Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

Impôts : l’État français confronté à des impayés records dépassant le million d’euros

Publié par Killian Ravon le 16 Fév 2026 à 13:00

Dans l’ombre des grands chiffres budgétaires, un sujet remonte avec insistance : les retards de paiement publics. Des PME racontent des mois d’attente, parfois pour des montants qui dépassent le million d’euros, au point de bloquer des chantiers, de geler des embauches et d’accélérer des défaillances.

La suite après cette publicité
Retards de paiement publics : facture “impayée” sur un bureau, avec euros et calculatrice, drapeau français en arrière-plan.
Des factures réglées trop tard peuvent mettre sous pression la trésorerie des entreprises, y compris face à des clients publics.

Le gouvernement promet un tour de vis sur les sanctions, alors que des établissements publics sont eux-mêmes pointés du doigt.

La vidéo du jour à ne pas manquer
Le ministère de l’Économie et des Finances, à Paris-Bercy. Crédit : Fred Romero.
La suite après cette publicité

Quand la facture attend, c’est la trésorerie qui craque

Sur le papier, une facture envoyée à un client public n’a rien d’inquiétant. La commande est passée, le service rendu, la livraison faite. Pourtant, quand le règlement glisse de semaines en mois, la logique s’inverse : ce qui devait être une rentrée d’argent devient un poids quotidien.

Dans un reportage du 20H, TF1 raconte ces dossiers qui s’enlisent, avec des entrepreneurs qui ne parlent plus de “retard” mais d’“impasse” tant l’attente s’étire. Le même sujet évoque des montants très élevés, jusqu’à 1,3 million d’euros d’impayés dans certains cas, et décrit une mécanique simple : sans cash qui rentre, on réduit les achats, on repousse des investissements, on ralentit l’activité.

Les secteurs les plus exposés ne sont pas un mystère. Le bâtiment et les travaux publics, par exemple, avancent des coûts immédiats : matériaux, carburant, sous-traitance, salaires. Quand une facture reste “en souffrance”, tout le planning se dérègle. On parle alors de chantiers qui tournent au ralenti, de fournisseurs qu’il faut rassurer, et parfois de banques qu’il faut solliciter, non pas pour grandir, mais pour tenir.

La suite après cette publicité
Billets et pièces en euros : la trésorerie, nerf de la guerre. Crédit : Avij.

Un accélérateur silencieux des faillites

Le plus frappant, dans les retards de paiement, c’est leur côté discret. Rien ne s’effondre en une journée. L’entreprise continue, encaisse d’autres règlements, “bricole” avec des découverts, négocie des délais. Puis, un matin, l’équilibre n’existe plus.

TF1 avance un ordre de grandeur qui a marqué les esprits : les retards de paiement seraient à l’origine d’environ un quart des défaillances d’entreprises en 2025, et près de 20 000 structures auraient mis la clé sous la porte dans ce contexte. Même si chaque faillite a plusieurs causes, l’idée est claire : un retard n’est pas un simple incident administratif quand la marge est faible et la trésorerie tendue.

La suite après cette publicité

D’autres indicateurs montrent que le problème déborde largement la seule commande publique. Coface, dans une étude publiée en 2025, souligne qu’une large majorité d’entreprises en France se disent confrontées à des retards de paiement qui menacent leur trésorerie. Le diagnostic est constant : plus les délais s’allongent, plus la chaîne entière devient fragile, surtout pour les petites structures qui n’ont pas de matelas financier ou subissent des blocages de virements.

Le Monde, de son côté, rappelait à l’automne 2025 que ces retards peuvent fonctionner comme un “crédit” imposé : des fournisseurs financent, malgré eux, leurs donneurs d’ordre. Et ce sont souvent les plus petits qui portent l’effort, parce qu’ils ont moins de poids pour négocier et moins de marge pour encaisser.

Un chantier en cours, typique des secteurs qui avancent des coûts importants. Crédit : Benjamin Smith.
La suite après cette publicité

Le paradoxe : obligations strictes d’un côté, attente de l’autre

Ce qui crispe particulièrement les dirigeants, c’est le décalage de rythme. Les charges tombent à date fixe : URSSAF, TVA, loyers, salaires. Les pénalités, elles, ne se mettent pas “en pause” parce qu’un paiement tarde. Quand le client est une structure publique, le sentiment d’injustice grandit : l’entreprise doit être irréprochable, mais elle subit un calendrier qu’elle ne maîtrise pas.

Sur le terrain, cela se traduit parfois par des renoncements très concrets. Une embauche prévue est gelée. Un achat de machine est repoussé. Un stock n’est pas reconstitué. À noter que même pour les particuliers, le paiement par chèque devient obsolète, renforçant la nécessité de flux numériques rapides et fiables. Et comme tout est lié, un seul impayé important peut contaminer tout le reste.

