Hausse des mutuelles : pourquoi elle serait illégale (et la lettre qui peut augmenter votre salaire net)
Sur beaucoup de fiches de paie de janvier, une ligne a bougé sans bruit. Et pour des millions de foyers, ce “petit” prélèvement mensuel pèse beaucoup plus lourd qu’il n’y paraît.
Le gel des tarifs des mutuelles devait pourtant protéger les assurés en 2026. Alors, pourquoi certains voient-ils déjà la note grimper ?
Une hausse qui s’installe… et qui inquiète les ménages
Depuis plusieurs années, les complémentaires santé sont entrées dans la routine des dépenses “incompressibles”. Quand le loyer, l’énergie et l’alimentation augmentent, la mutuelle suit souvent le mouvement. Et comme elle est prélevée automatiquement, on la subit avant même de la regarder.
Les organismes avancent des explications connues. Le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques, le prix des innovations médicales et le coût de certains soins tirent les dépenses vers le haut. Dans un communiqué de décembre, la Mutualité Française expliquait ainsi s’attendre à de nouvelles hausses en 2026, avec des moyennes annoncées autour de +4,3 % sur les contrats individuels et +4,7 % sur les contrats collectifs.
D’autres projections allaient plus loin. Une étude du cabinet Addactis, relayée à l’automne, évoquait une fourchette large et une médiane autour de +6,2 % sur les contrats collectifs.
À ce stade, beaucoup d’assurés se disent que “c’est comme ça”. Sauf que, pour 2026, le sujet ne se résume pas à une simple tendance.
Le détail qui change tout : une mesure budgétaire très politique
Fin 2025, le débat sur le financement de la santé a pris une tournure plus explosive. L’exécutif a assumé vouloir éviter un nouveau choc sur le pouvoir d’achat, tout en cherchant des recettes. Dans ce contexte, le budget de la Sécurité sociale a prévu une mesure inédite : une contribution exceptionnelle visant les organismes complémentaires.
On parle d’une contribution fixée à 2,05 % sur certaines sommes liées aux cotisations d’assurance maladie complémentaire.
En clair, l’État a voulu récupérer une partie de l’argent du secteur, en considérant que des hausses passées n’étaient pas toutes “justifiées” au regard des arbitrages finalement retenus.
Sur le papier, c’est une décision qui fâche les complémentaires, et qui alimente depuis des semaines une bataille de communication. Mais, pour les assurés, l’enjeu est ailleurs : qu’est-ce que cela autorise, et qu’est-ce que cela interdit ?
Pourquoi les salariés et les agents publics le ressentent immédiatement
Pour les salariés du privé, la mutuelle d’entreprise est souvent obligatoire. Et surtout, elle se voit sur la fiche de paie : une part est payée par l’employeur, l’autre par le salarié. Quand la cotisation grimpe, la part salariale grimpe aussi, et le salaire net baisse mécaniquement.
Dans la fonction publique, la situation varie selon les administrations et les dispositifs en place, mais le principe reste comparable : une couverture complémentaire existe, avec une participation employeur en montée en charge dans le cadre de la réforme de la protection sociale complémentaire.
À lire aussi
C’est pour cela que, dès janvier, certains ont eu l’impression d’un “impôt caché”. Quelques euros de plus par mois, parfois davantage pour les familles. Et cette hausse, même modeste, se cumule : 4 euros par mois, c’est près de 50 euros sur l’année.
Sauf que, cette fois, il existe un levier concret pour refuser de payer ce supplément. Et c’est là que le dossier bascule.
Ce que dit réellement la loi : le gel des tarifs des mutuelles en 2026
Dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, un passage est sans ambiguïté. Il précise que, “pour l’année 2026, le montant de ces cotisations ne peut être augmenté par rapport à celui applicable pour l’année 2025”.
Autrement dit : si votre contrat est reconduit à garanties comparables, une hausse de tarif en 2026 entre directement en collision avec ce principe de gel des tarifs des mutuelles.
Cette lecture est aussi celle de l’UFC-Que Choisir, qui a publié une alerte début janvier sur des “hausses illégales” et rappelle l’existence d’un modèle de courrier pour demander l’application de la loi.
Le Conseil constitutionnel a, de son côté, rendu une décision sur la LFSS 2026 datée du 30 décembre 2025. Et plusieurs analyses institutionnelles et parlementaires soulignent que la mesure est entrée en vigueur et s’impose.
Attention toutefois à un point : certains organismes pourraient soutenir qu’il ne s’agit pas d’une “hausse”, mais d’un contrat modifié (garanties, options, structure de cotisation). C’est précisément pour cela qu’il faut comparer noir sur blanc ce qui a changé entre 2025 et 2026.
La lettre qui permet de contester et, parfois, d’augmenter son salaire net
Concrètement, la démarche ressemble à une contestation tarifaire classique, mais avec un argument juridique central : le gel prévu pour 2026.
D’abord, il faut mettre la main sur l’avis d’échéance, l’échéancier, ou la ligne “mutuelle” de la fiche de paie, et retrouver le montant exact payé en 2025 pour une période comparable. Ensuite, il faut demander à l’organisme de revenir au tarif 2025, en rappelant le principe d’interdiction d’augmentation en 2026 et en exigeant la régularisation si un trop-perçu a déjà été prélevé.
À lire aussi
UFC-Que Choisir propose justement une lettre-type à compléter et à envoyer, idéalement en recommandé avec accusé de réception.
Pour un salarié, l’effet peut être immédiat si l’entreprise répercute la correction : si la part salariale redescend, le net à payer remonte d’autant. C’est pour cela que certains parlent, à tort ou à raison, “d’augmenter son salaire net” : il ne s’agit pas d’une prime, mais d’un prélèvement qui n’aurait pas dû augmenter.
Et l’enjeu est massif : la quasi-totalité de la population est concernée. La DREES estimait déjà que la couverture complémentaire touche environ 96 % des personnes, avec un taux passé de 95 % à 96 % lors de la généralisation de la complémentaire d’entreprise.
Ce bras de fer révèle un problème plus profond sur le financement de la santé
Derrière la “lettre miracle”, il y a une question plus dérangeante. Si les pouvoirs publics doivent geler les tarifs par la loi, c’est que le système est sous tension permanente.
La DREES rappelait récemment l’ampleur du marché : les organismes complémentaires ont collecté 46,5 milliards d’euros de cotisations santé en 2024, en hausse marquée par rapport à 2023.
Et les débats récurrents sur le transfert de charges entre Assurance maladie et complémentaires alimentent la crainte d’une spirale : moins la Sécu rembourse, plus les mutuelles montent… et plus certains renoncent à se couvrir correctement.
Le gel 2026 apparaît donc comme un pansement politique, mais aussi comme un signal : l’État assume de cadrer directement les tarifs, au risque d’un conflit ouvert avec les organismes.
Pour les assurés, la conclusion est simple : si vous constatez une hausse en 2026, ce n’est pas forcément “normal”. Et si vous êtes salarié ou agent public, ce détail peut se lire directement sur votre revenu mensuel.
Retrouvez plus d’article sur l’argent ici.