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Ces vieilles assiettes décorées oubliées dans les placards peuvent valoir jusqu’à un million d’euros

Publié par Mathieu le 18 Avr 2026 à 7:03

Vous avez peut-être croisé ces assiettes aux couleurs vives et aux scènes peintes dans la vitrine d’une grand-mère ou sur l’étal d’un vide-grenier. Jolies, un peu kitsch, sans plus. Et si on vous disait que certaines de ces céramiques décorées, appelées majoliques, atteignent aujourd’hui des prix à six chiffres — voire le million d’euros ? Une enquête du site Interenchères revient sur ce marché méconnu du grand public, où un simple plat du XVe siècle peut valoir autant qu’un appartement parisien.

Un savoir-faire né à Majorque, sublimé en Italie

Majolique italienne ancienne aux décors colorés tenue avec soin

Le mot « majolique » vient de Majorque, l’île espagnole par laquelle transitaient les premières céramiques à décor lustré au Moyen Âge. Mais c’est en Italie que la technique explose. Entre le XVe et le XVIe siècle, des ateliers d’Urbino, Montelupo et Venise produisent des pièces uniques, commandées par l’aristocratie de l’époque. Ce ne sont pas de simples assiettes : ce sont des œuvres d’art à part entière, peintes à la main avec des scènes mythologiques, bibliques ou historiques.

Cyril Froissard, expert en majoliques, résume bien la trajectoire : « Tout commence au XVe siècle avec un style gothique, et l’âge d’or se situe entre 1515 et 1540 en Italie. » Deux noms dominent cette période dorée : Nicola da Urbino et Xanto Avelli. Des artistes quasi inconnus du grand public, mais dont les créations font trembler les salles de ventes. Et pour cause : une seule pièce signée de ces maîtres peut franchir la barre symbolique du million.

Si vous avez l’habitude de fouiller vos placards à la recherche d’objets oubliés, les majoliques méritent clairement votre attention. Mais toutes ne se valent pas, loin de là.

Isabelle d’Este, la femme derrière les pièces les plus convoitées

Pour comprendre pourquoi certaines majoliques valent si cher, il faut remonter à leurs commanditaires. Isabelle d’Este, souvent surnommée « Première dame de la Renaissance », est l’une des figures centrales du marché. Cette marquise de Mantoue, passionnée d’art, a commandé des services entiers aux meilleurs ateliers italiens. Des pièces d’une finesse rare, peintes par Nicola da Urbino lui-même.

Aujourd’hui, la majorité de ces pièces reposent dans des musées ou des collections privées jalousement gardées. Mais il arrive — rarement — que l’une d’elles refasse surface lors d’une vente aux enchères. Et quand ça arrive, les enchères s’envolent. On parle de sommes vertigineuses, parfois bien au-delà du million d’euros pour une seule assiette.

Mais attention : le marché de la majolique ne fonctionne pas comme celui d’un tableau ou d’un meuble ancien. Il obéit à des règles très particulières, et tous les vendeurs ne sont pas logés à la même enseigne.

Un marché à deux vitesses qui piège les amateurs

Assiette majolique Renaissance présentée lors d'une vente aux enchères

C’est là que les choses se corsent. Le marché de la majolique évolue selon une ligne de fracture très nette. D’un côté, les pièces Renaissance signées par des maîtres reconnus, avec des décors historiés (scènes de batailles, mythologie, portraits). Celles-là s’arrachent à prix d’or, et leur cote ne cesse de grimper.

De l’autre, les productions plus tardives ou anonymes — des majoliques certes authentiques, mais sans attribution prestigieuse. Leur valeur, elle, chute. Cyril Froissard le confirme sans détour : « Les pièces majeures se vendent facilement et font de gros prix, alors que les majoliques moins importantes subissent un vrai fléchissement. »

Autrement dit, posséder une majolique ne signifie pas forcément détenir un trésor. Comme pour les vinyles rares ou les pièces de monnaie anciennes, tout se joue sur l’identification précise de ce que vous avez entre les mains. Et parfois, un seul détail change tout.

