Koh-Lanta 2018 : cette analyse ADN qui vient de bouleverser l’affaire d’agression sexuelle
En 2018, une édition entière de Koh-Lanta avait été annulée après seulement quelques jours de tournage. Une candidate accusait un autre aventurier d’agression sexuelle. Sept ans plus tard, une expertise génétique vient de livrer un résultat que personne n’avait anticipé — et qui relance toutes les questions sur cette affaire hors norme.
Le tournage qui ne devait jamais finir à l’antenne
Depuis son lancement sur TF1 en 2001, Koh-Lanta s’est imposé comme l’un des piliers de la grille de la première chaîne. Présentée par Denis Brogniart, l’émission d’aventure réunit chaque saison des millions de téléspectateurs, d’abord le vendredi soir, puis le mardi en prime time. Et même si l’audience linéaire a fléchi au fil des années, le replay sur TF1+ bat des records de visionnage.

Mais en 2018, les fidèles du programme ont été privés de leur rendez-vous annuel. Pas de grève, pas de problème logistique. Quelque chose de bien plus grave s’était produit sur le lieu de tournage, quelque chose qui allait entraîner l’arrêt immédiat de la production et ouvrir un chapitre judiciaire dont on mesure encore aujourd’hui les répercussions.
Ce que Candide Renard a déclaré à son retour en France
Après quelques jours seulement sur le tournage, une aventurière prénommée Candide Renard — fille du célèbre sélectionneur Hervé Renard — avait accusé un autre candidat, Eddy Guyot, de faits « susceptibles de relever d’une agression sexuelle ». La production avait alors pris la décision radicale d’interrompre le tournage. Une première dans l’histoire du jeu.
De retour en métropole, Candide Renard avait porté plainte. Le procureur de la République François Pérain avait précisé publiquement que la jeune femme affirmait s’être « réveillée alors que le mis en cause était en train de l’embrasser sur la bouche, avant de pratiquer des attouchements sous ses vêtements ». Eddy Guyot, de son côté, avait immédiatement nié en bloc. « Faux », avait-il martelé. L’affaire, comme d’autres dossiers impliquant des personnalités accusées d’agressions sexuelles, avait provoqué une onde de choc dans le monde de la télévision.
Une information judiciaire avait alors été ouverte. Pendant des années, l’enquête avait avancé sans éclat médiatique majeur. Jusqu’à ce qu’une expertise change complètement la donne.
L’ADN retrouvé sur le legging ne correspond pas à l’accusé
C’est Le Monde qui a révélé ce que le quotidien qualifie de « rebondissement spectaculaire ». L’information judiciaire s’est achevée le 14 janvier 2026. Mais c’est un rapport d’expertise génétique daté du 24 novembre 2025 qui fait basculer le dossier.

