« Je les ai étranglés » : une mère acupunctrice avoue le meurtre de ses deux enfants en plein divorce

Un vendredi soir de la fin avril, dans la banlieue cossue de Boston, deux enfants ont été retrouvés morts dans leur maison familiale estimée à 1,5 million de dollars. Leur mère, Janette MacAusland, 49 ans, acupunctrice de profession, a avoué les avoir étranglés. Deux fois. D’abord à sa tante, puis aux policiers venus la chercher. Son mobile présumé : un divorce brutal et une bataille de garde qui menaçait de lui retirer Kai, 7 ans, et Ella, 6 ans.

Une arrivée en pleine nuit chez sa tante, à 220 km de la scène de crime

Le soir des faits, vers 21h15, Sandra Mattison entend quelqu’un tambouriner aux fenêtres de sa maison de Bennington, dans le Vermont. Elle met quelques instants avant de reconnaître sa nièce. Janette MacAusland est « hystérique », selon le terme utilisé dans le rapport de police. Elle porte des blessures sanglantes au cou.
Mattison la fait entrer et lui pose les questions que n’importe qui poserait. Où est ton mari ? « Au lac. » Où sont les enfants ? C’est là que la réponse fait basculer la soirée : « Je les ai tués. »
L’acupunctrice raconte ensuite à sa tante qu’elle a tenté de sauter d’un pont — le Quechee Gorge Bridge, connu dans le Vermont — mais qu’elle n’a pas pu. Elle a alors conduit jusqu’à Bennington, à plus de 220 kilomètres de son domicile de Wellesley. Sa tante, sidérée, appelle immédiatement la police.
Des aveux répétés aux policiers du Vermont
Quand les agents arrivent chez Mattison, MacAusland leur lâche la même phrase, mot pour mot, selon le rapport d’incident rendu public lors de sa première comparution : « Je les ai étranglés et ensuite j’ai essayé de me tuer. »

Puis cette phrase qui résume, dans sa froideur, l’horreur de la situation : « Je voulais que nous allions tous les trois vers Dieu, mais ça n’a pas marché. »
Les policiers du Vermont, de plus en plus inquiets pour les enfants, alertent leurs homologues du Massachusetts. Des agents de Wellesley se rendent à la maison familiale. Kai et Ella sont retrouvés morts à l’intérieur. Ce que d’autres affaires similaires nous ont appris, c’est que ces drames surviennent souvent dans un contexte bien précis.
Un divorce déposé en octobre, une garde en suspens depuis des mois
Le mari de Janette, Samuel MacAusland, avait demandé le divorce en octobre dernier, après neuf ans de mariage. Il réclamait la garde des enfants et la maison familiale, selon les documents judiciaires consultés par la presse américaine.
Le 16 avril — dix jours à peine avant les meurtres — les deux parents avaient déposé une motion conjointe pour qu’un tiers indépendant examine la situation et émette des recommandations sur la garde. Un tuteur avait été nommé le 21 avril, quelques jours seulement avant que tout bascule.
On ne sait pas encore ce qui a provoqué le passage à l’acte ce vendredi soir précisément. Mais la chronologie parle d’elle-même : la procédure avançait, et la mère sentait peut-être que le contrôle lui échappait. Ce schéma, comme dans l’affaire Lindsay Clancy, revient tragiquement dans les dossiers de violences parentales liées à des séparations.
« Deux beaux enfants pleins de vie et de rire »
Kai était en deuxième année à la Schofield Elementary School de Wellesley. Ella était encore en maternelle. Leur ancienne baby-sitter, Cale Darrah, a témoigné auprès de Boston25 pour décrire deux enfants heureux.
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« C’étaient deux beaux enfants pleins de vie et de rire. Ça me fait mal de penser que le monde ne se souviendra d’eux qu’à travers la manière dont leur vie s’est tragiquement terminée », a-t-elle confié.
Dans un entretien séparé avec le Boston Globe, Darrah a ajouté que MacAusland semblait être une mère dévouée. « J’avais un peu l’impression qu’elle sentait qu’elle portait davantage le poids de l’éducation des enfants et des tâches domestiques », a-t-elle expliqué. Et de préciser : « Jamais je ne suis entrée dans cette maison en sentant que quelque chose clochait gravement. »
C’est peut-être le détail le plus glaçant de cette affaire : l’absence totale de signes extérieurs. Pas d’alerte. Pas de voisin inquiet. Pas de signalement. Juste une façade qui tenait debout, et derrière, un effondrement que personne n’a vu venir. Des situations qui rappellent d’autres drames familiaux, comme cette fusillade en Louisiane où un père a abattu ses propres enfants.
Comparution en visioconférence depuis sa cellule
Janette MacAusland est actuellement détenue à la Marble Valley Correctional Facility, dans le Vermont. Un mandat d’arrêt pour deux chefs de meurtre a été émis samedi par la police d’État du Massachusetts. Elle fait également face à une accusation de fuite de juridiction dans le Vermont.
Lors de sa comparution lundi au tribunal supérieur du comté de Bennington, elle est apparue en visioconférence depuis sa cellule, portant ce qui semblait être un gilet de protection. Elle a répondu « Oui, monsieur » à chaque question du juge, renonçant à contester son extradition vers le Massachusetts.
MacAusland exerçait comme acupunctrice au sein du cabinet New England Integrated Health. Sur les réseaux professionnels, rien ne laissait deviner le drame. Une praticienne de santé, deux enfants scolarisés dans une école réputée, une maison dans un quartier prisé de la banlieue de Boston. Et un divorce, comme il y en a des milliers chaque année.
Quand la garde des enfants devient une question de vie ou de mort
Ce dossier vient s’ajouter à une liste trop longue de drames familiaux où la bataille de garde précède l’irréparable. Aux États-Unis, les experts en violences domestiques alertent depuis des années sur le moment de la séparation comme « période de danger maximal ». Non pas parce que le divorce cause la violence, mais parce qu’il cristallise la perte de contrôle.
En France aussi, des affaires similaires ont secoué l’opinion publique. Le schéma se répète avec une régularité glaçante : un parent qui sent qu’il va perdre ses enfants et qui décide que personne ne les aura. L’affaire du père qui a abattu son fils dans un aéroport du Nevada suivait exactement la même logique.
La nomination d’un tuteur le 21 avril — quatre jours avant les meurtres — devait justement protéger les intérêts de Kai et Ella. Elle est arrivée trop tard. La question que pose cette affaire, comme tant d’autres avant elle, reste la même : comment les systèmes judiciaire et social peuvent-ils repérer le danger avant qu’il ne soit trop tard ?
Janette MacAusland sera transférée dans le Massachusetts pour y être jugée. Si elle est reconnue coupable des deux chefs de meurtre, elle encourt la prison à vie. Les deux petites victimes, elles, n’avaient que 6 et 7 ans.