« Ton dernier avertissement » : un Texan de 20 ans a tenté de tuer le patron de ChatGPT avec un cocktail Molotov
Vendredi dernier, un cocktail Molotov s’est écrasé sur la façade de la luxueuse résidence de Sam Altman, le patron d’OpenAI, dans l’un des quartiers les plus huppés de San Francisco. Quelques heures plus tard, les autorités arrêtaient un jeune Texan de 20 ans, porteur d’un bidon de kérosène, d’un briquet et d’un document au titre glaçant : « Ton dernier avertissement ». Ce texte ne laissait aucune ambiguïté sur ses intentions.
Une attaque en pleine nuit dans le quartier des milliardaires
C’est dans le quartier de Russian Hill, l’un des secteurs les plus prisés de San Francisco, que la scène s’est déroulée. La propriété de Sam Altman, dont la fortune personnelle est estimée à 3,4 milliards de dollars par Forbes, a été touchée par un jet de cocktail Molotov. L’engin incendiaire a atteint la façade de la maison, sans faire de blessé. OpenAI, l’entreprise derrière ChatGPT, avait alors confirmé l’attaque en précisant que ses bureaux avaient également été menacés.

Selon le communiqué du ministère américain de la Justice publié lundi, l’assaillant ne s’est pas arrêté là. Après avoir lancé son projectile, il a traversé la ville à pied — plusieurs kilomètres — jusqu’au siège d’OpenAI. Sur place, il a tenté de briser les portes vitrées du bâtiment avec une chaise. La police l’a interpellé à cet endroit, en possession de tout son attirail incendiaire.
Un manifeste anti-IA qui appelle au meurtre
Le suspect s’appelle Daniel Moreno-Gama. Ce Texan de 20 ans a été inculpé de tentative de destruction de biens à l’aide d’explosifs et de détention d’une arme non enregistrée. Mais c’est le contenu du document retrouvé sur lui qui a le plus alarmé les autorités fédérales.
Intitulé « Ton dernier avertissement », ce texte prônait ouvertement la lutte violente contre l’intelligence artificielle. Il encourageait le meurtre et d’autres crimes contre les patrons et investisseurs du secteur de la tech. D’après le ministère de la Justice, le manifeste mentionnait explicitement que son auteur avait tenté de tuer Sam Altman.

Une phrase en particulier a retenu l’attention des enquêteurs : « Si par miracle tu survis, je prendrai cela comme un signe divin de te racheter. » Un message qui montre à quel point l’acte était prémédité et assumé. L’hostilité croissante envers les géants de l’IA n’est pas nouvelle, mais elle franchit ici un cap inédit avec un passage à l’acte violent directement dirigé contre le dirigeant le plus emblématique du secteur.
Sam Altman brise le silence sur son blog
Peu après l’incident, le patron d’OpenAI a publié un rare billet sur son blog personnel. Sans nommer directement son agresseur, il a appelé à une « désescalade de la rhétorique et des méthodes ». Une allusion transparente aux critiques de plus en plus virulentes qui visent l’industrie de l’intelligence artificielle, accusée de menacer des millions d’emplois et de bouleverser la société à une vitesse que beaucoup jugent incontrôlable.
Le choix des mots est révélateur : Altman ne parle pas de sécurité personnelle ni de vengeance judiciaire. Il pointe du doigt un climat ambiant, celui d’une opposition de plus en plus radicale à l’IA. Ces derniers mois, les débats autour de l’impact de l’IA sur les métiers et la société se sont considérablement durcis aux États-Unis comme en Europe. Mais personne n’imaginait qu’un jeune homme de 20 ans passerait du discours à l’acte incendiaire.
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OpenAI : une valorisation de 852 milliards qui fait des ennemis
Fondée en 2015, OpenAI est devenue en quelques années l’entreprise la plus scrutée — et la plus controversée — de la Silicon Valley. Propulsée par le succès planétaire de ChatGPT, elle est aujourd’hui valorisée à plus de 852 milliards de dollars. Une ascension fulgurante qui place Sam Altman au centre de toutes les tensions liées au développement de l’IA.

Car si des millions d’utilisateurs se servent quotidiennement de ChatGPT pour simplifier leur quotidien, d’autres y voient une menace existentielle. Des chercheurs comme Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique, ont eux-mêmes exprimé des inquiétudes profondes sur la trajectoire actuelle de cette technologie. Le manifeste retrouvé sur Daniel Moreno-Gama semble s’inscrire dans cette mouvance, mais avec une radicalité criminelle.
L’affaire pose aussi la question de la sécurité des dirigeants de la tech. Contrairement aux responsables politiques, les patrons comme Altman vivent dans des quartiers résidentiels accessibles, même luxueux. L’adresse de Russian Hill n’avait rien d’un secret. Le fait qu’un individu isolé ait pu s’approcher suffisamment pour lancer un engin incendiaire interroge sur les dispositifs de protection en place.
Le spectre d’une violence anti-tech qui se banalise
Cette attaque ne survient pas dans un vide. Aux États-Unis, la figure du « techbro » — ces entrepreneurs de la Silicon Valley perçus comme déconnectés du réel — cristallise une colère sociale croissante. L’essor de l’IA a amplifié ce ressentiment : des licenciements massifs sont régulièrement annoncés au nom de l’automatisation, alimentant un sentiment d’injustice chez une partie de la population.
En France aussi, le sujet divise. Entre ceux qui voient dans l’IA un outil révolutionnaire et ceux qui redoutent une automatisation galopante, le débat reste vif. Des cas troublants — comme cette femme arrêtée après avoir utilisé ChatGPT pour planifier un empoisonnement — montrent que la frontière entre fascination et dérive se réduit dangereusement.
Daniel Moreno-Gama risque désormais de lourdes peines fédérales. La tentative de destruction de biens à l’aide d’explosifs est passible de plusieurs décennies de prison aux États-Unis. Quant à Sam Altman, son appel à la désescalade résonne comme un aveu : l’homme qui a mis l’IA entre les mains du monde entier sait que la colère qu’elle suscite ne se résoudra pas avec un simple billet de blog.