Chauffage au bois : Castorama provoque une émeute avec cet outils à moins de 120 euros
Froid sec, budgets serrés, énergie qui coûte cher : en plein mois de janvier, une promotion Castorama sur une tronçonneuse thermique Oleo-Mac à moins de 120 € s’est retrouvée au centre des discussions.
Derrière ce “bon plan” de soldes, on voit surtout revenir un réflexe très français : reprendre la main sur son bois de chauffage, quitte à s’équiper vite… et parfois sans mesurer les enjeux.
Un “petit prix” qui tombe au bon moment, dans un hiver où chacun compte ses stères
Les soldes d’hiver 2026 se déroulent, pour l’essentiel du territoire, du mercredi 7 janvier au mardi 3 février inclus, selon le calendrier rappelé par Service-Public et les services de l’État. Dans ce créneau, Castorama affiche une offre qui attire mécaniquement l’œil : la tronçonneuse thermique Oleo-Mac GSH 400 est proposée à 119,94 € au lieu de 199,90 €, avec une mention de soldes valable du 07/01/2026 au 03/02/2026, dans la limite des stocks.
Le produit, lui, vise un usage “particulier” : ébranchage, petit abattage, débitage. Castorama met en avant un moteur 38,9 cm³ “de fabrication Emak”, annoncé conforme à des normes antipollution “Euro 5”, et une puissance indiquée à 2,3 ch. Le guide annoncé fait 41 cm (16”), la chaîne est une Oregon, et l’enseigne insiste sur le “primer” pour faciliter le démarrage, le tendeur latéral et l’accès au filtre sans outil, ainsi qu’un système anti-vibrations.
Pris séparément, rien d’extraordinaire. Mais, au bon prix, au bon moment, l’effet est immédiat. D’abord parce que la période de soldes concentre l’achat “d’équipement” que l’on repousse le reste de l’année. Ensuite parce que, quand la vague de froid arrive, beaucoup de foyers regardent leur pile de bûches différemment : elle devient une assurance anti-facture.
Le vrai moteur de la ruée : le retour massif au chauffage au bois, entre économie et besoin d’autonomie
Si cette promo déclenche autant d’intérêt, c’est qu’elle s’appuie sur un phénomène structurel. Le chauffage au bois n’est plus un détail “campagne et cheminée”. En 2020, 7,4 millions de ménages possèdent au moins un appareil de chauffage individuel au bois en France métropolitaine, soit un quart des ménages, d’après les données de l’enquête Logement analysées par le SDES (service statistique du ministère).
Plus récemment, l’ADEME estime que 7,5 millions de résidences principales se sont chauffées au bois lors de la saison 2022/2023, un niveau présenté comme le plus élevé depuis 1984.
Ce retour s’explique souvent par un calcul simple. Le bois peut permettre de lisser la dépense énergétique, surtout quand on a déjà un poêle, un insert ou une cheminée fermée. Cependant, l’équation change selon la façon de s’approvisionner. Acheter des bûches prêtes à brûler, livrées, rangées, c’est confortable, mais cela réduit parfois l’avantage financier. À l’inverse, acheter des longueurs, récupérer des billots, ou préparer soi-même une partie du stock fait baisser la note… à condition d’avoir l’outillage et un minimum d’organisation. Des aides comme le chèque énergie bois peuvent aussi alléger la dépense.
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C’est là qu’une tronçonneuse “accessible” devient un déclencheur. Elle ouvre la porte à un chauffage plus “autonome”, avec l’idée de constituer une réserve pour l’hiver suivant, ou de valoriser des arbres tombés, un élagage, une coupe autorisée. Or, quand les températures descendent, beaucoup ne veulent plus attendre le printemps. La promo fait donc office de raccourci : on s’équipe maintenant, on s’organise ensuite.
Castorama pousse un “kit” implicite : couper, puis stocker au sec… et c’est là que tout se joue
La tronçonneuse n’est qu’une partie du sujet. Le bois de chauffage, pour être rentable, doit être bien stocké. Castorama met aussi en avant, dans ses opérations commerciales, un abri à bûches Blooma Beni annoncé à 169 € au lieu de 219 €, avec des dimensions 180 cm de large, 184,8 cm de haut et 61,6 cm de profondeur. Sur le papier, c’est logique : si l’on coupe soi-même, il faut aérer, protéger de la pluie, éviter le contact direct avec le sol.
