Une aire d’autoroute à 60 millions d’euros livrée… sans bretelle d’accès
850 places de parking, des bornes de recharge électrique, des aires de repos abritées… et pas une seule voiture. Au Royaume-Uni, une aire d’autoroute flambant neuve à 58 millions d’euros attend depuis plus de deux ans qu’on la relie à la route. Bienvenue dans l’un des plus beaux fiascos d’infrastructure de la décennie.
Un parking fantôme en pleine campagne anglaise

L’histoire se passe à Eynsham, un petit village paisible de l’Oxfordshire, en Angleterre. En janvier 2024, les travaux d’une immense aire de stationnement sont officiellement terminés. Coût total de l’opération : 51 millions de livres sterling, soit plus de 58 millions d’euros. Autant dire que les autorités locales n’ont pas lésiné sur les moyens.
Sur le papier, tout est parfait. L’aire dispose de 850 places de parking, d’espaces de repos couverts et même de bornes de recharge pour véhicules électriques. De quoi accueillir des centaines d’automobilistes chaque jour. Sauf qu’il y a un tout petit problème. Un détail, vraiment.
Personne ne peut y accéder. L’aire n’est reliée à aucune route. Pas de bretelle d’accès, pas de sortie d’autoroute. Rien. Le parking est là, posé au milieu de la campagne anglaise comme un vaisseau spatial échoué dans un champ. C’est le média local Oxford Mail qui a révélé l’ampleur de l’absurdité.
Comment on en arrive là ?

La réponse est terriblement banale : l’inflation. Au moment de la construction de l’aire, les coûts des matériaux et de la main-d’œuvre ont explosé. Le budget initial ne suffisait plus à tout financer. Résultat : on a construit le parking, mais pas la bretelle qui devait le connecter à l’autoroute voisine.
La demande de permis pour cette fameuse bretelle n’a été déposée qu’en octobre 2024, soit près de dix mois après la fin des travaux. Elle n’a été acceptée qu’en juillet 2025. Le conseil départemental de l’Oxfordshire assume ces délais, invoquant une « conjoncture économique » difficile. On imagine la tête des contribuables britanniques.
À lire aussi
Quand on sait que la France elle-même fait face à des tensions budgétaires sur ses grands projets, on se dit que le problème n’a pas de frontières. Mais là, le niveau d’absurdité atteint un sommet rarement égalé.
Les habitants ont proposé des solutions, toutes refusées
Face à cet immense espace vide et inutilisé, les riverains et commerçants d’Eynsham n’ont pas manqué d’imagination. Selon la BBC, plusieurs propositions concrètes ont été soumises au conseil départemental pour donner une utilité temporaire à cette infrastructure fantôme.
Parmi les idées : transformer le parking en piste de cyclisme, y installer un terrain d’essai pour véhicules autonomes, ou encore l’utiliser comme dépôt de bus. Des suggestions plutôt malines, qui auraient au moins permis de rentabiliser un minimum les 58 millions investis. On a vu des lieux abandonnés trouver une seconde vie pour bien moins que ça.
Mais non. Toutes les propositions ont été balayées d’un revers de main. La raison officielle : chaque usage alternatif impliquerait des coûts supplémentaires que les autorités « ne peuvent et ne veulent pas engager ». L’aire restera donc vide, inaccessible et inutile, en attendant des jours meilleurs.
Ouverture prévue en 2027… si tout va bien

La bonne nouvelle, c’est que les travaux de la bretelle d’accès devraient « bientôt commencer ». La mauvaise, c’est que l’aire d’autoroute ne sera fonctionnelle qu’en 2027 au plus tôt. Soit trois ans après sa livraison. Trois ans pendant lesquels un parking de 850 places sera resté parfaitement vide sous la pluie anglaise.
À lire aussi
Le calcul est vite fait : trois ans de dégradation naturelle, d’entretien minimum à assurer, de bornes électriques qui n’ont jamais servi. Sans compter l’image désastreuse pour les élus locaux, régulièrement interpellés par des habitants exaspérés. C’est le genre de gaspillage qui rappelle certaines polémiques sur l’argent public qu’on connaît aussi très bien en France.
Un symbole de gaspillage qui fait le tour du web
L’affaire est devenue virale outre-Manche. Sur les réseaux sociaux, les Britanniques oscillent entre consternation et fou rire. Certains comparent le parking à un monument dédié à l’incompétence administrative. D’autres y voient une métaphore parfaite de la gestion publique moderne : on construit d’abord, on réfléchit ensuite.
Jeremy Clarkson, l’ancien présentateur star de Top Gear, s’en est même mêlé publiquement, qualifiant le projet de totalement absurde. Quand un présentateur auto s’indigne d’un parking, c’est que le niveau a été atteint.
En attendant 2027, l’aire d’Eynsham reste là. Impeccable, silencieuse, déserte. Un parking fantôme à 58 millions d’euros, posé au milieu de nulle part, attendant patiemment qu’on lui construise une route. On n’invente pas des histoires pareilles. Et pourtant, celle-ci est bien réelle.