Bitcoin : le New York Times pense avoir identifié Satoshi Nakamoto, un Britannique qui dément
Depuis 2008, un mystère obsède le monde de la tech et de la finance : qui se cache derrière Satoshi Nakamoto, le pseudonyme du créateur du Bitcoin ? Une enquête fleuve du New York Times, publiée ce 8 avril, avance un nom avec une conviction rarement vue : Adam Back, cryptographe britannique de 55 ans. Le problème ? L’intéressé dément formellement.
Un suspect au profil presque trop parfait
L’enquête est signée John Carreyrou, le journaliste qui avait fait tomber l’empire Theranos. Son approche, cette fois, ne repose pas sur une révélation unique mais sur l’accumulation méthodique d’indices convergents. Et ils pointent tous vers le même homme.
Adam Back n’est pas un inconnu dans l’univers des cryptomonnaies. En 1997, il a inventé Hashcash, un système de preuve de travail directement cité dans le livre blanc du Bitcoin publié en 2008. Autrement dit, l’une des briques fondatrices de la plus célèbre cryptomonnaie du monde sort de son cerveau. Le Bitcoin, devenu plus attractif que l’or selon certains analystes, reposerait donc sur les travaux de cet homme discret.
Back est aussi une figure historique du mouvement « cypherpunk », ces militants du chiffrement et de la vie privée numérique dont l’idéologie libertarienne colle parfaitement au projet originel de Satoshi Nakamoto : créer une monnaie décentralisée, hors du contrôle des États et des banques.
Des archives inédites qui relancent tout
Là où l’enquête du New York Times se distingue des précédentes tentatives d’identification, c’est par l’exploitation d’archives jusqu’ici inaccessibles. Des échanges entre Satoshi Nakamoto et ses tout premiers collaborateurs ont été passés au crible. Ces messages révèlent des proximités intellectuelles frappantes avec Adam Back.

Les deux hommes partagent les mêmes obsessions : la monnaie électronique décentralisée, la lutte contre le spam, la protection de la vie privée en ligne. Plus troublant encore, des idées formulées par Back dès les années 1990 — bien avant la publication du livre blanc du Bitcoin — préfigurent presque point par point le fonctionnement de la blockchain. C’est comme trouver les brouillons d’un roman à succès dans le tiroir d’un seul auteur.
Certaines coïncidences dans le parcours de Back alimentent également les soupçons. Des périodes de silence public qui correspondent aux moments d’activité intense de Satoshi, des prises de position qui s’alignent étrangement avec celles du mystérieux créateur. Le genre de détails qui, pris isolément, ne prouvent rien, mais qui mis bout à bout dessinent un tableau difficile à ignorer.
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Une « empreinte digitale » dans l’écriture
L’un des volets les plus fascinants de l’enquête concerne l’analyse linguistique. Des chercheurs ont étudié les habitudes d’écriture de Satoshi Nakamoto dans ses publications et ses e-mails : ses erreurs de ponctuation récurrentes, son usage spécifique des traits d’union, ses tournures de phrases caractéristiques. Chaque auteur laisse une sorte de signature stylistique involontaire, un peu comme une empreinte digitale.
Cette « empreinte » a été comparée à celles de centaines de suspects potentiels. Résultat : le profil linguistique d’Adam Back est celui qui présente le plus grand nombre de similitudes avec celui de Satoshi Nakamoto. Un match statistiquement significatif, selon les analystes cités par le journal, même si ce type de preuve reste discuté dans la communauté scientifique.
Cette méthode, appelée stylométrie, avait déjà été utilisée pour identifier des auteurs anonymes dans d’autres contextes. Mais l’appliquer à un corpus aussi technique que les écrits de Satoshi représente un défi particulier. Les résultats ne constituent pas une preuve formelle, mais ils ajoutent une couche supplémentaire au faisceau d’indices. Ceux qui s’intéressent à l’identité réelle derrière un pseudonyme savent que ce type de mystère passionne toujours autant le public.
Adam Back dément catégoriquement

Face à cette accumulation d’indices, la réponse d’Adam Back est sans ambiguïté : il nie être Satoshi Nakamoto. Il l’a toujours nié, et il continue de le faire après la publication de l’enquête. Actuellement CEO de Blockstream, une entreprise majeure du secteur blockchain, Back affirme n’avoir été qu’un contributeur parmi d’autres à l’écosystème qui a précédé le Bitcoin.
Le problème, c’est qu’une seule preuve pourrait trancher définitivement le débat : déplacer les premiers bitcoins minés par Satoshi Nakamoto, un trésor estimé à plus d’un million de BTC, soit des dizaines de milliards de dollars au cours actuel. Ces bitcoins n’ont jamais bougé depuis leur création. Si Back — ou quiconque — pouvait les déplacer, le mystère serait résolu. En attendant, tout reste au stade du faisceau d’indices.
La volatilité du Bitcoin n’a jamais entamé la fascination autour de son créateur fantôme. Et cette fortune dormante, qui n’a jamais été touchée, alimente toutes les spéculations.
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Un mystère qui a déjà eu d’autres « solutions »
Ce n’est pas la première fois qu’un média croit tenir l’identité de Satoshi Nakamoto. En 2014, Newsweek avait pointé du doigt un ingénieur américano-japonais nommé Dorian Nakamoto, qui avait nié toute implication. En 2016, l’entrepreneur australien Craig Wright s’était autoproclamé Satoshi, avant d’être débouté par la justice britannique en 2024 pour absence de preuves crédibles.
D’autres noms ont circulé au fil des ans : le développeur Hal Finney, le programmeur Nick Szabo, ou encore l’informaticien Wei Dai. Chacun avait un profil compatible, des compétences techniques adéquates, et des liens plus ou moins directs avec les débuts du Bitcoin. Aucun n’a jamais été formellement identifié. L’identité de Satoshi reste l’un des plus grands mystères du monde numérique, au même titre que certaines affaires de cybercriminalité qui défient les enquêteurs pendant des années.
Pourquoi ça compte autant
Au-delà de la curiosité, l’identité de Satoshi Nakamoto est un enjeu économique et symbolique colossal. Le créateur du Bitcoin possède théoriquement environ 1,1 million de BTC. Si ces bitcoins étaient un jour mis en circulation, l’impact sur le marché serait potentiellement dévastateur. Ceux qui ont tout misé sur le Bitcoin le savent bien.
Mais il y a aussi une dimension quasi mythologique. Le Bitcoin a été conçu comme un système décentralisé, sans chef ni autorité centrale. Le fait que son créateur soit resté anonyme participe pleinement de cette philosophie. Révéler son identité, ce serait d’une certaine manière briser le mythe fondateur. Les investisseurs qui suivent de près les évolutions réglementaires autour des cryptos surveillent cette affaire de près.
Adam Back est-il Satoshi Nakamoto ? L’enquête du New York Times est la plus fouillée jamais publiée sur le sujet. Mais sans preuve cryptographique irréfutable — la clé privée des premiers blocs — le doute persistera. Et c’est peut-être exactement ce que voulait Satoshi, quel qu’il soit : un système si robuste que même son créateur peut disparaître sans que rien ne change. Le fisc, lui, ne s’embarrasse pas de philosophie : il traque déjà les portefeuilles crypto au-delà de 5 000 euros.
