Un supermarché licencie un employé de 17 ans d’ancienneté pour avoir stoppé un voleur à l’étalage
Walker Smith, 54 ans, était vendeur chez Waitrose depuis 17 ans. La semaine dernière, il a intercepté un voleur récidiviste qui remplissait un sac d’œufs de Pâques Lindt. Deux jours plus tard, il recevait sa lettre de licenciement. Depuis, l’Angleterre s’enflamme.
Un vol d’œufs de Pâques qui tourne au bras de fer

L’histoire commence dans un supermarché Waitrose de Londres – une enseigne souvent comparée à Monoprix en France. Un client alerte Walker Smith : un individu est en train de fourrer discrètement des œufs en chocolat Lindt dans un sac. Le vendeur reconnaît immédiatement l’homme. C’est un récidiviste, déjà repéré dans le magasin.
Smith décide d’agir. Il saisit le sac rempli de chocolats. Mais le voleur le lui arrache. Une brève lutte s’ensuit, le sac se déchire, et les articles tombent au sol. Un des lapins en chocolat se brise en morceaux. Par frustration, Smith en jette un morceau en direction des chariots – pas vers le voleur, précise-t-il – tandis que ce dernier prend la fuite.
Le vendeur présente ensuite ses excuses à son supérieur. Il savait qu’il avait pour consigne de ne pas intervenir physiquement face aux voleurs. Mais il pensait avoir bien fait. Waitrose n’a pas vu les choses du même œil.
Licencié en 48 heures après 17 ans de service
Deux jours après l’incident, Walker Smith reçoit sa convocation. L’enseigne britannique le licencie. 17 ans d’ancienneté balayés pour avoir empêché un vol d’œufs de Pâques. L’affaire, d’abord révélée par The Guardian, fait rapidement le tour des réseaux sociaux.
Et la réaction est unanime : l’indignation. En quelques heures, une cagnotte est lancée en son nom. Elle dépasse rapidement les 4 000 livres sterling (environ 4 700 euros). L’organisateur résume ce que beaucoup pensent : Walker Smith a « simplement essayé de faire ce qui était juste et noble ».
L’histoire rappelle d’autres licenciements controversés dans la grande distribution, où des employés loyaux se retrouvent punis pour des motifs que le grand public juge disproportionnés.
Politiques et médias montent au créneau

L’affaire ne s’est pas cantonnée à Twitter. Dès le lundi suivant, des responsables politiques britanniques ont pris position. Chris Philp, figure du parti conservateur et ministre de l’Intérieur du cabinet fantôme, a directement interpellé le directeur général de Waitrose, Tom Denyard, dans une lettre ouverte.
« Licencier un employé de longue date dans ces circonstances envoie un message totalement erroné », écrit-il. « Cela pénalise ceux qui agissent, tandis que les contrevenants restent impunis. » Le mot « honteux » revient dans sa déclaration.
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Iain Dale, animateur radio star sur LBC, a lui aussi pris la défense de Smith. « J’étais propriétaire d’une librairie et j’ai eu des clients qui volaient à l’étalage. Si un membre de mon personnel avait maîtrisé un voleur comme il l’a fait, j’aurais voulu lui accorder une augmentation, et non le licencier. »
Le débat dépasse le simple cas individuel. Il touche à une question qui agite aussi la France : jusqu’où un employé peut-il aller pour protéger son lieu de travail ? La question du droit du travail face au licenciement est au cœur des discussions.
Appels au boycott et colère sur les réseaux
Sur X (anciennement Twitter) et d’autres plateformes, les messages affluent. Le mot d’ordre est clair : boycott de Waitrose tant que Walker Smith n’est pas réintégré.
« Vous avez besoin de plus d’employés comme Walker Smith, pas moins », écrit Mark Thompson, un entrepreneur britannique. « Je boycotte Waitrose jusqu’à ce que vous le réintégriez, que vous changiez de politique et que vous présentiez des excuses sincères. »
La pression sur l’enseigne est massive. À l’heure où la sécurité en supermarché fait débat – entre caméras intelligentes, agents de sécurité et IA –, voir un humain puni pour avoir fait preuve de courage ne passe tout simplement pas.
Waitrose se justifie : « un grave danger de mort »

Après plusieurs jours de silence, Waitrose a fini par réagir. L’enseigne ne revient pas sur sa décision, mais tente de la justifier. Selon le groupe, Walker Smith a pris un « risque physique trop grand et non conforme » en s’attaquant au voleur.
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« La sécurité de nos salariés et de nos clients est primordiale », déclare Waitrose. « Nous avons eu des incidents où nos collègues ont été hospitalisés lors d’interventions contre des voleurs à l’étalage. Heureusement, ils s’en sont toujours remis, mais ce ne sera pas toujours le cas. »
L’enseigne va plus loin en affirmant que « la lutte contre le vol à l’étalage comporte un grave danger de mort » et qu’elle refuse « de mettre la vie de quiconque en danger ». Un argument de sécurité qui se tient sur le papier. Mais qui sonne creux quand on licencie un employé modèle plutôt que de le recadrer.
Un contexte explosif : les vols à l’étalage en hausse de 5 %
L’ironie de la situation n’échappe à personne. Cette affaire survient alors que les vols à l’étalage explosent au Royaume-Uni. Selon les derniers chiffres du gouvernement britannique, les infractions ont augmenté de 5 % sur l’année se terminant en septembre 2025.
Les enseignes de grande distribution sont en première ligne. Et leurs employés aussi. Coincés entre des consignes de non-intervention et la réalité du terrain, ils se retrouvent dans une position impossible. Agir, c’est risquer le licenciement. Ne rien faire, c’est regarder les pertes s’accumuler – des pertes qui, in fine, pèsent sur tout le monde, y compris les consommateurs via la hausse des prix.
En France aussi, le sujet de la grande distribution et de ses pratiques fait régulièrement débat. Et les licenciements jugés injustes provoquent à chaque fois la même vague d’indignation.
Et maintenant ?
Pour l’instant, Waitrose n’a montré aucun signe de recul. Walker Smith reste licencié. La cagnotte continue de grimper. Et la pression publique ne faiblit pas.
Ce qui est sûr, c’est que cette histoire a mis le doigt sur un malaise profond. Quand un employé loyal est viré pour avoir défendu son magasin tandis que le voleur récidiviste court toujours, quelque chose ne tourne plus rond. Et visiblement, des millions de Britanniques pensent la même chose.