoires apparaissent comme des décorations de saison. On veut bien faire. On veut “sauver” les mésanges, les rouges-gorges, les pinsons.

Ce rituel a aussi un effet immédiat : il rapproche la faune de nos fenêtres. On observe davantage. On s’attache. Et, au passage, on a le sentiment d’agir concrètement pour la biodiversité. Pourtant, derrière cette bonne intention, plusieurs questions gênantes émergent. Est-ce que cette nourriture correspond vraiment aux besoins des oiseaux ? Est-ce qu’on aide les bonnes espèces, au bon moment ? Et surtout : est-ce qu’on évite de créer, sans le vouloir, un problème sanitaire ou comportemental ?

Les associations de protection de la nature ne disent pas “arrêtez tout”. Elles rappellent plutôt une règle simple : nourrir, oui, mais dans un cadre précis, avec des précautions strictes, et pas toute l’année. La LPO, par exemple, situe l’intérêt du nourrissage surtout pendant la période froide, typiquement des premières gelées jusqu’au retour de températures plus clémentes vers mars.

La suite après cette publicité
Les points de nourrissage concentrent parfois de nombreux oiseaux au même endroit. Crédit : Per.

Le nourrissage des oiseaux en hiver, un geste utile… qui peut se retourner

Le premier risque est invisible, mais bien documenté : la promiscuité. Une mangeoire concentre en un seul point des espèces qui, normalement, se dispersent pour se nourrir. Et quand beaucoup d’oiseaux se croisent au même endroit, les microbes circulent plus vite. Faire une erreur de placement ou d’entretien peut s’avérer fatal.

La LPO alerte depuis plusieurs années sur le lien entre nourrissage et maladies dans les jardins, notamment quand l’hygiène est négligée ou quand la nourriture s’accumule. Nettoyage, rotation des points de nourrissage, gestion de l’eau : tout compte. Même constat côté britannique. La RSPB insiste sur des règles très concrètes : ne pas sur-remplir, éviter de “rajouter par-dessus” de l’ancien mélange, et protéger les graines de la pluie.

À lire aussi

La suite après cette publicité

Et ce n’est pas qu’une querelle de bonnes pratiques. Le British Trust for Ornithology (BTO) rappelle, dans un document de prévention, que les mangeoires et bains d’oiseaux sont des lieux probables de transmission, car ils peuvent être contaminés par la salive ou les fientes. À cela s’ajoute une autre inquiétude, plus récente dans le débat public : certaines formes de nourrissage, notamment sur surfaces plates, pourraient favoriser la propagation de maladies chez les fringilles. Début 2025, la RSPB a même suspendu la vente de certains modèles “à plat” par précaution.

Ce que le Japon fait différemment… et pourquoi ça surprend en France

C’est ici que le choc culturel arrive. Car au Japon, dans l’ensemble, la pratique consistant à nourrir les oiseaux dans son jardin est bien moins répandue que dans des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, selon une analyse académique qui s’est penchée sur les habitudes et l’offre commerciale liée au nourrissage.

La suite après cette publicité

Et, dans plusieurs territoires touristiques ou naturels, on trouve des messages officiels qui découragent l’alimentation des animaux sauvages, en insistant sur un point : nourrir peut habituer la faune à l’humain et créer des comportements problématiques. Certains avis mentionnent explicitement les oiseaux parmi les espèces concernées. L’idée n’est pas de “punir” la nature. Elle est plus radicale : aider, oui, mais sans distribuer de nourriture. Là-bas, la priorité est souvent de préserver un milieu capable de nourrir la faune par lui-même, plutôt que d’ajouter une ressource artificielle.

Les baies persistantes offrent une ressource précieuse sans mangeoire. Crédit : Perlick Laura.

La méthode japonaise qui marche : nourrir l’habitat, pas les oiseaux

La clé, ce n’est pas une mangeoire. C’est le décor autour. Dans cette logique, ce qui compte en hiver, c’est de multiplier les sources naturelles de nourriture et les abris. Concrètement, un jardin favorable aux oiseaux n’est pas un jardin “propre”. C’est un jardin qui accepte une part de désordre utile.

La suite après cette publicité

Les haies diversifiées jouent un rôle central, car elles offrent à la fois des cachettes et des ressources. Les arbustes à baies et les lianes persistantes deviennent des garde-manger naturels quand les insectes se font rares. Les fruits oubliés sur un arbre, une zone de feuilles mortes laissée au pied d’un massif, un tas de bois en bordure : tout cela produit, indirectement, ce que les oiseaux cherchent vraiment, y compris des insectes et des larves, qui apportent des protéines.

Cette approche a un avantage immédiat : elle limite la concentration artificielle. Les oiseaux se nourrissent “en mouvement”, sur plusieurs points, comme ils le feraient ailleurs. Elle évite aussi l’effet “tout ou rien” du nourrissage humain : si vous partez une semaine, le jardin, lui, continue de fonctionner.

À lire aussi

Une haie nourricière peut remplacer une distribution quotidienne de graines. Crédit : MPF.
La suite après cette publicité

Revoir notre rôle : du “nourrisseur” au “gardien de biodiversité”

Le point le plus dérangeant, au fond, n’est pas sanitaire. Il est psychologique. Nourrir, c’est visible. Planter une haie, laisser des tiges en place, accepter des feuilles au sol, c’est moins gratifiant sur le moment. On voit moins d’oiseaux collés à la vitre. On a l’impression d’aider moins.

Sauf que l’effet est souvent inverse. Quand un jardin devient riche en micro-habitats, il soutient la faune au-delà de l’hiver. Il accueille les insectes au printemps, les abris en été, et permet aux oiseaux d’éviter de geler durant la nuit. Il “dilue” les risques en évitant les points de rassemblement permanents.

La suite après cette publicité

C’est probablement ça, la leçon la plus solide de cette approche venue du Japon : l’aide la plus durable ressemble rarement à un geste instantané. Elle ressemble plutôt à une infrastructure vivante, patiente, et moins spectaculaire. Un jardin qui nourrit naturellement, c’est un jardin qui rend aux oiseaux ce qu’ils ont perdu ailleurs : de la diversité, des refuges, et de l’autonomie.

Planter des espèces à fruits d’hiver aide durablement la biodiversité. Crédit : Derek Ramsey.

Retrouvez plus d’actus sur les animaux

La suite après cette publicité

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

N'oubliez pas de cliquer sur l'email de validation pour confirmer votre adresse email. Si vous ne l'avez pas recu vérifiez dans vos spams.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *