Chauffage : la consigne la plus mal comprise… et la méthode simple qui peut calmer votre facture cet hiver
En plein cœur de l’hiver, beaucoup règlent leur chauffage « au chiffre près » sans vraiment savoir si c’est encore la bonne stratégie. Or, selon plusieurs spécialistes, l’enjeu n’est plus de viser une valeur unique, mais de piloter plus finement selon votre logement et vos habitudes.
Et ce détail que peu de gens prennent en compte peut changer votre confort… sans faire grimper la note.
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Une règle née d’une autre époque, mais encore appliquée machinalement
Quand les températures baissent, un réflexe revient partout : ajuster le thermostat puis ne plus y toucher, comme si une consigne « magique » suffisait à tout régler. Cette habitude s’explique par l’héritage des années 1970, au moment des chocs pétroliers : l’objectif était clair, limiter la consommation de fioul et de gaz dans des logements souvent mal isolés, avec une régulation rudimentaire.
Le problème, c’est que les logements et les modes de vie n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’il y a cinquante ans. On vit différemment chez soi, on occupe les pièces de manière plus irrégulière, et l’on attend un confort plus constant, notamment quand on passe davantage de temps à la maison. Résultat : une consigne unique peut devenir un compromis bancal, parfois inconfortable, parfois contre-productif.
Aujourd’hui, des experts de l’efficacité énergétique parlent même d’un « diktat thermique » qui ne correspond plus au quotidien réel. L’idée n’est pas de « chauffer plus », mais de chauffer mieux, en arrêtant de traiter un appartement ou une maison comme un bloc uniforme.
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Pourquoi une seule température n’a (presque) jamais été une bonne idée
Une température affichée sur un boîtier ne raconte jamais toute l’histoire. La sensation de confort thermique dépend aussi de l’air ambiant, de la température des murs, des sols, des vitrages, des courants d’air et même de l’humidité. Deux logements réglés pareil peuvent être vécus de façon totalement différente : l’un paraît douillet, l’autre donne l’impression d’être froid « dans les os ».
Nick Barber, expert en gestion énergétique cité par Presse-citron, rappelle d’ailleurs que cette consigne historique a surtout été pensée comme un compromis économique, et pas comme un optimum de confort. Autrement dit, le chiffre a été popularisé parce qu’il était simple à retenir… pas parce qu’il était universellement pertinent.
À cela s’ajoute un facteur souvent sous-estimé : la manière dont on utilise réellement son logement. Entre une famille qui bouge de pièce en pièce, un couple qui cuisine peu, une personne qui reste au salon, et quelqu’un en télétravail plusieurs jours par semaine, les besoins n’ont rien de comparable. Pourtant, une consigne unique impose la même réponse à des situations opposées.
C’est ici que la logique change : plutôt que de chercher « le bon chiffre », les spécialistes poussent vers une approche d’ajustement, beaucoup plus pragmatique.
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Le pilotage pièce par pièce, la vraie bascule (et pas seulement un gadget)
Le cœur de la nouvelle approche, c’est de raisonner en usages, pas en moyenne. Une pièce où l’on reste immobile longtemps n’a pas le même besoin qu’un couloir traversé deux minutes. Un espace humide n’a pas le même comportement qu’une chambre fermée. Et une maison bien isolée ne réagit pas comme une passoire énergétique.
C’est là que l’isolation et le DPE entrent en jeu : dans un logement très performant, la température chute lentement et la chaleur se conserve mieux, ce qui ouvre la porte à des réglages plus agressifs sans inconfort brutal. À l’inverse, dans beaucoup d’habitations moins bien classées, la chaleur s’échappe vite, les parois refroidissent, et le ressenti peut se dégrader rapidement, même si l’air reste « théoriquement » à une valeur correcte.
Les spécialistes insistent aussi sur un point concret : un logement trop froid peut favoriser la condensation, donc les moisissures, surtout dans les zones sensibles. D’où l’intérêt de piloter selon les risques réels de chaque pièce, plutôt que d’imposer la même température partout, tout le temps.
