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Mort d’Agathe Hilairet : le suspect évoque désormais deux hommes cagoulés armés

Publié par Elsa Fanjul le 17 Avr 2026 à 8:23

Un an jour pour jour après la disparition d’Agathe Hilairet, joggeuse de 28 ans tuée près de Vivonne dans la Vienne, l’enquête prend un tour déroutant. Le principal suspect, Didier Laroche, violeur récidiviste de 61 ans, a multiplié les versions des faits depuis son interpellation. Sa dernière déclaration, transmise par courrier à la juge d’instruction, introduit un scénario radicalement différent de tout ce qu’il avait raconté jusqu’ici.

Le jour où Agathe Hilairet n’est jamais rentrée

Le 10 avril 2025, Agathe Hilairet quitte son domicile pour son jogging quotidien, près de Vivonne, dans la Vienne. Elle ne reviendra pas. Ses parents donnent rapidement l’alerte et un vaste dispositif de recherches est déployé dans le secteur. Pendant plusieurs semaines, le visage de la jeune femme de 28 ans apparaît dans tous les médias français, et la stupeur gagne Vivonne et ses alentours.

Il faudra près d’un mois d’angoisse pour que son corps soit finalement localisé, le 4 mai 2025, dissimulé sous des branchages dans un bosquet isolé. Un détail troublant qui orientera très tôt les enquêteurs vers la piste criminelle. Mais l’identification du suspect prendra encore plusieurs mois. Ce n’est qu’en septembre 2025 que Didier Laroche, 61 ans, est interpellé. Son profil glace : l’homme a déjà été condamné à deux reprises pour viols et agressions sexuelles, notamment sur des joggeuses. Il venait tout juste de sortir de prison.

L’interpellation de Laroche aurait pu marquer le début d’une phase judiciaire plus lisible. C’est tout le contraire qui s’est produit. Depuis ses premières auditions, le sexagénaire n’a cessé de modifier sa version des faits, plongeant les enquêteurs dans un labyrinthe de contradictions.

La première version : une remarque sur son poids qui aurait « dégénéré »

Lors de ses premières auditions, rapporte BFMTV ce 15 avril 2026, Didier Laroche reconnaît avoir croisé Agathe Hilairet. Selon lui, la rencontre est fortuite : il est arrêté sur un chemin isolé, moteur allumé, quand la joggeuse passe à sa hauteur. Il affirme alors l’avoir interpellée au sujet de son poids. Agathe Hilairet, fragilisée par des troubles alimentaires, ne pesait que 35 kilos à l’époque. Une remarque à laquelle la jeune femme aurait répondu en critiquant son comportement — moteur allumé à l’arrêt, sur un chemin de campagne.

Chemin de campagne isolé près de Vivonne dans la Vienne

Le suspect soutient que la situation dégénère à ce moment-là. Il reconnaît lui avoir porté des coups. D’abord, il parle de « simples gifles ». Mais confronté aux conclusions de l’autopsie, il admet des coups de poing. Selon sa version, Agathe Hilairet s’effondre au sol, inanimée. Laroche nie en revanche toute dimension sexuelle à l’agression — un élément qui interroge, compte tenu de son passé de prédateur récidiviste ciblant spécifiquement des joggeuses.

La suite de son récit ne tient pas davantage. Il dit avoir tenté de réveiller la victime, sans jamais appeler les secours. Puis il affirme l’avoir transportée dans sa voiture, « persuadé qu’elle était encore en vie », avant de l’abandonner dans un bosquet. Le problème : le corps a été retrouvé dissimulé sous des branchages. Un geste de dissimulation que Laroche continue de nier, malgré l’évidence.

Un passé judiciaire qui fracture la thèse de l’accident

Deux condamnations pour viols. Des agressions sexuelles sur des femmes qui couraient seules. Un retour récent à la liberté. Le profil pénal de Didier Laroche constitue à lui seul un contre-argument massif à la version d’un « différend verbal qui aurait mal tourné ». Les enquêteurs le savent, la juge d’instruction aussi.

L’homme avait purgé une lourde peine de prison avant d’être remis en liberté dans les mois précédant la mort d’Agathe Hilairet. Son mode opératoire passé — cibler des femmes isolées pendant leur jogging — correspond trait pour trait aux circonstances de cette affaire. Le témoignage qui avait bouleversé l’enquête à l’automne 2025 avait d’ailleurs mis en lumière un schéma récurrent dans le comportement du suspect.

Pour les enquêteurs, chaque nouvelle version livrée par Laroche semble calibrée pour s’adapter aux éléments matériels déjà connus. Quand l’autopsie révèle des coups violents, les « gifles » deviennent des coups de poing. Quand la dissimulation du corps est établie, il invoque un simple « dépôt ». Cette stratégie de minimisation progressive est bien connue des spécialistes des affaires criminelles. Mais le dernier rebondissement en date va bien au-delà de la simple minimisation.

Un courrier à la juge : « Deux hommes cagoulés l’ont tuée »

Début 2026, Didier Laroche adresse un courrier à la juge d’instruction chargée du dossier. Dans ce document, révélé par BFMTV, le sexagénaire opère un virage radical. Il affirme désormais ne pas être l’auteur du meurtre d’Agathe Hilairet.

Voiture arrêtée sur un chemin rural en France

Sa nouvelle version : deux hommes cagoulés seraient intervenus sur les lieux. Ce sont eux qui auraient frappé mortellement la jeune joggeuse. Ensuite, toujours selon son récit, ces individus l’auraient contraint sous la menace d’une arme à déplacer le corps et à le dissimuler. Laroche se présente donc comme un témoin forcé, une victime collatérale d’un crime commis par d’autres.

Le contraste avec ses déclarations précédentes est saisissant. En quelques mois, le suspect est passé d’un aveu partiel — il reconnaissait les coups — à un déni total, accompagné d’un scénario impliquant des tiers armés et cagoulés dont aucun élément matériel n’a, à ce stade, confirmé l’existence. Les enquêteurs accueillent cette version avec un scepticisme marqué.

Ce type de revirement n’est pas rare dans les affaires criminelles impliquant des suspects confrontés à des preuves accablantes. Dans l’affaire Jubillar, la défense avait elle aussi multiplié les pistes alternatives au fil du temps. Mais l’introduction tardive d’un récit aussi radicalement différent — sans éléments corroborants — risque surtout de fragiliser la crédibilité globale du suspect.

Des contradictions qui s’empilent, une reconstitution attendue

Au total, Didier Laroche aura livré au moins trois versions distinctes des événements du 10 avril 2025. La première : une dispute verbale dégénérant en coups mortels accidentels. La deuxième : une série de violences physiques reconnues, mais dont la gravité est réajustée au fur et à mesure que les preuves médico-légales sont versées au dossier. La troisième : un crime commis par des inconnus cagoulés, Laroche étant réduit au rôle de complice contraint.

Chacune de ces versions présente des failles majeures. La thèse de l’accident mortel cadre mal avec le passé du suspect et la dissimulation du corps. La version intermédiaire, où il reconnaît les coups, bute sur l’absence d’appel aux secours et le transport de la victime. Quant au scénario des deux cagoulés, aucun témoignage, aucune trace matérielle, aucun élément technique ne vient l’étayer à ce jour.

Courrier posé sur un bureau de juge d'instruction

Face à cette accumulation d’incohérences, une reconstitution des faits devrait être organisée dans les prochains mois, selon les informations de BFMTV. Cette étape cruciale permettra de confronter physiquement le suspect à ses propres déclarations, sur les lieux mêmes du drame. Les enquêteurs espèrent y trouver des éléments objectifs pour départager les multiples scénarios avancés par Laroche.

Pour les proches d’Agathe Hilairet, chaque nouveau rebondissement rouvre une plaie béante. Un an après sa disparition, la jeune femme de 28 ans, qui ne faisait que courir sur un chemin de campagne de la Vienne, attend toujours que la vérité sur les circonstances exactes de sa mort soit établie. Les mois à venir seront déterminants.

D’autres affaires criminelles en cours continuent également de mobiliser l’attention judiciaire, comme l’affaire Mathis Jouanneau ou le dossier Xavier Dupont de Ligonnès, rappelant à quel point le chemin vers la vérité judiciaire peut être long et sinueux.

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