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À 17 ans et 180 km/h sur une route limitée à 80, il perd le permis qu’il venait tout juste d’obtenir

Publié par Cassandre le 09 Mai 2026 à 12:49

Sur une petite route de campagne en Mayenne, les gendarmes de Laval ont intercepté un véhicule lancé à une vitesse hallucinante : 180 km/h. Au volant, un adolescent de 17 ans, titulaire d’un permis probatoire tout neuf. La suite, vous la devinez : le permis ne lui a pas survécu longtemps. Et la voiture non plus, d’ailleurs.

Un radar qui n’en croit pas ses chiffres

La scène se déroule sur la D20, à hauteur de Soulgé-sur-Ouette, en Mayenne. Un axe classique, bordé de champs, limité à 80 km/h comme la plupart des départementales françaises depuis 2018. Ce jour-là, les gendarmes de la compagnie de Laval y mènent un contrôle de vitesse de routine.

Contrôle radar des gendarmes sur une route départementale en Mayenne

Et puis un véhicule déboule. Le radar affiche 180 km/h. Pas 90, pas 110 — 180. Soit exactement 100 km/h au-dessus de la limite autorisée. Pour donner un ordre d’idée, c’est la vitesse à laquelle roulent certaines voitures sur autoroute. Sauf qu’ici, on parle d’une route à double sens, sans séparateur central, avec des intersections et potentiellement des tracteurs au détour d’un virage.

Ce type de grand excès de vitesse représente l’un des comportements les plus dangereux sur la route. À 180 km/h, la distance de freinage dépasse les 200 mètres sur route sèche. Sur une départementale où les obstacles peuvent surgir à tout moment, la moindre surprise se transforme en tragédie. Et justement, ce n’est pas un conducteur aguerri qui tenait le volant.

17 ans, permis probatoire : le pire profil possible

Quand les gendarmes interceptent le véhicule, ils découvrent un conducteur âgé de seulement 17 ans. Depuis 2024, il est possible d’obtenir le permis de conduire dès cet âge en France, à condition de passer par la conduite accompagnée. Mais qui dit jeune conducteur dit aussi permis probatoire — et des règles bien plus strictes que pour les autres.

Permis probatoire posé sur le tableau de bord d'une voiture

Un titulaire de permis probatoire dispose d’un capital initial de 6 points seulement, contre 12 pour un conducteur confirmé. La vitesse maximale autorisée sur autoroute est limitée à 110 km/h au lieu de 130. Sur une route à 80 km/h, la limite reste la même pour tous, mais les conséquences d’une infraction sont décuplées. Avec un tel dépassement, ce jeune conducteur s’expose à bien plus qu’un simple retrait de points.

D’ailleurs, ce cas rappelle celui d’un jeune conducteur qui avait perdu son permis en un temps record après l’avoir obtenu. Mais là, l’ampleur de l’excès place l’affaire dans une catégorie bien plus grave. Car au-delà de 50 km/h de dépassement, on entre dans le domaine pénal.

Ce que risque concrètement le conducteur

Les militaires n’ont pas hésité une seconde. Le permis de conduire a été retiré sur place, immédiatement. Pas de discussion, pas de négociation. C’est la procédure standard en cas de dépassement de plus de 40 km/h au-dessus de la limite. Mais avec 100 km/h de plus que la vitesse autorisée, on bascule dans la catégorie des « très grands excès de vitesse », et les sanctions montent en flèche.

Concrètement, un excès de vitesse supérieur à 50 km/h est passible de 1 500 euros d’amende, d’un retrait de 6 points (ce qui, pour un permis probatoire, signifie l’annulation pure et simple), d’une suspension de permis pouvant aller jusqu’à 3 ans, et même d’une peine de prison en cas de récidive. Le véhicule, lui, a été placé en fourrière dans la foulée du contrôle.

