Dans les comptes de Leïla, assistante juridique à Montpellier à 2 050 € nets par mois
Leïla, 31 ans, assistante juridique dans un cabinet d’avocats à Montpellier, gagne 2 050 € nets par mois. Ni trop à l’étroit ni vraiment à l’aise, elle incarne cette frange de la classe moyenne qui arbitre en permanence. Voici comment elle répartit chaque euro.

Ce que Leïla touche vraiment chaque mois
Son salaire de base s’élève à 1 980 € nets. Une prime semestrielle de gestion de dossiers — versée en juin et décembre — lui rapporte environ 70 € en moyenne mensuelle lissée sur l’année. Total brut converti : 2 050 € nets.
Pas d’APL, pas d’allocations, pas de revenus complémentaires. Elle précise : « J’ai longtemps eu les APL, mais avec la revalorisation du bail j’ai dépassé le plafond. C’est un peu le paradoxe. » Son cabinet ne propose pas de ticket-restaurant, mais prend en charge 50 % de son abonnement de transport, soit environ 26 € remboursés chaque mois sur sa fiche de paie.
Au total, elle dispose donc de 2 050 € pour faire tourner sa vie. La barre n’est pas très haute — le salaire médian français tourne autour de 2 100 € nets, elle est juste en dessous. Et à Montpellier, ville où les loyers ont grimpé de façon notable ces cinq dernières années, chaque arbitrage compte.
Les dépenses fixes : le socle qui ne bouge pas
Leïla vit seule dans un T2 de 42 m² dans le quartier Antigone, à dix minutes à pied de son cabinet. Son loyer charges comprises s’élève à 720 € par mois — un montant qu’elle qualifie de « raisonnable pour le secteur », même si sa propriétaire a augmenté de 35 € l’an dernier.

Voici le détail de ses charges fixes mensuelles :
- Loyer charges comprises : 720 €
- Électricité (EDF, option heures creuses) : 48 €
- Abonnement internet fibre (SFR) : 26 €
- Forfait mobile (Free, 20 Go) : 9 €
- Mutuelle santé (Alan, formule intermédiaire) : 52 €
- Assurance habitation : 14 €
- Abonnement tram (TAM Montpellier, mensuel) : 52 € (dont 26 € remboursés par l’employeur, coût net : 26 €)
- Netflix : 13,49 €
- Spotify : 6,99 €
- Impôt sur le revenu (mensualisation) : 67 €
Total dépenses fixes : environ 982 €
Presque la moitié de son revenu net part avant même qu’elle ait fait un seul course. Ce n’est pas une anomalie — les dépenses contraintes grignotent en moyenne 1 186 € par mois dans les foyers français. Leïla s’en sort un peu mieux, mais la marge est étroite. Et les dépenses variables vont vite rogner ce qui reste.
Les dépenses variables : là où tout se joue vraiment
Il lui reste théoriquement 1 068 € après les charges fixes. En pratique, les dépenses variables avalent la grande majorité de cette somme.
Alimentation et courses : Leïla fait ses courses principalement chez Lidl et au marché du Lez le samedi matin. Son budget alimentaire tourne autour de 280 € par mois, un chiffre qu’elle estime correct pour une personne seule. Elle cuisine beaucoup, évite les plats préparés, et concède quelques produits de marque sur le café et les pâtes — deux postes où elle ne transige pas.

