Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Food

Adieu le bœuf et le porc : la viande préférée des Français coûte deux fois moins cher

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 17:34

Pendant des décennies, le porc régnait en maître sur les assiettes françaises, suivi de près par le bœuf. Ce temps-là est révolu. Selon les chiffres de FranceAgriMer et de l’interprofession avicole ANVOL, une viande bien moins chère a pris la tête du classement en 2024 — et l’écart ne cesse de se creuser. Entre inflation, explosion des fast-foods et changement de rythme alimentaire, ce basculement en dit long sur la façon dont les Français mangent aujourd’hui.

Une progression de 10 % en un an que personne n’avait anticipée

Le nouveau numéro un dans l’assiette des Français, c’est le poulet. Sa consommation a atteint près de 25 kilos par habitant en 2024, soit une hausse de presque 10 % par rapport à l’année précédente. Un bond spectaculaire pour une protéine animale qui était encore troisième il y a quelques années dans le classement des viandes les plus consommées.

Famille française partageant un poulet rôti à table

FranceAgriMer confirme que la volaille a officiellement dépassé le porc en 2024 pour devenir la première viande consommée dans l’Hexagone. Et dans ce rayon volaille, le poulet représente à lui seul plus de 70 % des achats. Loin derrière, le bœuf continue de reculer, plombé par des prix qui n’ont cessé de grimper ces trois dernières années.

Ce n’est pas seulement une question de goût. C’est un mouvement de fond lié au portefeuille des ménages, à l’essor de la restauration rapide et à un changement profond dans la manière dont les Français structurent leurs repas. Mais le prix, justement, mérite qu’on s’y arrête.

« La protéine animale la moins chère » : l’argument qui fait basculer les foyers

Philippe Goetzmann, expert du secteur agroalimentaire, résume la situation sans détour : « Le poulet a toujours été la protéine animale la moins chère et avec l’inflation qu’on a connue ces trois dernières années, le poulet devient très compétitif. » Quand le budget courses se resserre, le choix se fait presque naturellement. Un kilo de filet de poulet coûte souvent deux fois moins qu’un kilo de bœuf à griller.

Cette compétitivité tarifaire touche aussi bien les familles que les étudiants. À Bordeaux, Myriam, étudiante, témoigne : « Je suis vraiment fan de poulet. J’en mange deux ou trois fois par semaine. La viande rouge, j’aime moins. » Son cas n’est pas isolé. Pour ceux qui cherchent à réduire leur budget courses, le poulet est devenu un réflexe.

Étudiante mangeant un wrap au poulet à Bordeaux

L’inflation alimentaire a durablement modifié les arbitrages dans les supermarchés. Et quand certaines enseignes bradent la viande en fin de journée, c’est encore le poulet qui part en premier. Reste que le prix n’explique pas tout : une bonne partie de cette consommation ne se fait même plus à la maison.

Un tiers du poulet mangé hors domicile : le rôle décisif des fast-foods

Selon ANVOL, environ un tiers du poulet consommé en France est désormais mangé hors domicile. Cette proportion a bondi de huit points en seulement trois ans. Buckets, burgers, wraps, salades composées : le poulet s’est imposé comme l’ingrédient roi de la restauration rapide.

Les chaînes de poulet frit se multiplient dans les centres commerciaux et les rues passantes des grandes villes. Philippe Goetzmann observe d’ailleurs un lien direct : « On mange plus hors domicile, mais moins au restaurant ou à table et plus dans les fast-foods. Ça induit une évolution favorable de la consommation de poulet. » Ce virage vers la restauration rapide a profondément reconfiguré la demande.

Nicolas De Labareen, gérant du restaurant Oomji à Bordeaux, le constate au quotidien : « Le poulet frit prend une énorme ampleur, les gens adorent ça. C’est ce qu’on vend le plus. On arrive à avoir des prix très compétitifs sur le poulet, contrairement au bœuf qui a repris 30 % entre la semaine dernière et cette semaine. » L’écart de prix entre les deux viandes se creuse tellement que même les restaurateurs changent leurs cartes. Mais cette demande explosive a un revers que peu de consommateurs soupçonnent.

À lire aussi

Un poulet sur deux est importé : le chiffre qui dérange

Selon FranceAgriMer, près d’un poulet sur deux consommé en France est importé. Cette proportion concerne surtout la restauration hors foyer, où les critères de prix priment souvent sur l’origine. Des volailles venues du Brésil, de Thaïlande ou de Pologne alimentent massivement les cuisines des chaînes de restauration rapide.

Rayon poulet dans un supermarché français

Ce chiffre pose question à l’heure où la filière avicole française peine à suivre la demande. Les éleveurs hexagonaux produisent du poulet, mais pas assez pour couvrir l’explosion de la consommation. L’écart entre production nationale et demande intérieure ne cesse de se creuser, et les alertes sanitaires sur certains lots importés rappellent régulièrement les risques liés à cette dépendance.

La question de l’origine n’est d’ailleurs pas la seule à se poser. L’empreinte écologique de la viande reste un sujet brûlant, même si le poulet affiche un bilan carbone nettement inférieur à celui du bœuf. Pour les consommateurs soucieux de leur budget et de l’environnement, c’est un argument supplémentaire.

Les restaurateurs s’adaptent en urgence

Face à ce basculement, les professionnels de la restauration n’ont d’autre choix que de suivre le mouvement. Nicolas Hyppolite, restaurateur, constate dans son groupe une hausse de 20 à 30 % de la consommation de poulet. « Il y a une demande sur une protéine saine qui a un moindre coût pour le consommateur, mais aussi pour le restaurateur », explique-t-il. Son équipe a décidé de développer de nouvelles recettes centrées sur le poulet pour répondre à cette attente.

Ce virage ne concerne pas que les grandes chaînes. Les restaurants indépendants, les traiteurs et même les cantines scolaires revoient leurs menus. Le poulet, jadis considéré comme un choix par défaut, devient un axe stratégique. Cette viande longtemps sous-estimée s’est imposée comme la protéine préférée des Français, portée par un contexte économique qui ne montre aucun signe d’amélioration.

Et le bœuf dans tout ça ?

Le grand perdant de ce bouleversement, c’est la viande rouge. Le bœuf, autrefois symbole du repas dominical, recule année après année. Son prix élevé le rend de moins en moins accessible aux foyers modestes. Ceux qui cherchent des alternatives riches en protéines se tournent vers le poulet, mais aussi vers les légumineuses ou certains fromages très protéinés.

Le porc, longtemps premier au classement, se maintient en deuxième position mais ne progresse plus. La dynamique est clairement en faveur du poulet, et les experts du secteur ne voient pas de retournement de tendance à court terme. Tant que l’inflation alimentaire pèsera sur le pouvoir d’achat et que les Français chercheront à optimiser chaque euro au supermarché, le poulet restera roi.

Le plus surprenant, finalement, ce n’est pas que le poulet ait pris la première place. C’est qu’il ait mis si longtemps à le faire.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *