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Ils vendent leur C3 Picasso 150 € : l’acheteur disparaît, le fisc leur réclame 1 588 €

Publié par Elsa Fanjul le 15 Avr 2026 à 8:41

Michaël et Fanny, un couple de Dordogne, pensaient en avoir fini avec leur vieille Citroën C3 Picasso vendue à un prix dérisoire. Six mois plus tard, 18 amendes de stationnement s’empilent dans leur boîte aux lettres, l’acheteur a coupé son téléphone, et les finances publiques menacent de saisir leurs biens. Récit d’un engrenage administratif qui ne s’arrête pas.

Une voiture en fin de vie, un acheteur « de confiance »

En janvier 2025, Michaël et Fanny décident de se séparer de leur Citroën C3 Picasso, en mauvais état, depuis leur domicile de Saint-Vincent-de-Cosse, petit village du Périgord. Le prix : 150 euros. « Une bouchée de pain », résume Michaël auprès de France Bleu. L’acheteur n’est pas un inconnu : c’est un ancien salarié du couple, qui dit vouloir la voiture pour sa compagne.

Fanny se souvient d’une transaction sans méfiance. « On le connaissait bien, il travaillait tous les jours avec nous, on s’est dit que c’était sans problème. » Le couple remplit les documents nécessaires — certificat de cession, carte grise barrée — et tourne la page. Du moins, c’est ce qu’ils croient. Car la suite va transformer cette vente banale en un piège dont ils ne parviennent plus à sortir.

18 enveloppes, deux villes, zéro explication

Entre mai et juillet 2025, les premières lettres recommandées arrivent à Saint-Vincent-de-Cosse. Puis d’autres. Puis encore d’autres. Au total, le couple reçoit 18 amendes pour défaut de stationnement payant. Détail troublant : les infractions ont été constatées à Nantes et à Bordeaux, deux villes où ni Michaël ni Fanny n’ont mis les pieds avec cette voiture qu’ils ne possèdent plus depuis des mois.

Réflexe immédiat : appeler l’acheteur. « Quand on appelle, ça dit que le numéro n’est plus attribué », décrit Michaël. L’ancien salarié s’est volatilisé. Aucun moyen de le joindre, aucune réponse. Visiblement, il n’a jamais effectué le changement de carte grise à son nom. La voiture circule, se gare n’importe où, et toutes les contraventions reviennent mécaniquement à la dernière propriétaire enregistrée : Fanny.

« C’est vraiment le sentiment d’arnaque et d’escroquerie, depuis le début », lâche Michaël. Fanny résume leur amertume d’une phrase : « On pensait être tranquille en vendant cette voiture, mais c’est encore pire. On aurait mieux fait de la garder. » Sauf que garder une voiture ne protège pas forcément de tout — certains automobilistes découvrent des problèmes insoupçonnés, comme cette conductrice verbalisée à cause d’une plaque d’immatriculation artisanale. Mais dans le cas de Michaël et Fanny, le vrai cauchemar est financier.

1 588 € d’amendes majorées pour une voiture à 150 €

En octobre 2025, les 18 contraventions sont majorées. Le montant total grimpe à 1 588 euros — plus de dix fois le prix de vente du véhicule. Le couple tente de contester auprès des mairies de Nantes et Bordeaux, qui rejettent chaque recours pour dépassement de délai. Ils déposent ensuite 18 réclamations distinctes auprès du tribunal du stationnement payant, basé à Limoges.

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Mais voilà le piège juridique : ces recours ne suspendent rien. La Direction départementale des finances publiques le confirme elle-même : « Le recours devant le Tribunal du stationnement payant ne suspend pas l’exigibilité des titres exécutoires. » En clair, même si le couple conteste, l’administration continue de réclamer son argent comme si de rien n’était. Une mécanique qui rappelle d’autres situations kafkaïennes, comme celle de cette retraitée à qui l’État réclamait 40 000 euros.

Michaël et Fanny assurent pourtant avoir envoyé « toutes les preuves à tout le monde » : carte grise barrée, certificat de cession, copies des courriers. Rien ne débloque la situation. L’administration, selon Michaël, « applique la circulaire. L’humanité derrière, le fait d’avoir les preuves… C’est pas grave, ça nous concerne pas, vous payez et le reste on verra après. » Mais le plus angoissant n’est pas ce qu’ils ont déjà vécu — c’est ce qui a commencé à frapper directement leur compte en banque.

Tentatives de saisie sur une pension de 465 € par mois

La C3 Picasso était immatriculée au nom de Fanny. C’est donc elle que les finances publiques ciblent. En février puis en mars 2026, deux tentatives de saisie bancaire sont lancées pour récupérer les 1 588 euros. Elles échouent : Fanny ne touche qu’une pension d’invalidité de 465 euros par mois. Le solde de son compte ne couvre pas la dette.

Puis, le 2 avril 2026, le couple reçoit une mise en demeure formelle de payer. « Si on ne paye pas, ils commencent les saisies », prévient Michaël. Saisie de quoi ? Potentiellement de tout ce que possède le couple : meubles, véhicule actuel, équipements. « On n’est pas responsables et on nous impose de payer pour quelque chose qu’on n’a pas fait. C’est complètement rocambolesque. » L’angoisse de voir un huissier débarquer est devenue quotidienne.

Le cas illustre une réalité que beaucoup d’automobilistes ignorent : une vente de véhicule mal finalisée côté acheteur peut se retourner violemment contre le vendeur. Les obligations liées à la carte grise ne s’arrêtent pas à la remise du certificat de cession. Si l’acheteur ne fait pas les démarches, l’ancien propriétaire reste juridiquement exposé. Et quand l’acheteur disparaît, la situation devient un nœud que l’administration refuse de trancher.

« On a la boule au ventre, on ne dort pas bien »

Au-delà des chiffres, c’est le quotidien du couple qui s’effrite. « On appréhende d’ouvrir la porte, de voir débarquer quelqu’un, un huissier, pour saisir. C’est angoissant. On a la boule au ventre, on ne dort pas bien », confie Fanny. Michaël a même écrit au Premier ministre. Sans réponse à ce jour.

« Vous avez l’impression de vous battre contre un mur », résume-t-il. Le couple a le sentiment que l’administration protège, de fait, celui qui les a arnaqués. « On se retrouve au final avec l’État qui est en train de soutenir une escroquerie. C’est dire à tous ceux qui font ça : continuez, vous ne paierez rien. Il y a un sentiment d’injustice énorme. » Une situation d’impuissance qui n’est pas sans rappeler d’autres galères où l’administration semble incapable de protéger les victimes.

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La piste que le couple n’a pas encore suivie

Il existe pourtant une issue, mentionnée par les finances publiques elles-mêmes. L’administration indique qu’une plainte pénale pourrait permettre de suspendre la procédure de recouvrement le temps que les recours soient examinés. Autrement dit, tant que Michaël et Fanny ne portent pas plainte formellement, la machine continue de tourner contre eux.

Le couple n’a pas encore franchi ce pas. Peut-être par épuisement, peut-être parce qu’ils pensaient que les preuves suffiraient. Mais dans le labyrinthe administratif français, avoir raison ne suffit pas toujours — encore faut-il activer le bon levier au bon moment. Pour ceux qui vendent un véhicule, même à un proche, la leçon est brutale : tant que la carte grise n’est pas transférée et confirmé par l’ANTS, vous restez comptable de tout ce que fait la voiture. Et si l’acheteur décide de disparaître, c’est un piège dont il est très difficile de sortir.

Michaël et Fanny attendent désormais la réponse du tribunal du stationnement payant de Limoges sur leurs 18 recours. En espérant que cette fois, quelqu’un de l’autre côté du mur finisse par les entendre.

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