Restaurants et sorties : 90 € par mois. Leïla sort deux à trois fois par mois, souvent pour des tapas ou des pizzas avec des amis du quartier. Elle évite les adresses branchées du centre historique où l’addition dépasse facilement 35 € par personne. « Montpellier a des restos sympas à 12-15 euros le midi, c’est là que je vais le plus souvent. »
Essence : Leïla n’a pas de voiture. Elle loue occasionnellement une voiture pour rentrer chez ses parents à Béziers (deux fois par mois), via Getaround. Budget moyen : 40 € par mois.
Shopping et vêtements : 55 € par mois en moyenne lissée. Elle achète peu mais régulièrement, principalement sur Vinted pour les pièces basiques. « Je ne suis pas à la mode, mais je veux quand même m’habiller correctement au cabinet. »
Loisirs et culture : 35 € — une place de cinéma de temps en temps, une sortie culturelle, un livre. Leïla apprécie aussi les sorties gratuites : plages à 20 minutes, randonnées sur le Pic Saint-Loup.
Hygiène et soins : 40 € — coiffeur tous les deux mois (25 €), produits courants en pharmacie ou en grande surface.
Divers / imprévus : 60 € — cadeaux d’anniversaire, frais médicaux non remboursés, petites réparations.
Total dépenses variables : environ 600 €
Il lui reste donc, en théorie, environ 468 € en fin de mois. Mais la réalité budgétaire, elle, se situe dans ce qui arrive ensuite.
Ce qu’il reste vraiment — et le grand arbitrage de Leïla
Sur ces 468 € restants, Leïla épargne 200 € par mois sur son Livret A. Mécaniquement, chaque mois, sans y toucher. « Je me force à virer les 200 € le jour de la paie, sinon ils disparaissent sans que je sache où. » Elle a aujourd’hui un peu plus de 4 800 € sur ce livret — son seul filet de sécurité.

Elle ne dispose d’aucune épargne long terme, pas de PEA, pas d’assurance-vie. Elle a bien ouvert un PEL il y a trois ans mais l’a clôturé pour financer une formation en droit des contrats qu’elle a suivie en dehors de son temps de travail — formation non prise en charge par son cabinet. Coût : 1 200 €.
Il lui reste donc environ 268 € de poche libre en fin de mois, une fois l’épargne mise de côté. Ce coussin absorbe les mois difficiles (pneus crevés, vétérinaire pour son chat, facture EDF en hiver). Les bons mois, elle grossit un peu son Livret A. Les mauvais, elle y puise.
Elle n’a ni crédit à la consommation ni crédit immobilier — elle considère l’achat inaccessible à Montpellier pour l’instant, où les prix au mètre carré ont considérablement progressé ces dernières années. Son projet à moyen terme : atteindre 8 000 € d’épargne de précaution avant d’envisager quoi que ce soit d’autre.
Ce qui la pèse le plus ? Le sentiment de faire tout « correctement » — pas de dépenses folles, pas de crédit revolving, des courses maîtrisées — et de ne pas vraiment avancer. « Je me dis parfois que si je gagnais 400 euros de plus, tout serait différent. Pas extravagant, juste… respirable. »
En résumé : où va l’argent de Leïla chaque mois
Pour résumer, voici la ventilation complète du budget de Leïla :
- Loyer + charges : 720 € (35,1 %)
- Alimentation : 280 € (13,7 %)
- Épargne Livret A : 200 € (9,8 %)
- Impôts : 67 € (3,3 %)
- Mutuelle : 52 € (2,5 %)
- Transports (net) : 66 € (3,2 %)
- Restaurants/sorties : 90 € (4,4 %)
- Énergie + télécoms : 89 € (4,3 %)
- Shopping : 55 € (2,7 %)
- Abonnements streaming : 20 € (1,0 %)
- Hygiène/soins : 40 € (2,0 %)
- Loisirs/culture : 35 € (1,7 %)
- Divers/imprévus : 60 € (2,9 %)
- Reste libre : ~268 € (13,1 %)
Le profil de Leïla est représentatif d’une large partie des actifs français entre 28 et 35 ans en ville moyenne : un salaire légèrement sous la médiane nationale, un loyer qui capte plus d’un tiers des revenus, une épargne de précaution construite patiemment mais sans vraie marge de manœuvre. À titre de comparaison, Ambre, aide-soignante à Rouen à 1 720 €, gère un budget encore plus contraint, quand Sébastien, agent immobilier à Bordeaux à 3 050 €, dispose d’une marge de manœuvre presque trois fois supérieure. Entre les deux, Leïla navigue — avec méthode, mais sans filet.