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Affaire Pelicot : le corps d’une femme violée et tuée en 1991 exhumé dans un village des Yvelines

Publié par Elsa Fanjul le 17 Avr 2026 à 8:23

Trente-cinq ans après son assassinat dans un appartement du 19e arrondissement de Paris, Sophie Narme a été tirée de sa dernière demeure. Ce mardi 14 avril, dans un petit cimetière des Yvelines, une trentaine de personnes ont assisté à l’exhumation de cette jeune femme violée puis tuée en décembre 1991. L’objectif : déterminer si Dominique Pelicot, déjà condamné dans l’affaire de Mazan, est lié à ce meurtre qu’il nie en bloc. Une opération réclamée par sa propre avocate.

Un meurtre resté sans réponse depuis décembre 1991

Le 19e arrondissement de Paris, décembre 1991. Sophie Narme, agent immobilier, fait visiter un appartement. Elle ne ressortira jamais vivante de ce logement. Son corps, roué de coups et à demi dévêtu, sera découvert peu après par le directeur de son agence. Le viol suivi de meurtre choque, mais l’enquête piétine. Aucun suspect identifié, aucune interpellation. Le dossier finit par s’enliser dans les archives judiciaires.

Pendant plus de trois décennies, la famille de Sophie Narme attend des réponses qui ne viennent pas. Ce cold case aurait pu rester dans l’oubli si un autre scandale, bien plus récent, n’avait pas fait resurgir le nom d’un homme dont personne ne soupçonnait l’ampleur des crimes.

Quand l’affaire Mazan réveille un dossier oublié

Dominique Pelicot a été condamné lors du procès de Mazan pour viols aggravés sur son épouse Gisèle Pelicot, dans une affaire qui a sidéré la France entière. Mais la justice n’en a pas fini avec lui. Bien au-delà de Mazan, les enquêteurs ont rouvert des dossiers anciens dans lesquels son profil correspond.

Cimetière des Yvelines lors de l'exhumation judiciaire

Deux affaires, désormais instruites au pôle Cold Case de Nanterre, concentrent l’attention des magistrats. La première concerne une tentative de viol sur une jeune femme prénommée « Marion » (prénom d’emprunt) en 1999. Pelicot a reconnu partiellement son implication dans cette agression. La seconde, bien plus grave, est le meurtre de Sophie Narme.

Dominique Pelicot, de nouveau interrogé pour des affaires de viols et meurtres, nie catégoriquement être l’auteur de l’assassinat de 1991. Sa mise en examen dans ce dossier n’a toutefois pas été levée. Et c’est justement son camp qui a demandé l’exhumation — un geste inhabituel dans ce type d’affaire.

Une exhumation réclamée par la défense elle-même

C’est un point qui surprend : l’initiative de déterrer le corps de Sophie Narme vient de Me Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pelicot. Sa stratégie est claire. Elle veut prouver que l’ADN de son client ne figure pas sur la dépouille de la victime, ce qui écarterait définitivement Pelicot du dossier.

En novembre dernier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a autorisé l’opération. Contactée par BFMTV après l’exhumation, Me Zavarro s’est dite satisfaite et attend « avec impatience les résultats des analyses ». Un pari risqué : si les analyses révèlent au contraire des traces génétiques exploitables, le piège se refermerait sur son propre client.

Cette confiance affichée interroge. Dominique Pelicot, désormais incarcéré aux côtés d’autres criminels notoires, semble miser sur l’absence de preuves matérielles. Mais après 35 ans sous terre, que peut-on réellement retrouver sur un corps ?

Ce qui s’est passé dans ce cimetière des Yvelines

L’opération s’est déroulée mardi matin dans un village de 700 habitants des Yvelines, dont le nom n’a pas été communiqué. Selon les informations de BFMTV, environ trente personnes étaient présentes sur place. Parmi elles : des policiers de la brigade criminelle, la police scientifique, le juge d’instruction du pôle Cold Case de Nanterre, un médecin légiste, les pompes funèbres ainsi que les avocats des deux parties.

Bureau du pôle Cold Case de Nanterre avec dossiers anciens

L’exhumation a duré toute la matinée. Un protocole strict encadre ce type d’opération judiciaire, d’autant que la dépouille repose dans ce cimetière depuis plus de trois décennies. La dégradation naturelle du corps rend les prélèvements particulièrement délicats. Chaque échantillon doit être manipulé selon des normes médico-légales rigoureuses pour être exploitable en justice.

Selon une source proche de l’enquête, les prélèvements sur la dépouille de Sophie Narme devaient débuter dès le mercredi suivant. Les résultats des analyses ADN pourraient prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en fonction de l’état des échantillons récupérés.

Un homme mis en examen dans plusieurs dossiers parallèles

L’affaire Sophie Narme ne constitue pas un cas isolé. Dominique Pelicot est impliqué dans d’autres affaires au-delà de l’horreur de Mazan. Les enquêteurs ont systématiquement croisé son profil avec des cold cases non résolus présentant un mode opératoire similaire : agressions sexuelles, violences sur des femmes seules, exploitation d’une situation de vulnérabilité.

Sa fille Caroline Darian a elle-même déposé une plainte contre son père, tandis que son fils Florian a demandé un test ADN pour confirmer sa paternité biologique. Le procès de Mazan a ouvert une boîte de Pandore familiale et judiciaire dont personne ne mesure encore complètement l’étendue.

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L’enquête a aussi mis au jour un groupe Telegram de 70 000 hommes échangeant des conseils pour droguer des femmes, révélant un réseau bien plus large qu’un seul individu. Dans ce contexte, chaque piste ancienne prend une dimension nouvelle.

Outils de prélèvement médico-légal pour analyse ADN

Ce que les résultats pourraient changer

Si l’ADN de Dominique Pelicot est retrouvé sur le corps de Sophie Narme, les conséquences seraient considérables. L’homme, déjà condamné à une lourde peine dans le procès de Mazan, ferait face à une accusation de meurtre — un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Pour la famille de Sophie Narme, ce serait la fin de 35 années d’attente insoutenable.

À l’inverse, si aucune trace ne correspond, comme l’espère la défense, Dominique Pelicot pourrait demander la levée de sa mise en examen dans ce dossier. Mais cela ne signifierait pas pour autant que l’affaire serait close : d’autres pistes ADN pourraient émerger et orienter l’enquête vers un autre suspect.

Quoi qu’il arrive, cette exhumation marque un tournant. Elle prouve que la justice française refuse de laisser ce cold case sans réponse, même 35 ans après les faits. Gisèle Pelicot elle-même avait exprimé le besoin de comprendre l’étendue réelle des actes de son ex-mari. Pour Sophie Narme, la science a peut-être aujourd’hui les moyens de rendre justice là où l’enquête initiale avait échoué.

Immeuble du 19e arrondissement de Paris scène du crime de 1991

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