Incendie à Crans-Montana : une Maserati de 630 chevaux… des médicaments acheminés en urgence dans un bolide à 230 000 euros
Dans l’après-incendie de Crans-Montana, l’urgence ne se limite pas aux flammes. Elle se joue aussi dans les couloirs d’hôpital, où certains traitements doivent arriver vite.
Lundi, en Italie, les Carabinieri de Milan ont fait parler d’eux en acheminant des médicaments vitaux… à bord d’une supercar Maserati, prêtée par Stellantis.
Un trajet banal sur la carte, critique sur le terrain
Sur une carte routière, relier Gênes à Milan n’a rien d’extraordinaire. En pratique, quand il s’agit de médicaments rares et attendus par des équipes médicales, chaque minute compte. Selon l’agence de presse italienne Ansa, une unité radio-mobile des Carabinieri a été mobilisée pour récupérer à l’hôpital San Martino de Gênes des médicaments destinés à des victimes de l’incendie de Crans-Montana, prises en charge au Policlinico de Milan.
Le détail qui frappe, c’est le véhicule choisi : une Maserati MCPura, supercar à moteur V6 biturbo “Nettuno”. L’opération a été mise en avant par les Carabinieri eux-mêmes sur les réseaux sociaux, en insistant sur la dimension “transport vital”.
Derrière l’effet d’image, la logique est simple. Les forces de l’ordre disposent, dans certaines grandes villes, de véhicules rapides pour des missions sanitaires à fort enjeu. L’Italie n’invente pas le principe : la question est plutôt de savoir dans quelles conditions un “bolide” devient un outil de service public.
Maserati, Stellantis et missions sanitaires : une stratégie déjà installée
La Maserati MCPura des Carabinieri n’est pas un caprice. Le groupe Stellantis a officialisé à l’automne 2025 la livraison de véhicules “hautes performances” à l’Arma dei Carabinieri, précisément pour le transport urgent d’organes et de sang, avec des aménagements spécifiques.
Ce point est essentiel, car il replace le convoi de médicaments de Gênes à Milan dans une doctrine plus large : doter des unités mobiles de moyens capables de traverser rapidement des axes congestionnés, ou de réduire les temps d’acheminement quand le facteur temps pèse sur le pronostic. D’après Ansa, ces véhicules prêtés s’inscrivent dans des “missions de service public à fort impact social”.
Reste le paradoxe médiatique : une voiture estimée autour de plusieurs centaines de milliers d’euros attire forcément plus l’attention que la chaîne logistique qu’elle sert. Pourtant, ce qui compte ici, ce n’est pas la carrosserie. Ce sont les médicaments, parfois difficiles à obtenir, et la coordination transfrontalière déclenchée par une catastrophe survenue… en Suisse.
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Crans-Montana : une tragédie qui a débordé les frontières
L’incendie du bar “Le Constellation”, survenu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier à Crans-Montana, a fait 40 morts et plus de 115 blessés, dont de nombreux jeunes. Les enquêtes ont très tôt décrit un feu fulgurant, dans un établissement bondé, avec une propagation rapide favorisée par des matériaux au plafond et une évacuation compliquée.
Dans les jours suivants, une partie des blessés a été transférée vers des hôpitaux spécialisés, y compris hors de Suisse, afin de répartir la prise en charge des brûlures graves et des détresses respiratoires. Cet aspect, moins spectaculaire que les images d’intervention, dit beaucoup de la réalité post-incident : après l’extraction, il faut du lit, du personnel, des greffes, des traitements, et parfois des médicaments venus de l’étranger.
C’est dans ce contexte que le dossier “Crans-Montana” a fini par atteindre Milan. Le Policlinico est l’un des grands centres hospitaliers italiens. Et l’hôpital San Martino de Gênes, mentionné dans l’opération des Carabinieri, fait partie des structures majeures du pays. L’acheminement d’un traitement “reçu du monde entier”, selon la presse italienne qui relaie l’opération, souligne un autre point : certaines molécules ou dispositifs ne se trouvent pas sur étagère.
