Une Lamborghini double la police à 240 km/h — et personne ne bronche
Imaginez la scène. Vous êtes au volant, une voiture de police roule juste devant vous. Vous accélérez, vous la doublez, le compteur affiche 240 km/h. Et la patrouille… ne fait absolument rien. Pas de gyrophare. Pas de sirène. Pas de PV. Bienvenue sur l’Île de Man, le dernier territoire européen où rouler sans limite de vitesse est encore parfaitement légal — à condition de connaître les règles du jeu.
La vidéo qui affole les réseaux

La séquence a été partagée sur Instagram et a rapidement fait le tour du web automobile. On y voit une Lamborghini Huracan verte, filmée en dashcam, se caler tranquillement derrière une BMW de police clairement identifiée. Le trafic est fluide, la route dégagée. Puis vient l’ouverture.

En quelques secondes, la supercar italienne se déporte et avale la berline de patrouille par la droite — ce qui, sur cette île britannique où l’on roule à gauche, est parfaitement normal. Le compteur dépasse les 150 mph, soit environ 241 km/h. La BMW rapetisse dans le rétroviseur sans que le moindre agent ne lève le petit doigt.
Comme le résume The SupercarBlog, qui a relayé la vidéo : « Dans la plupart des régions du monde, passer devant une voiture de police à plus de 150 mph se terminerait par des gyrophares et une lourde amende. Mais sur l’Île de Man, c’est une histoire complètement différente. » En France, un tel excès de vitesse vaudrait un retrait de permis immédiat, une amende de plusieurs milliers d’euros et très probablement un passage devant le tribunal. Ici, rien. Mais pourquoi exactement ?
Un code de la route unique en Europe
L’Île de Man, ce petit caillou de 572 km² planté entre l’Angleterre et l’Irlande, ne fait partie ni du Royaume-Uni ni de l’Union européenne. Elle dispose de son propre parlement — le Tynwald, le plus ancien parlement en activité continue au monde — et surtout de ses propres lois routières. Et c’est là que tout change.