Ce point est loin d’être secondaire, parce qu’un bois trop humide se paie deux fois. D’abord en rendement : il chauffe moins, car une partie de l’énergie part à évaporer l’eau. Ensuite en pollution : la combustion est moins propre et les émissions augmentent. L’ADEME, via sa plateforme “Agir pour la transition”, recommande de brûler du bois bien sec et cite un seuil d’humidité inférieur à 23 %. En parallèle, la DGCCRF rappelle des règles d’information et de qualité sur les combustibles bois, avec des repères d’humidité à connaître.
Dans ce contexte, l’abri à bûches n’est pas un “accessoire”. Il conditionne la réussite. Beaucoup de ménages l’apprennent à leurs dépens : un bois mal ventilé moisit, se dégrade, encrasse davantage, et finit par coûter cher en entretien et en confort. Ainsi, l’offre Castorama, volontairement ou non, raconte une chaîne complète : produire, sécher, consommer.
L’autre face du chauffage au bois : qualité de l’air, appareils performants et gestes qui comptent
Le chauffage au bois reste une énergie renouvelable quand la ressource est gérée durablement. Cependant, il pèse aussi sur la qualité de l’air en hiver, surtout avec des appareils anciens ou mal utilisés. Le cadre réglementaire s’est d’ailleurs renforcé : le décret publié au Journal officiel en 2022 précise notamment des notions et méthodes autour du taux d’humidité moyen.
L’État a publié un plan d’action visant à réduire les émissions liées au chauffage au bois et rappelle l’importance de la qualité du combustible et des bonnes pratiques d’utilisation. Dans plusieurs territoires, les autorités soulignent également que les particules fines et ultrafines augmentent pendant la saison de chauffe, avec un rôle notable du bois.
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Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner le bois du jour au lendemain. Mais cela oblige à raisonner “qualité”. Un appareil récent, bien dimensionné, bien entretenu, et alimenté avec un combustible sec n’a rien à voir, en émissions, avec un foyer ouvert ou un vieil équipement utilisé au ralenti. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de payer moins cher. Il est aussi de chauffer mieux pour préserver l’air.
Et c’est ici que l’achat d’une tronçonneuse pendant les soldes peut devenir paradoxal. On veut économiser sur l’énergie, mais si l’on brûle un bois trop humide, ou si l’on s’approvisionne sans cadre, on déplace le problème. De plus, l’empressement peut encourager des coupes non maîtrisées, des stockages improvisés, et des usages risqués.
Tronçonneuse : le vrai coût caché, c’est la sécurité (et elle ne se solde pas)
Dernier point, souvent minimisé : une tronçonneuse thermique n’est pas un outil “comme les autres”. Elle coupe vite, fort, et elle ne pardonne pas. Les accidents domestiques arrivent fréquemment lors de situations banales : bûche instable, coupe au mauvais angle, fatigue, précipitation, rebond de la chaîne. Par ailleurs, le bruit, les vibrations et les projections imposent une approche sérieuse, même pour “quelques stères”.
Les organismes de prévention rappellent que les équipements de protection individuelle ne sont pas une option et qu’ils s’intègrent dans une logique globale de réduction des risques. Dans la pratique, cela veut dire travailler équipé, vérifier l’état de la chaîne, tendre et lubrifier correctement, et éviter les gestes à une main ou au-dessus des épaules. Cela veut aussi dire connaître ses limites : le “petit abattage” n’est pas anodin, surtout près d’une maison, d’une ligne électrique ou d’une clôture.
Or, à 119,94 €, l’achat paraît presque impulsif. C’est précisément là qu’il faut ralentir. Le bon plan n’a de sens que si l’on anticipe le reste : carburant, huile de chaîne, entretien, affûtage, EPI, et un endroit sûr pour travailler. Sinon, l’économie initiale peut se transformer en mauvaise surprise.
Derrière la promo, un signal clair sur l’hiver 2026
La tronçonneuse Oleo-Mac à moins de 120 € n’est pas qu’une affaire de bricolage. Elle agit comme un thermomètre social. Elle raconte un hiver où l’on cherche des solutions rapides pour tenir le budget, et où le bois redevient une stratégie, pas seulement une ambiance.
Mais elle rappelle aussi une vérité simple : le chauffage au bois “économique” exige de la méthode, du bois sec, un stockage correct et une vraie culture de la sécurité. La ruée, elle, passera. Les bonnes habitudes, elles, font la différence tout l’hiver.