L’enquête sur le Constellation et la question des contrôles
Pendant que les blessés se battent pour récupérer, l’enquête se concentre sur les responsabilités. D’après Reuters, les autorités locales ont reconnu qu’aucune inspection de sécurité n’avait été menée sur le site entre 2020 et 2025, alors que des contrôles réguliers étaient requis. Reuters évoque aussi des éléments sur l’origine possible du feu, avec des dispositifs festifs au plafond et des matériaux susceptibles de s’embraser très vite.
L’Associated Press, de son côté, a rapporté que les inspections incendie avaient “loupé” plusieurs années, et qu’une enquête pénale visait les gérants, notamment sur des soupçons liés à l’homicide involontaire et aux blessures par négligence, sous réserve des qualifications retenues par la justice.
Ces informations comptent, car elles expliquent pourquoi la crise ne s’est pas arrêtée à l’extinction. Quand un sinistre touche une foule jeune dans un lieu de fête, la vague secondaire est médicale, psychologique, judiciaire, puis politique. Et c’est précisément dans cette vague que surgit l’épisode de la Maserati : il devient le symbole inattendu d’une prise en charge qui s’étend à l’échelle européenne.
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Ce que raconte vraiment “la Maserati des médicaments”
Le récit est tentant : un véhicule de luxe, 630 chevaux, 170 kilomètres avalés à vive allure. Mais le fond, lui, est plus sobre. Les Carabinieri cherchent d’abord à sécuriser un transport. Un convoi médical doit être fiable, traçable, protégé. Il doit aussi arriver dans une fenêtre utile, ce qui ne signifie pas rouler n’importe comment, mais limiter les aléas.
L’autre vérité est logistique. En matière de brûlures graves, les traitements ne se réduisent pas à des pansements. Ils impliquent des sédations, des antibiothérapies, des produits sanguins, des dispositifs de réanimation, et parfois des médicaments difficiles à obtenir rapidement. Dans ce type de situation, un retard peut dégrader un état ou compliquer un protocole. Ainsi, l’“objet” du transport pèse souvent plus lourd que le moyen de transport.
Enfin, il y a la communication. Les institutions publiques savent que certaines histoires “passent” mieux que d’autres. Une Maserati attire le regard. Mais si cette visibilité rappelle, au passage, que des blessés continuent de lutter loin des caméras, l’opération sert aussi une pédagogie : après une catastrophe, l’urgence continue, longtemps.
Entre effet vitrine et utilité réelle : un débat qui revient toujours
Faut-il des supercars pour des missions sanitaires ? Le débat est ancien, et il se nourrit d’un malaise compréhensible : afficher un véhicule prestigieux dans un contexte de tragédie heurte parfois. Pourtant, dans le cas des Carabinieri, la logique est encadrée par un partenariat industriel, et la mission affichée est sanitaire.
La question pertinente devient alors : quels garde-fous ? Transparence sur l’usage, formation, respect strict du code de la route, priorisation réelle des urgences. Autrement dit, il ne s’agit pas d’aimer ou non les voitures puissantes. Il s’agit de mesurer si, dans des cas précis, un véhicule très performant apporte un gain de temps ou de sécurité qui justifie sa mobilisation.
À Crans-Montana, la chaîne des faits rappelle surtout une chose : dans un drame collectif, la “dernière ligne droite” n’est pas celle de l’asphalte. C’est celle des soins.
L’urgence se prolonge bien après les flammes
L’image d’une Maserati des Carabinieri transportant des médicaments a tout pour devenir virale. Pourtant, elle dit une réalité plus grave : des semaines après l’incendie de Crans-Montana, des patients restent hospitalisés loin de chez eux, et des traitements doivent arriver au bon endroit, au bon moment.
Entre la Suisse et l’Italie, cette opération rappelle que la gestion d’une catastrophe moderne est européenne par nature. Et que, dans l’ombre des enquêtes, la course la plus importante reste celle menée pour sauver et réparer des vies.