Dans les comptes de Djamila, assistante sociale à Lille à 2 080 € nets par mois
Djamila, 34 ans, est assistante sociale dans un centre médico-social de Lille. Elle gagne 2 080 € nets par mois après dix ans d’ancienneté dans la fonction publique territoriale. Seule, locataire, sans enfants pour l’instant — elle fait partie de ces Français qui gagnent légèrement au-dessus du salaire médian, mais qui ressentent quand même la pression chaque fin de mois. Voici comment elle répartit chaque euro.

Ce qu’elle touche vraiment chaque mois
Le salaire brut de Djamila tourne autour de 2 750 € bruts, ce qui correspond à l’échelon 7 de la grille des assistants socio-éducatifs territoriaux. Après cotisations, elle perçoit 2 080 € nets. À cela s’ajoutent quelques petits compléments : une prime de service annuelle d’environ 600 €, soit 50 € lissés par mois, et une participation employeur à la mutuelle de 20 €. Son revenu mensuel réel est donc plus proche de 2 150 € tout compris.
Pas d’heures supplémentaires rémunérées — ça n’existe quasi pas dans son secteur. Pas de freelance, pas d’activité annexe. « J’ai le service public et c’est tout. Ce n’est pas un reproche, mais il faut faire avec. »
Les charges fixes : le bloc incompressible
Djamila loue un appartement de 42 m² dans le quartier de Wazemmes, l’un des secteurs les plus accessibles de Lille. Loyer charges comprises : 680 €. C’est son premier grand poste, mais elle a la chance de ne pas dépasser le plafond des APL — elle touche 180 € d’aide au logement chaque mois, ce qui ramène son effort réel à 500 €.

Ses autres charges fixes, poste par poste :
• Mutuelle complémentaire : 42 € (après participation employeur)
• Forfait téléphone : 20 € (opérateur low-cost)
• Internet : 27 €
• Électricité (incluse dans les charges locatives)
• Assurance habitation : 14 €
• Netflix + Spotify : 22 €
• Transports : 33 € (abonnement Ilévia, pris en charge à 50% par l’employeur — elle paie donc 33 € sur 66 €)
• Impôt sur le revenu : 130 € (prélevé à la source)
• Assurance vie : 30 € (contrat ouvert à 28 ans, versement automatique)
Total charges fixes réelles : 818 €. Pas de crédit voiture, pas de crédit conso. Elle a soldé son prêt étudiant en 2022. Ce point-là lui donne de l’air — mais pas autant qu’on pourrait le croire, comme on va le voir.
Si tu veux comparer, le budget d’Ambre, aide-soignante à Rouen, montre que sous les 1 750 € nets, les charges fixes laissent très peu de latitude — même avec des loyers de province.
Ce qu’elle dépense sans vraiment s’en rendre compte
Les courses alimentaires lui coûtent environ 230 € par mois. Elle mange surtout à la maison, fait attention aux promotions, mais refuse de se priver de produits frais. « Je travaille toute la journée avec des gens en grande précarité. Rentrer chez moi et manger bien, c’est ma façon de décompresser. »
Ses dépenses variables, en détail :
• Restaurants et sorties : 80 € (deux ou trois fois par mois, souvent avec des amis)
• Shopping vêtements et accessoires : 40 € en moyenne lissée
• Hygiène et soins : 35 €
• Cadeaux et occasions : 25 € (anniversaires, etc., lissés)
• Loisirs / culture : 30 € (cinéma, musée, livre de temps en temps)
• Vacances : 70 € lissés (elle part une fois par an, budget total autour de 800-900 €, logement chez des amis ou Airbnb pas cher)
Total dépenses variables : 510 €.
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Ce qui surprend ? Elle ne possède pas de voiture. À Lille, elle estime que c’est un luxe qu’elle ne peut pas se permettre : assurance, entretien, stationnement… elle a calculé que ça lui coûterait entre 300 et 400 € de plus par mois. Résultat : elle se déplace à vélo et en transports. Ce choix lui permet de rester à flot là où beaucoup d’autres dans sa situation ont du mal. Pour comparer avec quelqu’un qui, lui, a intégré la voiture dans son budget, le cas de Julien, boulanger à Clermont-Ferrand, est éclairant.

L’épargne : ce qui reste, et ce que ça lui permet
En additionnant tout — charges fixes réelles (818 €) + dépenses variables (510 €) — Djamila dépense environ 1 328 € par mois. Avec ses 2 150 € de revenus effectifs, il lui reste théoriquement 822 €.
Dans les faits, elle en épargne 650 €. Les 172 € restants partent dans les petits imprévus : une ordonnance non remboursée, un billet de train de dernière minute, une lampe qui claque, un anniversaire oublié.
Ces 650 € d’épargne mensuelle sont répartis ainsi :
• Livret A : 300 € automatiques chaque 1er du mois. Solde actuel : 7 200 €. Son objectif : atteindre 10 000 € pour se constituer une vraie épargne de précaution.
• Assurance vie : 30 € déjà comptés dans les charges fixes — fonds en euros, sécurisé
• Compte épargne projet : 200 €, ouvert l’an dernier pour un projet d’achat immobilier à 3 ou 4 ans
• Le reste (120 €) : laissé sur le compte courant comme buffer
Ce niveau de revenu se situe au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 1 870 € nets. Djamila s’en sort plutôt bien sur le papier, mais elle est la première à nuancer : « À Lille, ça passe encore. À Paris, avec le même salaire, j’aurais du mal à avoir un studio décent. »

Ce que ses comptes disent vraiment de sa vie
Le budget de Djamila illustre une réalité bien française : on peut gagner correctement et ne jamais vraiment se sentir à l’aise. Avec 2 080 € nets, elle se situe dans la classe moyenne telle que définie en France — mais cette classe moyenne est souvent celle qui ne touche aucune aide tout en étant trop juste pour les vrais projets.
Son poste le plus contraignant reste le loyer, même réduit par les APL. Si les aides venaient à baisser — un débat régulier au niveau politique — elle perdrait 180 € d’un coup, et l’équation deviendrait nettement plus difficile. Les dépenses contraintes pèsent souvent plus lourd qu’on ne le croit dans les budgets de la classe moyenne.
Ce qui la protège, c’est son absence de crédit et son refus de la voiture. Ce qui la fragilise, c’est qu’un seul aléa — panne d’appareil électroménager, problème de santé, déménagement forcé — suffit à grignoter plusieurs mois d’épargne. « Je sais que 7 000 € sur le Livret A, ça peut sembler bien. Mais je sais aussi que c’est six mois de loyer. Et cette pensée ne me quitte jamais vraiment. »
Le salaire médian en France s’établit à environ 1 870 € nets selon les données INSEE. Djamila gagne 11 % de plus — une marge qui lui permet d’épargner là où d’autres ne peuvent pas, mais qui reste insuffisante pour imaginer acheter dans une grande ville sans aide extérieure ou co-emprunt.