3 millions détournés pour acheter des cartes Pokémon : un directeur d’école risque la prison
Un mariage à 50 000 euros, des nuits en palace, des voyages de luxe… et plus d’un demi-million d’euros claqués en cartes Pokémon. C’est le CV hallucinant du fondateur d’une école privée parisienne, aujourd’hui rattrapé par la justice. Le problème ? Cet argent n’était pas le sien. Loin de là.

Un « système » bien rodé derrière les murs d’une école privée
Ridouan Abagri n’est pas un escroc sorti de nulle part. L’homme dirigeait le Digital College, une école supérieure du numérique rattachée au réseau College de Paris. Des campus dans plusieurs villes, 3 000 étudiants inscrits, des frais de scolarité à 7 000 euros l’année. Sur le papier, l’affaire tournait. En coulisses, c’était une tout autre histoire.
Selon l’enquête de L’Express, le directeur est accusé d’avoir monté « un vaste système d’abus de bien social, de détournement de fonds publics, de fausses factures et de blanchiment d’argent ». En clair : les aides publiques, les partenariats destinés à l’établissement et même l’argent versé par les étudiants pour leur inscription auraient tous été siphonnés. Le montant total du détournement frôle les 3 millions d’euros.
Ce genre de détournement massif passé sous les radars rappelle d’autres affaires récentes. Mais là où celle-ci prend une tournure franchement surréaliste, c’est dans la destination des fonds.
50 000 euros pour le mariage, des palaces… et un demi-million en Pokémon
Face aux enquêteurs, Ridouan Abagri a tenté de justifier ses dépenses par des « investissements stratégiques ». Le terme est… audacieux. Parmi les postes identifiés : un mariage financé à hauteur de 50 000 euros, des séjours dans des hôtels de luxe et des voyages à répétition. Pas exactement ce qu’on attend d’un dirigeant d’établissement scolaire.

Mais le détail qui a fait vriller l’affaire, c’est la ligne « cartes Pokémon ». Plus d’un demi-million d’euros investis dans des cartes à collectionner. Oui, vous avez bien lu. Pour être juste, le marché des cartes Pokémon n’est pas une blague : une seule carte s’est vendue 16,5 millions de dollars aux enchères, et certains collectionneurs ont suffisamment fait fructifier leur collection pour financer des projets importants. Un homme avait même payé son mariage grâce à une collection estimée à 30 000 euros.
Sauf que quand l’argent n’est pas le vôtre — et qu’il provient des frais de scolarité de milliers d’étudiants — l’argument de l’« investissement stratégique » a du mal à tenir. D’autant que les cartes Pokémon, aussi cotées soient-elles, attirent aussi les convoitises les plus violentes et les cambriolages ciblés. Un univers où l’argent circule vite — et disparaît parfois encore plus vite.
3 000 étudiants sur le carreau
La conséquence la plus concrète de cette affaire ne se mesure pas en euros, mais en vies chamboulées. Le Digital College a été placé en liquidation judiciaire. L’établissement fermera définitivement ses portes le 31 mai prochain. Pour les 3 000 étudiants inscrits, c’est la douche froide : il faut trouver un nouvel établissement en urgence, transférer des dossiers, parfois changer de ville.
Des jeunes qui avaient payé 7 000 euros pour une année de formation se retrouvent sans école, sans diplôme garanti et sans certitude de pouvoir reprendre leur cursus ailleurs dans des conditions équivalentes. L’affaire rappelle à quel point le secteur des écoles privées, quand le contrôle fait défaut, peut laisser des familles entières face à des situations ubuesques.
Jusqu’à 5 ans de prison et 750 000 euros d’amende
Ridouan Abagri est désormais poursuivi pour abus de biens sociaux, escroquerie de fonds publics et blanchiment d’argent. Les peines encourues sont lourdes : entre 3 et 5 ans de prison, auxquels s’ajoute une amende pouvant atteindre 750 000 euros. Le dossier, étayé par un rapport accablant et des fausses factures identifiées, semble solide.
Reste une question que beaucoup se posent : comment un tel système a-t-il pu fonctionner aussi longtemps sans que personne ne tire la sonnette d’alarme ? Les mécanismes de contrôle des écoles privées, notamment celles adossées à des réseaux de campus, sont régulièrement pointés du doigt. Cette affaire pourrait bien accélérer le débat. En attendant, 3 000 étudiants cherchent une école. Et quelque part, une collection de cartes Pokémon à plusieurs centaines de milliers d’euros attend probablement d’être saisie.