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Waze et Google Maps ne proposent plus le trajet le plus rapide : un décret français en est la cause

Publié par Elsa Lepic le 17 Avr 2026 à 7:45

Vous l’avez peut-être remarqué ces dernières semaines : votre GPS vous fait faire des détours. Les trajets affichés sur Waze ou Google Maps semblent plus longs, moins directs, avec quelques minutes supplémentaires qui n’existaient pas avant. Non, vous ne rêvez pas. Et non, ce n’est pas un bug. Derrière ce changement silencieux se cache un texte de loi français qui redéfinit la manière dont ces applications calculent vos itinéraires. Le temps n’est plus la priorité numéro un.

Pourquoi votre trajet quotidien a pris quelques minutes de plus

Conducteur regardant son GPS affichant un trajet rallongé

Si vous êtes du genre à lancer Google Maps avant chaque déplacement, vous avez probablement noté un truc bizarre. L’itinéraire proposé en premier n’est plus forcément le plus court. Parfois, il vous fait passer par des routes secondaires, éviter certains axes rapides, ou rallonger de 5 à 10 minutes un trajet que vous connaissiez par cœur.

Beaucoup d’automobilistes ont d’abord pensé à un problème technique. D’autres ont cru que les applications testaient de nouvelles fonctionnalités. La réalité est bien plus officielle que ça. C’est un décret, signé en 2022 par l’État français, qui est en train de transformer la logique même de ces outils de navigation. Et ses effets commencent tout juste à se faire sentir concrètement.

Le texte en question porte un nom peu sexy : décret n° 2022-1199. Adopté il y a maintenant trois ans, il impose aux services d’aide à la conduite de mettre en avant les itinéraires dont l’impact est le plus faible en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Autrement dit, votre GPS ne cherche plus à vous faire gagner du temps en priorité. Il cherche à réduire votre empreinte carbone.

Mais alors, pourquoi est-ce qu’on ne s’en est rendu compte que maintenant ? C’est la question que tout le monde se pose — et la réponse tient en un mot : pression.

Le bras de fer discret entre l’État et les géants du GPS

Le décret existait sur le papier depuis 2022, mais dans les faits, Waze et Google Maps n’avaient pas vraiment changé leurs algorithmes. Les plateformes ont traîné des pieds. Il a fallu que plusieurs acteurs institutionnels montent au créneau pour que les choses bougent vraiment.

En première ligne : Île-de-France Mobilités. L’organisme qui gère les transports en région parisienne a directement poussé Google et Waze à intégrer ces nouvelles règles. Laurent Probst, son directeur général, n’avait d’ailleurs pas mâché ses mots en 2024 auprès de Ouest-France : « S’ils ne le font pas, il faudra que l’État prenne les décisions nécessaires. On leur demandera de fermer leur application. C’est un enjeu de sécurité publique. »

Le message était clair. Et il a visiblement été entendu, puisque depuis quelques semaines, les modifications sont bien réelles dans l’expérience utilisateur. L’empreinte carbone est désormais intégrée dans les recommandations d’itinéraire et même affichée directement à l’écran, pour que chaque conducteur puisse comparer les options disponibles.

Ce n’est pas qu’une question d’affichage. Concrètement, si un parcours comprend une portion où la vitesse dépasse 110 km/h, une alternative avec une vitesse réduite de 20 km/h doit être proposée en priorité. Moins de vitesse, moins de carburant brûlé, moins de CO2. La logique est implacable, même si elle rallonge le trajet de quelques minutes.

Mais l’écologie n’est pas le seul objectif visé par ce changement. Il y a un deuxième enjeu, bien plus terre à terre.

L’autre raison que personne ne soupçonnait

Embouteillages sur un boulevard parisien aux heures de pointe

Si vous habitez en Île-de-France, vous savez à quel point les bouchons peuvent transformer un trajet de 30 minutes en calvaire d’une heure et demie. Pendant des années, Waze et Google Maps ont aggravé le problème sans le vouloir. Comment ? En envoyant des milliers de conducteurs sur les mêmes « raccourcis » au même moment.

Un village traversé par une route départementale pouvait se retrouver envahi par des automobilistes qui n’y avaient jamais mis les pieds, simplement parce que l’algorithme avait détecté un embouteillage sur l’autoroute voisine. On a tous vu ces situations absurdes : des voitures coincées dans des vignes ou des chemins de terre après avoir suivi aveuglément leur GPS.

