Un Tunisien de 27 ans soupçonné d’avoir préparé un attentat visant le Louvre
Un homme de 27 ans vient d’être écroué à Paris. Il est soupçonné d’avoir préparé un attentat d’inspiration djihadiste visant un des musées les plus célèbres du monde. C’est un banal contrôle routier, fin avril, qui a tout fait basculer. Ce qui a été découvert sur son téléphone portable a immédiatement fait monter l’affaire au plus haut niveau de l’antiterrorisme français.

Un faux permis, un contrôle de routine et tout bascule
L’histoire commence le 28 avril, en plein centre de Paris. Un homme est contrôlé au volant d’une voiture. Les policiers découvrent qu’il circule avec un faux permis de conduire. Classique, a priori. Sauf que le conducteur n’a pas non plus de titre de séjour valide. Il est placé en garde à vue, puis transféré dans un centre de rétention administrative.
L’homme, identifié comme Dhafer M., est né en 1999 à Djerba, en Tunisie. Selon Le Parisien, il serait arrivé en France en 2022, via Lampedusa, pour y chercher du travail. Rien dans son profil initial ne laissait présager ce que les enquêteurs allaient trouver ensuite. Car entre le premier contrôle et sa seconde interpellation le 7 mai, les services de renseignement ont eu le temps de plonger dans le contenu de son téléphone.
Et ce qu’ils y ont découvert a radicalement changé la nature du dossier.
Des centaines de photos d’armes et des vidéos de propagande de l’EI
L’analyse du téléphone portable de Dhafer M. a révélé un contenu alarmant. Les enquêteurs y ont trouvé de nombreuses vidéos de propagande djihadiste produites par l’organisation État islamique. Mais ce n’est pas tout : des centaines de photos d’armes à feu et de couteaux étaient également stockées dans l’appareil.

Sur ses réseaux sociaux, le suspect utilisait comme photo de profil l’image d’un combattant de l’EI en train d’exécuter des prisonniers. Un choix qui en dit long sur le niveau de radicalisation présumé du jeune homme. Comme l’a rappelé récemment l’actualité avec l’attaque terroriste de Mulhouse, les signaux numériques de radicalisation sont devenus des éléments centraux dans les enquêtes antiterroristes.
Mais l’élément le plus inquiétant se trouvait dans son historique de recherches. Le suspect avait utilisé ChatGPT pour poser des questions comme « comment fabriquer une bombe ». D’autres recherches portaient sur les dégâts provoqués par le TNT. Des requêtes méthodiques qui suggèrent, selon les enquêteurs, un passage à l’acte en préparation et non une simple curiosité morbide.
Le Louvre et la communauté juive dans le viseur
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a confirmé lundi 11 mai que le suspect est soupçonné d’avoir fomenté « un projet d’action violente d’inspiration djihadiste ». Selon une source proche du dossier, Dhafer M. envisageait de s’en prendre à un musée parisien ainsi qu’à des membres de la communauté juive, « sans cible précise cependant ».
D’après Le Monde et Le Parisien, le musée visé serait le Louvre — l’un des sites les plus fréquentés au monde avec près de 9 millions de visiteurs par an. Le choix d’une cible aussi symbolique rappelle la tenture des projets terroristes visant des lieux emblématiques de la culture occidentale. La montée des actes antisémites en France rend la seconde partie du projet d’autant plus préoccupante.
Une enquête préliminaire avait été ouverte dès le 6 mai pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes ». Le dossier a été confié à deux poids lourds de l’antiterrorisme : la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la section antiterroriste de la brigade criminelle. En France, les menaces terroristes restent à un niveau élevé selon les autorités.
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Mais le Pnat a ajouté un autre élément troublant au portrait du suspect.
La « hijra » : un départ envisagé vers les rangs de Daesh
Au-delà du projet d’attentat sur le sol français, le parquet antiterroriste a précisé que Dhafer M. est également soupçonné d’avoir envisagé une « hijra ». Ce terme désigne un exil vers une terre d’Islam, et dans ce cas précis, il correspondait à un départ planifié pour rejoindre les rangs de l’État islamique.

Deux destinations étaient envisagées : la Syrie ou le Mozambique. Si la Syrie reste le théâtre historique de l’EI, le Mozambique est devenu ces dernières années un nouveau front djihadiste, notamment dans la province de Cabo Delgado. Le fait que le suspect ait identifié cette zone montre une connaissance assez fine des réseaux de l’organisation terroriste.
Ce double projet — frapper en France puis partir combattre à l’étranger — est un schéma que les services de renseignement connaissent bien. Il avait notamment été observé chez un adolescent de 15 ans incarcéré après avoir projeté un attentat dans le Rhône. La différence ici : le niveau de préparation documenté et le caractère très concret des cibles identifiées.
Mis en examen et écroué : la suite judiciaire
À l’issue de sa garde à vue lundi 11 mai, le Pnat a requis l’ouverture d’une information judiciaire. Dhafer M. a été mis en examen et placé en détention provisoire. Les charges retenues sont lourdes : association de malfaiteurs terroriste criminelle. En France, les peines les plus sévères sont régulièrement prononcées dans ce type de dossier.
L’enquête va désormais se concentrer sur les éventuels complices ou contacts du suspect. Un homme arrivé clandestinement en 2022, sans papiers, et qui aurait réussi à se radicaliser suffisamment pour envisager un attentat contre le Louvre en moins de quatre ans : c’est un parcours que les services de renseignement vont disséquer dans les moindres détails.
Le cas de Dhafer M. rappelle aussi le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la préparation d’actes terroristes. L’utilisation de ChatGPT pour obtenir des informations sur la fabrication d’explosifs pose des questions inédites sur la responsabilité des plateformes technologiques. Comme l’ont montré d’autres affaires récentes, notamment des attaques perpétrées sur le sol français, la menace terroriste continue d’évoluer dans ses méthodes comme dans ses outils.
Le Louvre, lui, n’a pas réagi publiquement à ces révélations. Mais avec 25 000 visiteurs par jour en moyenne, la question de la sécurité de ce joyau du patrimoine mondial se pose avec une acuité renouvelée. La sécurisation des sites sensibles reste l’un des défis majeurs des autorités françaises.