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94 ans, il ne peut plus conduire : sa famille est forcée de continuer à payer le leasing de sa voiture

Publié par Mathieu le 17 Mar 2026 à 7:46

Il a 94 ans, des attestations médicales prouvant qu’il ne peut plus prendre le volant, et pourtant sa famille est obligée de continuer à régler chaque mois les mensualités d’une voiture de 34 000 euros. Une situation absurde, révoltante, qui soulève une question que beaucoup de familles pourraient un jour affronter : qui protège vraiment les personnes âgées face aux contrats commerciaux ?

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Un contrat signé à 92 ans, découvert par hasard

94 ans, il ne peut plus conduire : sa famille est forcée de continuer à payer le leasing de sa voiture

Tout commence de façon presque anodine. En triant les papiers de leur aïeul, la famille d’un homme habitant à Salon-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, tombe sur un document qu’ils n’attendaient pas. Un contrat de leasing. Souscrit deux ans plus tôt. À l’insu de tous.

« On pensait qu’il avait acheté sa voiture, mais on a découvert ce contrat portant sur un véhicule de 130 chevaux, d’une valeur de plus de 34 000 euros », confie le petit-fils du nonagénaire à Ici Provence. « Il avait également souscrit tout un tas d’assurances qui ne lui sont d’aucune utilité. Les mensualités étaient très élevées. »

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Le plus troublant ? Le concessionnaire Citroën qui a vendu ce véhicule connaissait, selon la famille, l’état de santé fragile du client. Ce qui rend l’affaire encore plus difficile à avaler.

Des mensualités qui continuent de tomber, malgré tout

Depuis, la santé du nonagénaire s’est encore dégradée. Il n’est plus en capacité de conduire, ce que des attestations médicales établissent noir sur blanc. Logiquement, la famille a tenté de résilier le contrat. Logiquement seulement.

Le concessionnaire a refusé. Malgré les preuves médicales. Malgré l’évidence de la situation. Retranché derrière la légalité du contrat signé, il n’entend pas lâcher un euro. Le leasing court jusqu’en 2027.

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Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. La famille a fourni les documents médicaux, expliqué la situation, demandé un geste commercial. Rien n’y a fait. C’est la froide logique contractuelle contre la réalité humaine d’un homme âgé qui ne peut plus se défendre seul.

Aucune assurance ne couvre l’invalidité ni le décès

Illustration - leasing personne âgée abus de faiblesse

La situation est d’autant plus kafkaïenne que parmi le « tout un tas d’assurances » souscrites en même temps que le contrat de leasing, aucune ne protège la famille en cas d’invalidité ou de décès. On a vendu des garanties inutiles à un homme de 92 ans, sans jamais s’assurer qu’il était couvert pour ce qui le concernait vraiment.

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Concrètement, même si le grand-père venait à décéder, la famille serait toujours tenue de rembourser le leasing jusqu’à son terme. Ou alors de racheter le véhicule pour plus de 20 000 euros. Deux options, deux impasses financières.

Ce type de situation n’est malheureusement pas isolé. Dans les commentaires autour de cette affaire, une autre famille témoigne d’un cas similaire dans la Somme, cette fois avec une Dacia : « Pourtant sur le contrat de ma mère, il est écrit qu’elle a l’assurance invalidité. Mais personne ne veut reprendre le véhicule sauf si je donne de l’argent en plus. » Le schéma se répète.

La famille dénonce un abus de faiblesse caractérisé

Le petit-fils ne mâche pas ses mots. Pour lui, il s’agit d’un abus de faiblesse. Vendre à un homme de 92 ans un véhicule de 130 chevaux à 34 000 euros via un leasing, en connaissant son état de santé, sans s’assurer de sa pleine capacité de discernement, cela soulève des questions juridiques sérieuses.

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L’abus de faiblesse est une infraction pénale en droit français. Elle vise précisément les situations où une personne vulnérable — en raison de l’âge, de la maladie, d’une déficience mentale ou physique — est amenée à souscrire un engagement qu’elle n’aurait pas contracté en pleine possession de ses moyens. Les peines peuvent aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

La famille envisage désormais un recours en justice. Ce chemin sera long et coûteux, mais ils semblent déterminés à aller jusqu’au bout. D’autant que l’enjeu dépasse leur seul cas : ils réclament une meilleure protection des personnes âgées face à ce type de contrats.