Le décret permet aussi de répondre à ce problème. En ne proposant plus systématiquement le trajet le plus rapide, les applications répartissent les flux de circulation sur davantage d’axes. Moins de concentration sur les mêmes routes, moins de congestion. C’est mathématique.

L’approche des Jeux olympiques de Paris 2024 a d’ailleurs servi de laboratoire grandeur nature. Les autorités franciliennes ont demandé à Google Maps de favoriser des itinéraires alternatifs pour limiter le chaos routier autour des sites olympiques. Les voies olympiques étaient réservées, et il fallait que le trafic s’adapte. Le résultat a été suffisamment concluant pour pérenniser le système.

Sur le papier, tout semble logique. Moins de pollution, moins d’embouteillages. Mais dans la vraie vie, les automobilistes vivent cette transition d’une manière bien différente.

Ce que ça change vraiment quand vous prenez le volant

Soyons honnêtes : pendant des années, la promesse de Waze et Google Maps était simple. Vous entrez votre destination, et l’application vous emmène par le chemin le plus rapide. Point. C’était le contrat tacite entre l’utilisateur et l’outil. Ce contrat vient d’être réécrit sans que personne ne vous ait vraiment prévenu.

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Les forums et réseaux sociaux bruissent de témoignages d’automobilistes agacés. Certains parlent de 5 à 15 minutes supplémentaires sur des trajets quotidiens. Multipliez ça par cinq jours de travail, et vous obtenez jusqu’à une heure de conduite en plus chaque semaine. Pour quelqu’un qui fait de longs trajets régulièrement, l’impact n’est pas anodin.

Le changement est d’autant plus frustrant qu’il est discret. Pas de notification, pas de pop-up explicatif. Un matin, votre trajet habituel fait un détour, et vous ne comprenez pas pourquoi. L’impression de perdre le contrôle de son propre itinéraire a quelque chose d’irritant, même quand l’intention derrière est louable.

Reste une question essentielle : peut-on revenir en arrière et retrouver les trajets rapides d’avant ?

Comment retrouver le trajet le plus court malgré tout

Automobiliste comparant deux itinéraires GPS sur son smartphone

Bonne nouvelle : vous n’êtes pas coincé. Les deux applications laissent toujours la possibilité de choisir un itinéraire différent de celui proposé par défaut. Sur Google Maps, les alternatives apparaissent en gris sur la carte. Il suffit de taper dessus pour sélectionner le parcours le plus rapide, même s’il n’est plus mis en avant.

Sur Waze, c’est le même principe. L’application affiche plusieurs options, et l’itinéraire « écologique » est simplement celui qui apparaît en premier. Rien ne vous empêche d’en choisir un autre. La nuance, c’est que le choix par défaut a changé — et la plupart des utilisateurs ne modifient jamais le réglage par défaut. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du décret : jouer sur l’inertie comportementale pour orienter les pratiques.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, les réglages du GPS permettent parfois de modifier les préférences d’itinéraire. Dans Google Maps, la section « Options de trajet » offre la possibilité d’éviter les autoroutes, les péages ou les ferries. Mais il n’existe pas (encore) de bouton « me donner le plus rapide à chaque fois » qui contourne le décret.

Cette évolution en rappelle d’autres. Google Maps a récemment supprimé certaines fonctionnalités en France sous la pression réglementaire. Le mouvement semble clair : les applications de navigation s’adaptent de plus en plus aux législations locales, quitte à s’éloigner de leur promesse initiale de rapidité absolue.

Un changement qui divise, mais qui pourrait s’étendre

La France n’est pas le seul pays à réfléchir à ce type de régulation. En Europe, plusieurs discussions sont en cours pour harmoniser les règles imposées aux plateformes de navigation. L’idée d’intégrer l’empreinte carbone dans les algorithmes de calcul d’itinéraire fait son chemin à Bruxelles.

En Italie, les autorités explorent aussi des mesures inédites pour les automobilistes afin de fluidifier le trafic. La tendance est mondiale : les outils numériques qui organisent nos déplacements vont devoir intégrer des critères environnementaux, qu’on le veuille ou non.

Pour les automobilistes, le message est simple. Vos trajets risquent de continuer à s’allonger légèrement dans les mois qui viennent. Quelques minutes de plus au volant, certes, mais avec la possibilité de reprendre la main si vous le souhaitez. Le vrai changement, c’est que le « plus rapide » n’est plus le critère roi. Et ça, c’est une petite révolution dans notre manière de nous déplacer — même si elle se fait à notre insu, un réglage à la fois.

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