À 18 ans, il filme son compteur à 315 km/h sur l’autoroute — ses propres vidéos le font condamner
La nuit du 31 décembre 2024, un conducteur de 18 ans lance sa Mercedes-AMG GT63 à des vitesses vertigineuses sur les routes du Valais, en Suisse. 315 km/h sur l’autoroute, 195 km/h sur une route cantonale, 181 km/h dans un tunnel urbain. Le problème : il a tout filmé. Et son téléphone est devenu sa pire pièce à conviction.
Une nuit du Nouvel An qui dérape à plus de 600 chevaux
Sion, Valais, dernières heures de l’année 2024. Pendant que la plupart des gens trinquent, un jeune homme à peine majeur prend le volant d’une berline allemande de plus de 600 chevaux. Avec ses amis à bord, il enchaîne les accélérations sur les axes du Valais central. La Mercedes-AMG GT63 est un monstre de puissance, capable d’atteindre des vitesses que même certaines supercars n’approchent pas.

C’est la Centrale des routes de Noës qui donne l’alerte en premier. Pas pour un excès de vitesse détecté par radar. Non. Deux piétons sont signalés à l’intérieur du tunnel de Platta, smartphones en main, en train de filmer. Les agents de la police sur l’A9 comprennent vite : ces piétons sont en réalité les passagers de la Mercedes. Ils étaient descendus du véhicule pour immortaliser une pointe de vitesse depuis l’extérieur du tunnel.
L’idée, visiblement, c’était de capturer la scène sous plusieurs angles. De quoi alimenter des réseaux sociaux ou une collection personnelle de vidéos spectaculaires. Sauf que cette mise en scène va déclencher bien plus qu’un simple contrôle de routine.
Un smartphone transformé en casier judiciaire
Sur place, les policiers ne se contentent pas de verbaliser. Un mandat de séquestre et de perquisition est immédiatement ordonné sur les téléphones des occupants du véhicule. Et c’est là que tout bascule. Le contenu du smartphone du conducteur révèle une dizaine d’excès de vitesse commis tout au long de l’année 2024.

Parmi les séquences les plus accablantes : une vidéo montrant le compteur de la Mercedes bloqué à 315 km/h sur l’autoroute A9, où la limite est fixée à 120 km/h. Un dépassement de près de 200 km/h. Une autre séquence montre une pointe à 195 km/h sur une route cantonale. Et celle filmée dans le tunnel de Platta affiche environ 181 km/h — dans un tunnel urbain.
Chaque vidéo, filmée depuis l’habitacle, montre clairement le compteur, le profil du véhicule et parfois des éléments du décor permettant d’identifier les lieux. Les enquêteurs n’ont eu qu’à recouper les images avec les axes routiers connus. Le conducteur avait, sans le savoir, constitué lui-même le dossier de sa propre accusation. Comme ce conducteur flashé à 222 km/h en Tesla, la technologie embarquée s’est retournée contre lui.
Mais ce cas n’est pas isolé. Et la justice suisse a déjà montré qu’elle ne plaisantait pas avec ce type de comportement.
La Suisse et la loi « chauffard » : un seuil qui ne pardonne pas
En Suisse, la législation routière est l’une des plus sévères d’Europe. Le programme Via Sicura, intégré à la Loi sur la circulation routière, a introduit la notion de « délit de chauffard ». Et les seuils sont très précis : au-delà de 200 km/h sur une autoroute limitée à 120, le conducteur est automatiquement considéré comme chauffard. Même chose au-delà de 140 km/h sur une route à 80, ou 100 km/h en zone limitée à 50.
Avec ses 315 km/h sur l’A9, le jeune Valaisan dépasse largement le seuil chauffard. Et ses 195 km/h sur route cantonale le placent potentiellement dans la même catégorie. La peine encourue : entre un et quatre ans de prison ferme. Une conductrice de 21 ans avait écopé de quatre ans ferme pour des faits similaires en Suisse. Même Omar Sy a eu des démêlés avec la justice helvétique sur la route.
La différence entre une amende salée et la prison tient parfois à quelques km/h. Un professeur de maths a calculé le temps réellement gagné en roulant plus vite : dérisoire. Le rapport risque-bénéfice est absurde. Mais à 18 ans, au volant de 600 chevaux, ce calcul ne se fait visiblement pas.
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Quand les réseaux sociaux deviennent des pièces à conviction
Ce dossier valaisan s’inscrit dans une tendance qui inquiète les autorités suisses. D’autres procédures récentes dans le même canton ont visé des chauffards identifiés grâce à des vidéos d’excès de vitesse partagées sur Snapchat ou TikTok. Des pointes de 250 km/h sur l’A9, plus de 230 km/h dans des tunnels — toutes documentées par les conducteurs eux-mêmes.
Le mécanisme est toujours le même. Un jeune conducteur filme son compteur pour impressionner ses abonnés ou ses amis. La vidéo circule, parfois pendant des mois. Puis un jour, la police tombe dessus — lors d’un contrôle, d’une dénonciation ou d’une saisie de téléphone pour une tout autre raison. Et les images parlent d’elles-mêmes.

En France aussi, le phénomène existe. On a vu des cas de conducteurs flashés à des vitesses ahurissantes en ville, ou comme Fianso jugé pour 180 km/h sans permis. La Lamborghini flashée à 206 km/h en Haute-Savoie avait aussi fait grand bruit. Mais la spécificité suisse, c’est la sévérité quasi automatique de la sanction dès que le seuil chauffard est franchi.
Le verdict : deux ans avec sursis pour un conducteur à peine majeur
Au terme de la procédure, le jeune Valaisan écope de deux ans de prison avec sursis. Un sursis complet, ce qui signifie qu’il n’ira pas derrière les barreaux — sauf récidive pendant le délai d’épreuve. La justice a tenu compte de son âge au moment des faits : 18 ans, tout juste majeur.
Pour certains, la peine paraîtra clémente au vu des vitesses atteintes. Pour d’autres, deux ans de prison — même avec sursis — pour un jeune de 18 ans, c’est un signal fort. Rappelons qu’en France, un jeune de 18 ans avait aussi perdu son permis au volant d’une Audi R8. La jeunesse au volant de bolides est un sujet récurrent des deux côtés de la frontière.
Aucune précision n’a été communiquée à ce stade sur la durée du retrait du permis de conduire, ni sur le montant des amendes ou des frais de procédure. Mais le message adressé aux automobilistes suisses — et à tous ceux qui filment leurs exploits au volant — est limpide.
La leçon que personne ne veut entendre
Filmer son compteur à 315 km/h, c’est fabriquer sa propre preuve. Chaque seconde de vidéo est un aveu horodaté, géolocalisable, exploitable devant un tribunal. Et contrairement à un radar, une vidéo de compteur peut ressortir des mois, voire des années après les faits.
Les radars quasi invisibles qui se multiplient sur les routes ne sont même plus le principal danger pour les chauffards. Leur pire ennemi, c’est leur propre téléphone. Les nouveaux dispositifs de contrôle sont redoutables, mais un smartphone rempli de vidéos compromettantes l’est encore plus.
À 315 km/h, une Mercedes-AMG GT63 parcourt 87 mètres par seconde. Le moindre obstacle — un animal, un pneu éclaté, un véhicule plus lent — et c’est le drame, pour le conducteur comme pour tous ceux qui croisent sa route. Ce jeune Valaisan a eu de la chance : personne n’a été blessé. Mais ses vidéos, elles, ont laissé des traces bien plus durables qu’une trace de pneu sur l’asphalte.