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Face aux arnaques contractuelles, que faire concrètement ?

Cette histoire met en lumière une réalité que beaucoup de familles ignorent jusqu’au jour où elles y sont confrontées. Un contrat signé, même dans des circonstances douteuses, est difficile à remettre en cause sans preuve solide de l’incapacité du signataire au moment de la signature.

Quelques réflexes peuvent cependant protéger les proches vulnérables. Vérifier régulièrement les engagements financiers d’un parent âgé, notamment les prélèvements automatiques inhabituels. Se renseigner sur les dispositifs de protection contre les abonnements et contrats abusifs avant de se lancer dans toute procédure. Et, en cas de doute, signaler rapidement les faits à un avocat ou à une association de consommateurs.

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Le démarchage commercial ciblant les personnes âgées reste un fléau sous-estimé. Les arnaques et le démarchage intrusif touchent particulièrement les personnes isolées ou dont les facultés de jugement sont fragilisées par l’âge.

Citroën et les constructeurs face à leurs responsabilités

Illustration - leasing personne âgée abus de faiblesse

L’histoire de Salon-de-Provence interroge également les pratiques commerciales des concessionnaires. Certains observateurs n’hésitent pas à pointer du doigt l’absence de garde-fous dans la vente de véhicules à crédit ou en leasing à des personnes très âgées. « Acheter une voiture en leasing à 82 ans, n’importe quoi, et Citroën ne sort pas grandi de cette histoire ! », résume un commentaire particulièrement représentatif de l’indignation générale.

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Ce n’est pas la première fois qu’une affaire judiciaire implique un constructeur ou un concessionnaire dans une situation de ce type. L’an dernier, une pharmacienne avait acheté un SUV de plus de 100 000 euros pour se retrouver dans un cauchemar judiciaire quelques heures seulement après la livraison. Les litiges automobiles sont plus fréquents qu’on ne le pense.

La question est désormais de savoir si les pouvoirs publics iront dans le sens d’une meilleure régulation. Certaines nouvelles règles et interdictions attendues en 2026 pourraient à terme encadrer davantage ces pratiques, mais rien de spécifique aux contrats automobiles pour les personnes âgées n’est encore prévu.

Un vide juridique que les familles paient cash

En attendant une éventuelle réforme, la famille de Salon-de-Provence se retrouve face à un mur. Payer jusqu’en 2027. Racheter le véhicule à plus de 20 000 euros. Ou entamer une procédure judiciaire longue et incertaine.

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Ce cas illustre à quel point le droit de la consommation peut se retrouver en décalage complet avec la réalité humaine. Un contrat légalement signé, même par une personne de 92 ans dont on connaissait la fragilité, reste un contrat. Et les recours, quand ils existent, sont souvent épuisants à mettre en œuvre pour des familles qui n’ont pas les ressources juridiques nécessaires.

D’autres dossiers similaires existent sûrement, non médiatisés, réglés en silence ou simplement abandonnés par découragement. Car tout le monde ne trouve pas la force — ou les moyens — d’aller jusqu’au tribunal.

Ce que cette affaire devrait changer

Le petit-fils du nonagénaire réclame plus qu’une résiliation de contrat. Il demande que des mécanismes de protection spécifiques soient mis en place pour les personnes âgées lors de la signature de contrats à engagement financier long. Un délai de réflexion renforcé, une vérification systématique de la capacité juridique du signataire, une obligation d’information de la famille proche.

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Des garde-fous qui existent partiellement dans d’autres domaines — comme certains contrats énergétiques encadrés ou les procédures liées aux transferts de contrats téléphoniques — mais qui n’ont pas encore trouvé leur équivalent dans le secteur automobile.

En attendant, les familles sont seules face aux contrats. Et un homme de 94 ans, qui ne peut plus tenir un volant, continue de voir ses économies s’évaporer chaque mois pour rembourser une voiture garée dans un coin, inutilisée, symbole d’un système qui n’a pas encore appris à protéger ses plus vulnérables.

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