Contrairement à la France, où les limitations de vitesse s’appliquent partout, l’île ne fixe aucune vitesse maximale nationale hors agglomération. En dehors des villes et villages, les limites sont définies tronçon par tronçon. Quand un panneau indique 50 ou 60 mph, la règle est classique. Mais quand apparaît un panneau de fin de restriction, la route passe en « derestricted » : aucun plafond chiffré. Vous pouvez rouler aussi vite que votre voiture le permet.
Selon des analyses de terrain citées par des spécialistes de la sécurité routière, environ 30 % du réseau routier de l’île fonctionne encore sans aucune limitation. On parle de sections rapides, souvent en rase campagne, dont une grande partie du tracé montagneux emprunté chaque année par le Tourist Trophy, la course moto la plus dangereuse de la planète. Un événement qui, à lui seul, a forgé la réputation de l’île comme paradis de la vitesse.
Mais cette liberté a un revers très strict que beaucoup ignorent.
48 km/h en ville, 241 km/h hors agglo : le grand écart
Car si les routes de campagne mannoises ressemblent à une autoroute sans radar, les zones habitées racontent une tout autre histoire. En ville, la vitesse tombe à 30 mph, soit environ 48 km/h. Certaines zones résidentielles ou très fréquentées descendent encore plus bas, autour de 20 à 30 km/h.
Et la tendance s’accentue. Ces dernières années, les autorités locales ont engagé un mouvement volontariste vers davantage de secteurs limités à 20 mph. L’île vit donc avec un système routier profondément contrasté : une liberté quasi totale sur les portions rurales, un encadrement serré dès qu’on approche d’un village. Un équilibre que même les automobilistes locaux trouvent parfois déroutant.
Ce contraste explique pourquoi une Lamborghini peut doubler la police à 241 km/h sans conséquence, alors qu’un excès de 5 km/h dans le centre de Douglas — la capitale — peut coûter cher. Mais si la vitesse n’est pas limitée, qu’est-ce qui empêche le chaos ?
La police ne regarde pas le compteur — elle regarde autre chose
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Voilà le cœur du système mannois, et ce qui le distingue radicalement de l’approche française. Sur l’Île de Man, la police ne se focalise pas sur un chiffre au compteur. Elle traque la « conduite dangereuse ». Nuance capitale.
Concrètement, même sur une route sans limitation, un dépassement à haute vitesse peut être sanctionné si la météo est mauvaise, si la visibilité est réduite, si le trafic est dense ou si le conducteur met en danger d’autres usagers. À l’inverse, rouler à 240 km/h sur une section dégagée, en ligne droite, par temps clair et sans personne à proximité ? Toléré. C’est exactement ce que montre la vidéo de la Huracan.
La Manx Constabulary — la police locale — s’appuie sur une forte présence humaine plutôt que sur des radars automatiques. Des patrouilles spécialisées sillonnent les routes avec des véhicules rapides, capables d’intervenir en cas de comportement à risque. Pas de cabines fixes à chaque virage, pas d’algorithme qui déclenche un flash. Le jugement humain reste au centre du dispositif.
Une philosophie aux antipodes de ce qu’on connaît en France, où un radar peut flasher dix fois plus après un simple changement de panneau. Mais cette approche fonctionne-t-elle vraiment ?
Plus de 600 chevaux dans le terrain de jeu parfait
Sur ces portions sans limite, la Lamborghini Huracan est dans son élément naturel. Son moteur V10 atmosphérique de 5,2 litres délivre plus de 600 chevaux selon la variante. Pas de turbo, pas de temps de réponse : l’accélération est instantanée et le son du moteur qui « hurle jusqu’à la zone rouge », comme le décrit The SupercarBlog, fait partie de l’expérience.
Sur la vidéo, on voit clairement la supercar profiter de la moindre ouverture pour catapulter son conducteur bien au-delà des vitesses autorisées en Europe continentale. Le genre de scène qui, en France, finirait en garde à vue. On a vu des conducteurs flashés en Lamborghini à 206 km/h repartir à pied. D’autres, comme ce retraité flashé à 256 km/h en Ferrari, ont vu leur permis confisqué sur-le-champ.
Sur l’Île de Man, la même voiture, la même vitesse, mais un cadre juridique radicalement différent. Le conducteur de la Huracan verte n’a enfreint aucune loi. Il n’a même pas fait sourciller les agents dans la BMW qu’il venait de doubler comme si elle était à l’arrêt.
Reste une question que beaucoup se posent en voyant cette vidéo : combien de temps encore ?
Un paradis de la vitesse en sursis ?
Si la vitesse illimitée sur l’Île de Man n’est pas un mythe, elle pourrait bien se réduire dans les années qui viennent. L’extension progressive des zones à 20 mph dans les agglomérations grignote peu à peu le réseau « derestricted ». Les débats locaux sur la sécurité routière s’intensifient, notamment après certains accidents mortels lors du Tourist Trophy.
Pour l’instant, environ 30 % des routes mannoises restent sans plafond de vitesse. Mais la tendance est clairement au resserrement, comme partout en Europe. En France, le débat fait rage autour du retour au 90 km/h sur certaines départementales. En Suisse, rouler à 238 km/h peut valoir quatre ans de prison ferme.
L’Île de Man reste donc un cas à part. Un territoire minuscule où une Lamborghini peut légalement doubler une voiture de police à 241 km/h, où la loi fait confiance au jugement du conducteur plutôt qu’à un radar, et où le mot « derestricted » sur un panneau signifie exactement ce qu’il dit : aucune limite. Une anomalie fascinante dans un monde qui roule de plus en plus lentement — et dont la vidéo virale de cette Huracan verte est peut-être le meilleur ambassadeur.