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Un plongeur grièvement mordu par un requin en mer : ce que l’on sait de l’attaque et des questions qu’elle relance

Publié par Killian Ravon le 05 Jan 2026 à 14:29

Un week-end de Nouvel An qui devait ressembler à une simple sortie club s’est brutalement transformé en course contre la montre. Au large de Bourail. Samedi 3 janvier 2026, un homme de 35 ans a été gravement blessé pendant une plongée en bouteille, à l’extérieur du récif. Dans une zone réputée très fréquentée.

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Opération de secours en mer près du récif de Bourail, plongeur assisté sur un bateau par des sauveteurs.
Au large de Bourail, chaque minute compte quand une plongée tourne à l’urgence.

En plein été austral, les circonstances exactes restent encore à éclaircir. Mais plusieurs éléments permettent déjà de reconstituer le fil des événements.

La vidéo du jour à ne pas manquer
Un requin-baleine nage paisiblement près de la surface, entouré de nageurs équipés de palmes dans les eaux profondes des Maldives.
Les géants des océans attirent eux aussi des touristes en quête de sensations, parfois au plus près des ailerons.
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Une sortie de plongée qui bascule, à quelques dizaines de mètres dans « le bleu »

Le décor, d’abord, a quelque chose de trompeusement classique pour les habitués du coin. Le groupe venu de Nouméa est en sortie de plusieurs jours, comme cela se fait souvent lors des longs week-ends. La plongée se déroule à l’extérieur du récif, dans ce que les plongeurs appellent « le bleu ». C’est-à-dire loin des reliefs proches et des repères confortables.

C’est précisément là, à proximité de la passe de Kélé, entre Moindou et Bourail, que l’attaque de requin survient. On parle d’un secteur situé à quelques dizaines de mètres seulement, mais déjà en dehors de la barrière. Et c’est là que le plongeur est grièvement touché aux membres supérieurs, dans des circonstances qui, pour l’instant, ne sont connues qu’à travers des témoignages.

À ce stade, un point est clair : l’accident ne ressemble pas aux scénarios les plus fréquemment évoqués en matière de morsures, où l’on retrouve plutôt des baignades, des sports nautiques ou de la chasse sous-marine. Ici, la victime est en bouteille, en immersion, dans une configuration qui intrigue autant qu’elle inquiète.

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Requin bouledogue photographié sous l’eau, corps massif et museau arrondi, en pleine nage dans une mer turquoise.
« Un requin robuste, souvent cité dans les messages de prudence. » Crédit : Albert kok / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

L’alerte sur la radio et un concours de circonstances décisif

Une fois l’accident survenu, tout se joue très vite. L’alerte est donnée par le groupe, notamment via le VHF canal 16, utilisé pour les appels d’urgence en mer. Le Centre opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer est informé, et des moyens se mettent en mouvement.

Le hasard, cette fois, se trouve du bon côté. À proximité, un bateau des gardes nature de la Province Sud est déjà en mission, en train d’effectuer des contrôles de pêche dans la zone. À environ 500 mètres, l’équipe est contactée pour prêter assistance et se rend rapidement sur place.

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Sur le bateau du club, la victime n’est pas abandonnée à son sort. Une infirmière présente dans le groupe a déjà commencé la prise en charge. Ce détail, que peu de gens imaginent au moment de s’inscrire à une sortie, va pourtant peser lourd dans la suite.

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Requin tigre nageant sous la surface en eau claire, vu de profil, silhouette imposante et nageoire dorsale visible.
« Une silhouette impressionnante, typique des grands prédateurs côtiers. » Crédit : Albert kok / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

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Premiers soins en mer et transfert rapide vers la Roche-Percée

À l’arrivée des gardes nature, les premiers gestes ont déjà été faits. L’infirmière a posé un garrot et des bandes sur les blessures. Le plongeur, lui, est grièvement mordu « des mains jusqu’aux poignets ». Les mots sont crus, mais ils donnent une idée de la violence des morsures et de l’urgence absolue à limiter l’hémorragie et la douleur.

Un des quatre gardes nature est aussi pompier volontaire. Il s’assure que les premiers secours sont correctement prodigués, puis la décision est prise de transférer le blessé sur le bateau de la Province Sud, en gardant l’infirmière à bord.

Direction le débarcadère de la Roche-Percée, à l’embouchure de la Néra. Le trajet dure environ vingt-cinq minutes. Le jour de l’accident, une forte houle complique les manœuvres, mais le bateau des gardes nature est plus rapide. Et ce gain de temps est crucial, d’autant que le navire du club n’aurait pas pu accoster à marée basse.