Les analyses ont mis en évidence la présence de traces d’ADN d’origine masculine à l’intérieur du legging que portait Candide Renard au moment des faits présumés. Sauf que cet ADN n’est pas celui d’Eddy Guyot. Il appartient à un autre aventurier, identifié sous le nom de Fabien J., qui dormait à proximité de la jeune femme cette nuit-là. Un résultat qui, d’après les avocats d’Eddy Guyot, confirmerait la version de leur client. L’affaire rappelle d’autres cas où l’ADN a bouleversé une enquête de manière inattendue.
Mais si l’ADN de l’accusé n’est pas sur le vêtement, comment se retrouve celui d’un troisième candidat ? Et que dit l’intéressé ?
La défense de Fabien J. et la théorie de la « pollution génétique »
Interrogé par Le Monde, Fabien J. a catégoriquement nié tout « rapprochement intime ou physique » avec Candide Renard. Selon lui, la proximité entre les deux candidats pendant la nuit — ils dormaient côte à côte, comme c’est souvent le cas dans les conditions spartiates du jeu — pourrait expliquer ce que les spécialistes appellent une « pollution génétique ». En clair, un transfert involontaire de cellules par contact indirect.
Cette explication est techniquement plausible. Les experts en génétique forensique rappellent régulièrement que des traces d’ADN peuvent se déposer sur un tissu sans qu’il y ait eu contact direct avec la zone intime. Un frottement de peau, un mouvement dans le sommeil suffisent parfois. Mais dans le contexte d’une accusation d’agression sexuelle, cette donnée brouille considérablement la lecture du dossier.
Et Candide Renard, face à cette révélation ? Elle maintient sa version des faits.
Trois récits, une seule vérité — et une théorie explosive
C’est là que l’affaire prend une tournure particulièrement complexe. Trois personnes, trois versions inconciliables. Candide Renard affirme avoir été agressée par Eddy Guyot. Ce dernier nie toute implication et va même plus loin : il estime que Fabien J. et Candide Renard auraient fomenté ces accusations dans le but de l’éliminer du jeu.
Pour étayer cette hypothèse, Eddy Guyot et ses avocats soulignent un élément qui ne figurait pas dans les premiers éléments du dossier : Fabien J. et Candide Renard auraient entretenu une brève liaison amoureuse après leur retour en France. Un détail qui, selon la défense, jette une lumière différente sur la dynamique entre les deux candidats pendant le tournage. Dans l’univers de la téléréalité, les affaires impliquant des accusations graves soulèvent souvent des questions sur les pressions et les alliances entre participants.

Reste que cette théorie du complot n’est, à ce stade, qu’une hypothèse de la défense. Et le juge d’instruction, lui, ne semble pas convaincu qu’elle suffise à clore le dossier.
Ce qu’a tranché le juge — et ce qui va suivre
Le magistrat en charge du dossier a en effet été très clair dans son ordonnance. « La présence de cellules épithéliales de Fabien J. sur ce vêtement ne permet aucunement à elle seule de le mettre en cause comme auteur d’une agression sexuelle », a-t-il écrit. Et surtout : « A contrario, cela n’enlève en rien les charges pesant sur Eddy Guyot, dès lors que la partie civile a donné des explications parfaitement cohérentes sur la présence de cet ADN. »
En d’autres termes, l’ADN de Fabien J. ne blanchit pas automatiquement Eddy Guyot. La justice considère que Candide Renard a fourni des éléments crédibles pour expliquer la présence de ces traces sans remettre en cause son récit principal. Le juge estime que les deux éléments peuvent coexister : un transfert involontaire d’ADN par un tiers et une agression commise par une autre personne.
La balle est désormais dans le camp du parquet de Nancy. C’est lui qui devra décider de renvoyer — ou non — Eddy Guyot devant un tribunal pour y être jugé. Une décision qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines, comme dans d’autres affaires judiciaires où l’instruction a pris plusieurs années.
Pourquoi cette affaire dépasse le cadre de Koh-Lanta
Au-delà du programme télévisé, cette affaire illustre la complexité croissante des dossiers d’agressions sexuelles à l’ère de la génétique forensique. L’ADN, longtemps considéré comme la preuve ultime, peut aussi bien innocenter que compliquer un dossier quand son interprétation n’est pas univoque. Comme le rappellent régulièrement les magistrats, la justice française est sous pression pour traiter ces dossiers avec rigueur.
Pour la production d’ALP (Adventure Line Productions) et TF1, l’épisode de 2018 a aussi soulevé des questions sur l’encadrement des candidats pendant les tournages. Quand des adultes dorment les uns à côté des autres dans des conditions extrêmes, sans surveillance nocturne, la responsabilité de la production peut légitimement être interrogée.
Sept ans après l’annulation de cette édition fantôme, l’affaire Koh-Lanta n’a toujours pas livré son verdict final. Et l’analyse ADN censée apporter des réponses a surtout ajouté une question de plus à un dossier qui n’en manquait déjà pas.