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Le requin du Groenland, un vertébré à la longévité exceptionnelle pouvant dépasser 400 ans

Publié par Killian Ravon le 03 Fév 2026 à 12:00

Sous la banquise, tout semble figé. Le silence, la nuit, le froid. Et pourtant, là-dessous, quelque chose bouge. Lentement. Trop lentement pour être vrai. Le requin du Groenland n’a rien d’un monstre de cinéma. Pas de charge fulgurante. Pas de mâchoire en gros plan. Juste une présence. Un corps lourd qui glisse dans l’eau noire, comme s’il n’avait jamais eu besoin de se presser.

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Requin du Groenland sous la banquise arctique, glissant dans l’eau sombre
Dans les eaux glacées de l’Arctique, le requin du Groenland avance lentement sous la banquise, un géant discret des profondeurs.

C’est précisément ça qui fascine. Parce qu’un animal aussi discret, aussi rare à observer, a fini par devenir l’un des plus grands casse-têtes de la biologie moderne. Un mystère qui oblige à repenser notre idée même du temps. Et à se demander, sans le dire trop vite, si certains vertébré ne jouent pas avec les règles.

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Un requin du Groenland observé à grande profondeur pendant une mission d’exploration. Crédit : NOAA Photo Library.
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Sous la banquise, un fantôme qui nage lentement

On l’imagine “local”, coincé autour du Groenland. En réalité, le requin du Groenland fréquente surtout l’Atlantique Nord et l’Arctique. Il vit dans des eaux froides et profondes, souvent loin des regards, ce qui explique une partie de son aura. Même sa silhouette est faite pour l’ombre : coloration sombre, nage tranquille, mouvements économes.

Ce requin appartient aux “sleepers sharks”, ces requins “dormeurs” qui semblent flotter plus qu’ils ne nagent. Mais ne vous fiez pas au rythme. Dans le noir, la vitesse n’est pas toujours la meilleure arme. L’important, c’est l’endurance. Et l’opportunisme.

Les scientifiques l’observent à des profondeurs très variables selon les zones. Il peut remonter relativement près de la surface dans les eaux polaires, mais il est aussi filmé beaucoup plus bas, là où la température reste stable et où les saisons n’existent presque plus.

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Gros plan d’un requin du Groenland, avec un parasite accroché à l’œil. Crédit : Hemming1952.

Un corps taillé pour l’eau noire

Côté gabarit, on parle d’un des plus grands requins du monde. Certaines estimations dépassent les six mètres, avec des masses qui peuvent franchir la tonne. Mais comme l’espèce est difficile à mesurer “proprement” dans son habitat, les chiffres varient selon les sources et les spécimens observés.

Il est fascinant de comparer ce géant aux autres espèces de requins qui peuplent nos océans. Et puis il y a ce détail presque inquiétant : beaucoup d’individus ont les yeux abîmés. En cause, un parasite, le copépode Ommatokoita elongata, qui peut se fixer sur l’œil et altérer la vision. Le requin continue pourtant sa vie, comme si la vue n’avait jamais été l’outil principal.

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Un iceberg arctique, symbole des eaux froides où le requin du Groenland évolue. Crédit : Uwe Kils.

Un prédateur… et un récupérateur

Que mange un animal qui vit dans le froid, la nuit, et qui se déplace avec cette lenteur ? La réponse est moins “spectaculaire” qu’on l’imagine, mais beaucoup plus intéressante. Le requin du Groenland est un opportuniste. Il peut chasser, il peut fouiller, il peut patienter.

Les études et observations rapportent des régimes composés de poissons, de calmars, et parfois de restes plus imposants. Des organismes comme le Florida Museum of Natural History décrivent un animal capable de profiter de ce que l’océan lui offre, vivant ou mort.

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La question qui revient souvent, c’est celle des mammifères marins. “Il mange des phoques”, lit-on partout. Oui… mais comment ? Est-ce une vraie prédation ? Ou un art du recyclage, quand un phoque affaibli ou déjà mort devient une opportunité ? Les spécialistes restent prudents, car observer une scène de chasse dans ces conditions est rare.