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Pendant la traversée, un autre élément rassure, malgré la gravité : la victime ne perd pas connaissance. Les sauveteurs et l’infirmière lui parlent tout au long du trajet. Il reste conscient jusqu’à l’arrivée au débarcadère, où les secours terrestres attendent déjà.

Requin bouledogue évoluant au-dessus d’un fond sableux, éclairage naturel, nageoires pectorales étendues.
En eaux claires, le bouledogue reste un maître de la discrétion.
Crédit : Sylke Rohrlach / Wikimedia Commons (CC BY-SA).

Des secours coordonnés jusqu’à l’hôpital, et une victime conduite au bloc

Une fois à terre, les pompiers de Bourail et le Smur prennent le relais. Le plongeur est ensuite évacué vers le Médipôle, après un transfert organisé dans l’urgence. Selon les informations recueillies, il est conduit au bloc opératoire dès le samedi après-midi.

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Le fait qu’il ait survécu à ses blessures, malgré leur gravité, souligne l’importance de la chaîne de secours. Entre la présence d’une soignante dans le groupe, le hasard de la proximité des gardes nature et la rapidité du transport, plusieurs facteurs ont joué en faveur du blessé.

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Mais au-delà de la prise en charge, une question revient partout depuis ce week-end : qu’est-ce qui a provoqué une attaque dans un contexte aussi atypique ? Et surtout, quel animal se trouvait là, si près de la zone de plongée ?

Une attaque rarissime chez les plongeurs… et un précédent troublant dans le même secteur

Les spécialistes le répètent : les morsures sur des plongeurs en bouteille sont réputées très rares dans le monde, surtout en eaux tropicales. Claude Maillaud, médecin généraliste et spécialiste de la faune marine dangereuse, insiste sur ce point en rappelant que, dans les eaux tempérées, certaines espèces peuvent attaquer des plongeurs en scaphandre autonome, mais que sous les tropiques, cela reste exceptionnel.

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Ce caractère rare explique pourquoi l’affaire suscite autant d’interrogations. D’autant qu’un précédent existe dans le pays, et même dans la même zone. Le 31 décembre 2020, une monitrice de plongée avait déjà été grièvement mordue à la cuisse, à Bourail, lors d’une plongée à 37 mètres de profondeur. Elle avait survécu, et l’attaque avait été jugée vraisemblablement liée à un requin-tigre.

Deux accidents en quelques années, dans des circonstances comparables, c’est assez pour faire naître un malaise. Car, d’ordinaire, les victimes en Nouvelle-Calédonie sont plutôt des chasseurs sous-marins, des pratiquants de sports nautiques ou des baigneurs. Ici, la bouteille, la profondeur et la zone « dans le bleu » ajoutent une couche de mystère.

Et c’est justement ce mystère qui alimente les débats : s’agit-il d’un enchaînement de coïncidences, ou d’un comportement particulier d’un individu dans ce secteur précis ? Pour l’instant, aucune conclusion n’est possible, et l’expert lui-même le rappelle : avec des événements aussi rares, il est très difficile d’établir des tendances solides.

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Requin blanc nageant près de la surface, ailerons visibles dans l’écume, mer sombre et remous autour du corps
Dans l’écume, un passage furtif suffit à faire monter la tension sur l’eau.
Crédit : Brocken Inaglory / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

L’été austral, des hypothèses… et une identification encore attendue

Le calendrier, forcément, attire l’attention. Les deux attaques évoquées se sont produites à la saison chaude, fin décembre et début janvier. Claude Maillaud souligne qu’on se trouve en période d’été austral, moment où statistiquement, davantage d’attaques sont relevées en Nouvelle-Calédonie. Il explique aussi que les gros spécimens sont plus présents, et que certaines espèces sont en période de reproduction, ce qui pourrait modifier leur comportement.

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Mais il nuance aussitôt : ce sont des suppositions. Les chiffres restent trop faibles pour conclure, et, normalement, un requin n’est pas « censé » s’en prendre à un plongeur en bouteille. Pour l’instant, on en est encore à comprendre ce qui a pu se passer au large de la passe.

Un dernier élément, en revanche, revient dans plusieurs témoignages. Des plaisanciers auraient signalé peu avant l’accident la présence d’un spécimen agressif dans la zone. Et, environ cinq à dix minutes avant l’alerte, lors d’un contrôle sur un autre bateau, un chasseur sous-marin aurait raconté avoir eu un contact insistant avec un requin qui l’« embêtait » clairement, à environ un kilomètre de là.

Ce détail, que peu de gens connaissent en dehors des secours et des témoins, est aussi celui qui alimente le plus la question de l’espèce. Car pendant l’évacuation, la victime aurait indiqué avoir reconnu l’animal qui l’avait mordu alors qu’il remontait vers la surface : selon les témoignages recueillis, il s’agirait d’un requin-bouledogue.

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