Ce pilotage devient plus accessible grâce aux équipements actuels : réglages par zone, vannes thermostatiques, et surtout thermostat connecté capable d’adapter la chauffe à des plages horaires. L’idée n’est pas de multiplier les gadgets, mais d’obtenir une programmation cohérente avec votre rythme de vie.
Jour, nuit, absence : l’arbitrage qui change tout sur la facture
La question qui revient chaque hiver est toujours la même : faut-il couper complètement la nuit, ou simplement baisser ? Les recommandations officielles évoquent une baisse nocturne, sans forcément tout éteindre. Et c’est là qu’un détail devient décisif : ce qui coûte cher, ce n’est pas seulement de chauffer, c’est de réchauffer un logement qui s’est trop refroidi.
Dans un habitat très performant, notamment bien noté au DPE, une coupure peut rester intéressante, parce que la température ne s’effondre pas et que les murs conservent une partie de la chaleur. En revanche, dans la majorité des logements moins bien classés, couper totalement peut refroidir les parois, les sols et l’ensemble de l’inertie du bâtiment. Au redémarrage, la chaudière ou les émetteurs doivent alors « rattraper » plus fort, et la sensation de surconsommation est souvent réelle, même si elle dépend des situations.
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L’enjeu, c’est donc de viser une baisse mesurée, pensée pour le confort et la stabilité. Dans cette logique, les spécialistes expliquent qu’un réglage intelligent peut réduire la consommation de chauffage sans transformer les nuits en épreuve, surtout si l’on anticipe la remontée avant le réveil.
Autre point très concret : mal réglé, un logement trop frais pousse parfois à ouvrir les fenêtres pour « respirer », ou à utiliser des chauffages d’appoint. Et ce sont souvent ces réflexes-là qui font grimper la note, bien plus qu’un pilotage réfléchi et stable.
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Le repère utile à connaître avant d’ajuster chez vous
On retient souvent une règle simple : baisser d’un degré permet d’économiser environ 7 % d’énergie, d’après l’Ademe. C’est un repère de sobriété, mais ce n’est pas une vérité automatique si, derrière, on compense par des comportements qui annulent le gain.
Les experts interrogés défendent plutôt une stratégie « au bon endroit, au bon moment ». Cela passe par un réglage plus généreux là où l’on vit vraiment, une baisse assumée là où l’on dort ou là où l’on passe peu, et une adaptation en fonction du logement, des équipements et des habitudes du foyer.
C’est aussi pour cela que la régulation est présentée comme un levier majeur. Bien utilisée, la gestion pièce par pièce, via un système de contrôle et des radiateurs adaptés, peut apporter jusqu’à 15 % d’économies sur la facture, notamment grâce à une meilleure anticipation et à l’évitement des pics inutiles.
Et c’est là que l’on comprend pourquoi la fameuse consigne unique n’est plus le sujet principal : ce qui compte, c’est la cohérence de l’ensemble.
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La consigne que les experts privilégient aujourd’hui
Si l’on devait résumer la nouvelle logique, elle tient en une phrase : arrêter d’imposer un chiffre unique à tout le logement et ajuster selon les pièces et les moments. Les spécialistes avancent qu’un salon ou un bureau occupé en journée peut viser environ 20 °C, surtout quand l’activité est sédentaire, parce que le corps maintient plus facilement sa température de 37 °C et que le confort est plus stable.
À l’inverse, la nuit et dans les espaces peu utilisés, ils recommandent de descendre plutôt vers 16 à 18 °C, notamment dans les chambres, sans forcément tout couper. Et pour la salle de bain, l’idée est de monter autour de 22 °C uniquement au moment des douches, puis de redescendre ensuite.
Autrement dit, le vrai basculement, ce n’est pas « chauffer plus » ou « chauffer moins », c’est de sortir du réflexe des 19 °C partout : cette règle née dans les années 1970 n’est plus l’étalon unique, et les experts la remplacent par une approche modulée, pièce par pièce, qui peut offrir plus de confort… sans faire exploser la facture.