Des cas similaires se multiplient sur les routes françaises. Récemment, un jeune de 18 ans avait été condamné après s’être filmé à 315 km/h sur l’autoroute. Un autre avait été flashé à 249 km/h sur l’A10 sans même avoir le permis. Chaque fois, le scénario est le même : jeune conducteur, voiture puissante, sentiment d’invincibilité.

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La fourrière, et après ?

Une fois le permis confisqué et la voiture immobilisée, la procédure judiciaire prend le relais. Le jeune conducteur devra se présenter devant un tribunal pour répondre de son infraction. À ce stade, les autorités n’ont pas communiqué sur d’éventuelles circonstances aggravantes — alcool, stupéfiants, passagers à bord — qui auraient pu alourdir encore la note.

Ce qu’on sait, c’est que la mise en fourrière n’est pas qu’une mesure symbolique. Elle empêche toute réutilisation immédiate du véhicule et entraîne des frais considérables pour le propriétaire : frais d’enlèvement, de gardiennage quotidien, sans compter l’éventuelle confiscation définitive que le tribunal peut prononcer. Pour un adolescent de 17 ans, c’est souvent les parents qui héritent de l’addition.

Véhicule mis en fourrière par une dépanneuse après un excès de vitesse

La question de la réforme du permis de conduire revient régulièrement dans le débat public. Certains estiment que l’abaissement de l’âge du permis à 17 ans, sans renforcement proportionnel de l’encadrement, contribue à ce type de dérive. D’autres pointent du doigt la puissance des véhicules accessibles aux jeunes conducteurs, alors que plusieurs constructeurs réfléchissent à brider la vitesse des véhicules.

100 km/h de trop : pourquoi les départementales tuent

Les routes départementales sont les plus meurtrières de France. Selon la Sécurité routière, elles concentrent environ 70 % des décès sur la route chaque année. Le passage à 80 km/h en 2018, contesté par de nombreux automobilistes, avait justement pour objectif de réduire cette hécatombe. Les chiffres ont donné raison à la mesure, avec une baisse significative de la mortalité les premières années.

Mais les comportements à risque persistent. À 180 km/h sur une départementale, le temps de réaction est divisé par deux par rapport à un conducteur roulant à 80. Un piéton, un cycliste, un animal traversant la route — rien ne peut être évité. L’énergie cinétique, elle, est multipliée par cinq. En cas de choc, la probabilité de survie est quasi nulle.

Récemment en Marne, quatre adolescents avaient trouvé la mort après que leur voiture se soit encastrée dans un arbre. Un drame qui rappelle cruellement que la vitesse reste le facteur numéro un des accidents mortels chez les jeunes conducteurs. Et que le permis probatoire, avec ses 6 petits points, est conçu précisément pour protéger ceux qui n’ont pas encore l’expérience de la route.

Un phénomène qui ne faiblit pas

Ce fait divers en Mayenne n’est malheureusement pas un cas isolé. Les gendarmes constatent une recrudescence des grands excès de vitesse chez les très jeunes conducteurs. En Sarthe, un jeune de 18 ans avait récemment perdu son permis au volant d’une Audi R8. Les réseaux sociaux, où certains n’hésitent pas à filmer leur compteur pour épater leurs abonnés, jouent un rôle non négligeable dans cette surenchère.

Le phénomène ne touche pas que les adolescents. Un moniteur d’auto-école avait été flashé à 207 km/h, tandis qu’une dame de 92 ans roulait à 228 km/h en Porsche. Mais chez les jeunes, le risque est statistiquement plus élevé : les 18-24 ans représentent 17 % des tués sur la route alors qu’ils ne constituent que 8 % de la population.

Pour ce conducteur de 17 ans en Mayenne, l’aventure du permis aura duré le temps d’un sprint sur la D20. Il devra patienter au minimum un an avant de pouvoir repasser l’examen — si le tribunal ne prononce pas une interdiction plus longue. En attendant, les contrôles routiers se multiplient sur les axes les plus accidentogènes. Et les radars, eux, ne font aucun cadeau — quel que soit l’âge du conducteur.

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