Pourquoi le requin du Groenland est devenu l’obsession des biologistes

Pendant longtemps, on a soupçonné une longévité hors norme. Sans preuve solide. Les méthodes classiques de datation (comme les structures calcifiées) fonctionnent mal chez ce requin. Alors la science a dû ruser.

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On sait aujourd’hui que les requins possèdent des capacités d’adaptation phénoménales. En 2016, une étude publiée dans la revue Science a fait basculer l’histoire. Les chercheurs ont utilisé une technique de datation au radiocarbone appliquée au cristallin de l’œil. Résultats : des âges qui donnent le vertige.

L’étude estime une longévité moyenne d’au moins 272 ans pour les individus étudiés, et un plus vieil individu évalué autour de 392 ans. Dans les intervalles de confiance, cela ouvre la porte à des durées dépassant quatre siècles. C’est là qu’il entre dans une catégorie à part : celle des vertébrés qui rendent notre échelle de vie… presque ridicule.

Pack de glace arctique avec reliefs de pression, au pôle Nord géographique. Crédit : Matti&Keti.
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Grandir d’un centimètre par an, attendre 150 ans

La question suivante est immédiate : comment un vertébré peut-il durer aussi longtemps ? La réponse tient dans un mot : lenteur. Lenteur de croissance. Lenteur du métabolisme. Et lenteur de tout. Selon NOAA, ils grandissent extrêmement lentement, à moins d’un centimètre par an.

Et si vous grandissez à ce rythme, vous mettez forcément du temps à tout : atteindre une grande taille, mais aussi atteindre la maturité sexuelle. Plusieurs sources évoquent un âge de maturité autour de 150 ans pour les femelles. C’est vertigineux, parce que cela signifie qu’une pression humaine “classique” peut frapper une population avant même qu’elle ait eu le temps de se renouveler correctement.

Sur la reproduction, il faut aussi calmer les certitudes. Les observations directes de femelles gravides sont rares. Certaines sources parlent d’une portée d’environ dix petits, mais la littérature scientifique rappelle que le sujet est encore en construction.

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Le hákarl : viande de requin du Groenland préparée selon la tradition islandaise. Crédit : Chris 73.

Le prix d’une vie très longue

Ce profil biologique a une conséquence : la vulnérabilité. Le requin du Groenland est évalué comme “Vulnerable” sur la Liste rouge de l’IUCN, notamment à cause de sa lenteur de croissance et des risques liés aux captures accidentelles. Il a aussi une histoire humaine étrange.

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Pendant des siècles, il a été pêché pour son huile de foie. Aujourd’hui, l’exploitation a reculé, mais les interactions avec les pêcheries existent toujours. Et puis il y a ce détail culturel dérangeant : sa chair fraîche peut être toxique. En Islande, on prépare le hákarl via fermentation et séchage pour la rendre consommable.

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Et nous, que faisons-nous de ce patrimoine vivant ?

Le problème, c’est que notre époque ne sait pas attendre. Elle pêche vite. Elle réchauffe vite. Or ce requin, lui, vit sur un autre calendrier. Chaque rencontre accidentelle avec un animal potentiellement centenaire n’est pas “un incident”. C’est un morceau de siècle qui disparaît.

Comme l’espèce met très longtemps à se reproduire efficacement, l’équation est simple : on peut casser une population en quelques décennies, alors qu’elle mettrait des centaines d’années à retrouver son rythme naturel. Voilà pourquoi la fascination doit mener à des protections et une curiosité qui respecte le temps des profondeurs.

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Que retenir ?

Le requin du Groenland n’a pas besoin d’être “le plus effrayant” pour devenir inoubliable. Il suffit qu’il existe. Qu’il nage dans un froid permanent et qu’il nous oblige à regarder une réalité simple : la nature peut écrire des vies beaucoup plus longues que les nôtres. À condition qu’on ne les écourte pas.

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