La suite après cette publicité

Les structures publiques aussi dans le viseur

On imagine souvent l’État comme un payeur “solide” par définition. Pourtant, plusieurs témoignages récents contredisent cette idée, surtout dans certains établissements. Le Parisien a ainsi donné la parole à un dirigeant de sociétés d’intérim confronté à des retards importants avec un hôpital public, évoquant près d’un million d’euros d’impayés. Le message derrière le chiffre est brutal : quand un hôpital tarde, ce sont des sociétés de services qui doivent continuer à payer leurs salariés, sans être réglées.

Le Sénat s’est également emparé du sujet. Dans un rapport récent sur des mesures visant à réduire les retards de paiement, les auditions évoquent des situations où des factures non réglées représentent une part critique du chiffre d’affaires de PME titulaires de marchés publics. Ces retards affectent parfois même les paiements sociaux les plus basiques. Le texte discute même l’idée d’outils de type affacturage public pour éviter que l’attente ne devienne fatale.

À lire aussi

À ce stade, il faut garder une nuance : la Banque de France, dans le rapport 2024 de l’Observatoire des délais de paiement, indique que l’État affiche un délai moyen de paiement autour de deux semaines en 2024, avec une grande majorité de paiements sous 30 jours. Autrement dit, les moyennes ne racontent pas les “poches” de tension, là où quelques dossiers lourds suffisent à faire très mal.

La suite après cette publicité
Image d’archives d’un site hospitalier à Bordeaux (Base Hospital No. 6). Crédit : NARA.

Des écarts qui comptent plus que les moyennes

Si l’on regarde uniquement le délai moyen, on pourrait conclure que le système “fonctionne”. Mais une PME ne vit pas d’une moyenne nationale. Elle vit de ses encaissements, facture par facture. Quand l’une d’elles représente plusieurs mois de masse salariale, la statistique devient secondaire.

C’est aussi pour cela que les témoignages sur des encours à six ou sept chiffres frappent autant. Ils ne décrivent pas un retard anodin. Ils décrivent une entreprise qui, de fait, prête de l’argent à son donneur d’ordre, sans l’avoir choisi.

La suite après cette publicité

Sanctions : l’exécutif veut frapper plus fort

Face à la montée des alertes, la réponse politique se durcit dans le discours. TF1 indique que le gouvernement promet un renforcement des sanctions, avec une évolution possible du plafond : d’un montant fixe (aujourd’hui, des amendes administratives peuvent aller jusqu’à plusieurs millions d’euros) vers un niveau proportionnel au chiffre d’affaires, pouvant atteindre 1 %. Cette pression s’accentue alors que certains craignent que les virements ne soient plus garantis en cas de crise systémique.

En parallèle, l’administration rappelle qu’elle sanctionne déjà les abus sur les délais de paiement, en particulier entre entreprises. La DGCCRF publiait par exemple, en 2024, un bilan de contrôles mentionnant des dizaines de millions d’euros de sanctions prononcées. L’objectif affiché est le même : empêcher que le retard devienne une stratégie de financement.

La suite après cette publicité

Reste une question très concrète : ces annonces changeront-elles le quotidien des PME face aux donneurs d’ordre les plus “lents” ? Les dirigeants attendent moins des déclarations que des résultats, et surtout une culture de paiement qui ne repose pas sur la relance permanente.

Une facture papier, symbole des paiements qui tardent. Crédit : My Community SG.

Retards de paiement publics : un coût économique, pas un détail comptable

Réduire le sujet à une querelle de facturation serait une erreur. Les retards de paiement publics ont un effet direct sur l’économie réelle, parce qu’ils immobilisent de la trésorerie là où elle est la plus rare. Chaque semaine d’attente peut se traduire par un projet reporté, une embauche annulée, ou un investissement abandonné.

La suite après cette publicité

À l’échelle du pays, le phénomène se mêle à une période déjà tendue : hausse des défaillances, marges compressées, incertitudes de carnet de commandes dans certains secteurs. Localtis, la Banque des Territoires, rappelait récemment que Bercy lui-même pointe les retards de paiement comme un facteur qui pèse sur la santé des entreprises, dans un contexte de défaillances élevées.

Au final, la question dépasse le “bon élève” et le “mauvais payeur”. Elle touche à une forme de confiance : peut-on demander à des entreprises d’avancer le coût du travail et des matériaux, tout en leur imposant d’attendre indéfiniment pour être réglées ?

Que retenir ?

On peut afficher de bons délais moyens et, malgré tout, laisser des entreprises au bord de la rupture à cause de quelques dossiers qui traînent. C’est exactement ce que révèlent les témoignages récents : quand les montants deviennent massifs, le retard se transforme en risque vital.

La suite après cette publicité

Derrière les annonces de sanctions renforcées, l’enjeu est simple : faire en sorte que payer à l’heure redevienne la règle, y compris quand le client s’appelle “État” ou “hôpital”. Parce qu’à la fin, ce sont toujours les mêmes qui financent l’attente : les PME.

Retrouvez plus d’article sur le même thème ici.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *