Condamné à 30 ans pour pédocriminalité, il sort après 8 ans et sera logé à 3 km de sa victime
Un pédophile multirécidiviste, condamné à 30 ans de réclusion criminelle en 2018, doit être libéré ce mardi 12 mai. Soit huit ans seulement après sa condamnation. Pire : il est autorisé à s’installer à Rennes, la ville où vit toujours Karine Jambu, celle qu’il a violée entre ses 5 et 7 ans. Pour la victime et sa famille, c’est une onde de choc. Et un mécanisme juridique méconnu qui rend tout ça possible.
Roland B., un ami de la famille qui dormait sur le canapé
Les faits remontent à l’enfance de Karine Jambu. Roland B. était un ami de la famille, hébergé au domicile familial. Il dormait sur un canapé du salon. C’est dans ce contexte de confiance absolue qu’il a agressé sexuellement la petite fille pendant trois ans, de ses 5 à ses 7 ans.

Au moment des agressions, l’homme n’était pas un inconnu du système judiciaire. Loin de là. Il avait déjà été condamné pour des agressions sexuelles à trois reprises depuis 1997, toujours pour des violences sexuelles comparables. Trois condamnations, et pourtant libre de s’installer chez une famille avec enfant.
Karine serait sa seizième victime identifiée. Seize victimes, quatre condamnations, des décennies de prédation. Et malgré tout, le parcours judiciaire de Roland B. va prendre un tournant que personne dans l’entourage de Karine n’avait anticipé.
30 ans de prison, mais un mécanisme juridique que peu de Français connaissent
En 2018, Roland B. comparaît devant la cour d’assises en état de récidive légale. Le verdict tombe : 30 ans de réclusion criminelle. Une peine lourde, à la mesure de la gravité des faits et du profil du condamné. Pour Karine Jambu et sa tante Laurence Brunet-Jambu, c’est un soulagement. Relatif, mais réel.

Sauf que le droit pénal français dispose d’un outil que la plupart des citoyens ignorent : la confusion des peines. Ce mécanisme permet de fusionner plusieurs condamnations prononcées dans des procédures distinctes. Concrètement, au lieu d’additionner les peines, la justice les fait se chevaucher. Résultat : les 30 ans fondent comme neige au soleil. Roland B. sort après huit années de détention.
C’est un courrier de la juge qui a informé Karine Jambu de cette libération imminente. Un courrier administratif, froid, factuel. Mais ce que la famille a découvert ensuite dans cette lettre a provoqué un effondrement bien plus violent que l’annonce elle-même.
« J’ai l’honneur de vous annoncer que votre violeur sort »
Face au courrier officiel, Karine Jambu s’est effondrée. C’est sa tante et mère adoptive, Laurence Brunet-Jambu, qui a pris la parole pour exprimer la rage de toute une famille. Sa réaction est cinglante : « J’ai l’honneur de vous annoncer que votre violeur sort. C’est quoi la justice de mon pays ? »
Car au-delà de la libération, c’est un détail géographique qui transforme cette décision en cauchemar. Roland B. est autorisé à résider à Rennes. La ville où Karine Jambu vit toujours. À trois kilomètres de chez elle. « On nous avait promis qu’il ne sortirait pas comme ça, et que s’il revenait vivre ici, ce ne serait pas à trois kilomètres de chez elle », déplore Laurence Brunet-Jambu. « C’est une infamie de plus pour Karine. »
Depuis des années, cette femme mène un combat judiciaire acharné pour faire reconnaître les souffrances de sa nièce. Un combat qui a déjà mis l’État face à ses propres défaillances. Et pas qu’une fois.
L’État condamné quatre fois pour déni de justice
Ce n’est pas la première fois que le système judiciaire français est pointé du doigt dans cette affaire. L’État a été condamné à quatre reprises pour déni de justice concernant le dossier de Karine Jambu. Quatre fois où des juridictions ont reconnu que les institutions avaient failli dans leur mission de protection et de réponse judiciaire.
Pour Laurence Brunet-Jambu, ces condamnations successives dessinent un tableau accablant. Une victime de 5 ans, un prédateur déjà connu du système, des alertes ignorées, et maintenant une remise en liberté que la famille perçoit comme une trahison de plus. Le sentiment d’un appareil judiciaire qui protège davantage les droits du condamné que la sécurité de la victime.
Mais la colère de la famille ne s’arrête pas à leur cas personnel. Laurence Brunet-Jambu soulève une question qui dépasse largement le dossier de Karine. Une question de sécurité publique.
« Toutes les petites filles de Rennes sont en danger »

La tante de la victime ne mâche pas ses mots sur le risque de récidive. « À partir du moment où un prédateur prend du Viagra pour violer ses victimes, le risque de récidive est majeur. Toutes les petites filles de Rennes sont en danger. » Une affirmation brutale, mais que le profil de Roland B. rend difficile à balayer.
L’homme a été condamné quatre fois pour des faits similaires. Sa première condamnation remonte à 1997. Entre cette date et son procès de 2018, il a continué à agresser des enfants malgré ses passages par la case prison. Ce schéma de récidive systématique pose une question légitime : qu’est-ce qui, dans le dispositif actuel, empêchera un cinquième passage à l’acte ?
La confusion des peines, pensée pour éviter des cumuls disproportionnés dans certains cas, produit ici un résultat que beaucoup jugeront absurde : un pédocriminel multirécidiviste qui sort après avoir purgé à peine un quart de sa dernière condamnation. Et la famille de Karine a décidé de ne pas en rester là.
Une pétition pour changer la loi
Karine Jambu et Laurence Brunet-Jambu ont lancé une pétition adressée aux parlementaires. Leur demande est claire : faire évoluer la législation sur la confusion des peines pour que ce mécanisme ne puisse plus bénéficier aux auteurs de violences sexuelles sur mineurs en situation de récidive.
Le principe de la confusion des peines existe pour une raison : éviter que l’addition mécanique de condamnations ne crée des peines totalement disproportionnées. Dans certains cas — délits financiers, infractions mineures multiples — le dispositif a du sens. Mais appliqué à un prédateur sexuel condamné quatre fois pour des viols sur enfants, il produit un effet que la famille qualifie d’« insupportable ».
Cette affaire rappelle d’autres dossiers récents où des libérations anticipées ont fait polémique. Elle interroge aussi le traitement des victimes de violences sexuelles par le système judiciaire français, régulièrement critiqué par les associations et même par les instances européennes.
Pour Karine Jambu, qui a grandi avec le poids de ces agressions et qui a vu l’État reconnaître ses propres manquements à quatre reprises, cette libération est vécue comme la violence de trop. À Rennes, mardi, son agresseur sera libre. Et il vivra à trois kilomètres de chez elle.