Une assiette inconnue estimée jusqu’à 30 000 euros

L’exemple le plus frappant vient d’une vente récente chez Bonhams, la célèbre maison d’enchères britannique. Une assiette en majolique d’Urbino, datée entre 1545 et 1560, y est estimée entre 20 000 et 30 000 euros. Son histoire est fascinante : elle fait partie d’un service commémoratif des guerres puniques, commandé pour le grand-duc de Toscane Médicis.

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Le plus surprenant ? Cette pièce n’avait jamais été répertoriée auparavant. Elle vient enrichir une série déjà mythique auprès des spécialistes, ce qui décuple sa valeur. Imaginez : un objet dormant dans l’ombre pendant des siècles, soudain propulsé sous les projecteurs. Ce genre de découverte inattendue n’est pas si rare dans le monde des enchères.

Si vous pensez que seuls les ultra-riches peuvent s’intéresser aux majoliques, la suite va vous prouver le contraire. Car certaines pièces restent étonnamment accessibles.

Des majoliques à moins de 1 000 euros : le bon plan méconnu

Plaque en majolique découverte sur un étal de brocante française

Toutes les majoliques ne coûtent pas le prix d’une voiture neuve. Les productions du XVIIIe siècle, notamment celles venues de Castelli en Italie, offrent un point d’entrée bien plus abordable. Exemple concret : une plaque représentant la Vierge à l’Enfant, bientôt en vente à Compiègne, est estimée entre 800 et 1 200 euros. Une somme raisonnable pour un objet chargé de plusieurs siècles d’histoire.

Et la France n’est pas en reste. Dès le XVIIe siècle, des ateliers de Nevers et Lyon se sont directement inspirés de l’esthétique italienne pour créer leurs propres majoliques. Ces pièces françaises, moins cotées que leurs cousines transalpines, peuvent se dénicher en brocante ou en ressourcerie pour quelques dizaines d’euros. Avec un œil exercé — ou un passage chez un expert — vous pourriez tomber sur une belle surprise.

D’ailleurs, si vous aimez chiner, sachez que de nombreux objets vintage cachés dans les greniers et les brocantes prennent de la valeur chaque année. Les majoliques ne font pas exception.

Comment repérer une majolique qui vaut de l’or

Pas besoin d’être historien de l’art pour commencer à évaluer une pièce. Plusieurs indices doivent attirer votre attention. D’abord, le décor : les majoliques les plus cotées présentent des scènes narratives complexes — batailles, épisodes bibliques, portraits. Plus le décor est détaillé et « historié », plus la pièce a de chances d’être précieuse.

Ensuite, l’émail. Les majoliques authentiques possèdent un émail brillant, souvent dans des teintes intenses de bleu, jaune orangé et vert. Cette palette caractéristique est difficile à reproduire, ce qui aide à distinguer les originaux des copies tardives. Le revers de la pièce peut aussi révéler des marques d’atelier ou des inscriptions qui orientent l’expertise.

Enfin, la provenance. Comme pour les découvertes de grenier spectaculaires, une pièce avec un historique documenté vaut exponentiellement plus qu’une pièce isolée. Si votre grand-mère vous a transmis de la vaisselle ancienne aux décors peints, prenez le temps de la faire examiner. Certains ustensiles anciens qu’on croyait sans valeur se sont révélés être de véritables trésors.

Votre vaisselle de famille mérite un second regard

La majolique incarne un paradoxe fascinant du marché de l’art : des objets du quotidien — assiettes, plats, vases — transformés en pièces de collection valant parfois plus qu’un tableau de maître. Avec leurs couleurs flamboyantes, leurs scènes narratives et leur émail brillant, ces céramiques racontent une époque où chaque objet domestique pouvait être une œuvre d’art.

Alors avant de reléguer cette vieille vaisselle héritée au fond d’un carton, posez-vous la question. Car entre les objets inutilisés qui dorment chez vous et les trouvailles estimées à plusieurs milliers d’euros, la frontière est parfois plus mince qu’on ne le croit. Un simple plat oublié dans un buffet pourrait bien être votre ticket pour une belle surprise aux enchères.

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