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« Ni confirmer, ni infirmer » : le Pentagone refuse de dire si les États-Unis utilisent des dauphins kamikazes

Publié par Cassandre le 06 Mai 2026 à 10:00
« Ni confirmer, ni infirmer » : le Pentagone refuse de dire si les États-Unis utilisent des dauphins kamikazes

Des dauphins dressés pour faire exploser des navires ennemis. Dit comme ça, on dirait le pitch d’un film catastrophe des années 90. Sauf que mardi 5 mai, c’est le secrétaire américain à la Défense en personne qui a été interrogé sur le sujet. Et sa réponse — ou plutôt son absence de réponse — a de quoi laisser perplexe.

La question qui a fait tilt en conférence de presse

Béluga portant un harnais près d'un bateau de pêche en Norvège

Lors d’un point presse au Pentagone, un journaliste a posé une question que personne n’avait vu venir : les États-Unis utilisent-ils des dauphins chargés d’explosifs dans le détroit d’Ormuz, cette artère maritime ultra-sensible entre l’Iran et la péninsule arabique ? Et surtout, l’Iran pourrait-il en posséder aussi ?

Dauphin nageant près d'un navire militaire en mer

Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, a choisi ses mots avec un soin chirurgical. Il a déclaré ne pouvoir « ni confirmer, ni infirmer » l’existence de tels dauphins dans l’arsenal américain. En revanche, il a été catégorique sur un point : l’Iran, selon lui, n’en dispose pas.

De son côté, le chef d’état-major des armées américaines, Dan Caine, a eu une réaction bien différente. Il a simplement affirmé « n’avoir jamais entendu parler de dauphins kamikazes ». Deux réponses, deux tonalités. L’une évasive, l’autre tranchée. De quoi alimenter toutes les spéculations.

Mais avant de crier au complot ou au délire journalistique, il faut remonter le fil. Car l’idée de militariser des dauphins n’a absolument rien de nouveau.

Quand la Guerre Froide transformait les dauphins en agents secrets

Dès les années 1960, la marine américaine a lancé un programme d’entraînement de mammifères marins dans sa base de San Diego. L’idée était simple : exploiter les capacités d’écholocalisation des dauphins — un sonar biologique d’une précision redoutable — pour détecter des mines sous-marines et repérer des plongeurs ennemis.

Base navale américaine avec enclos pour mammifères marins

Ce programme n’est pas resté au stade expérimental. Comme l’a documenté la chaîne publique américaine PBS, ces dauphins ont été déployés lors de la guerre du Vietnam, puis de nouveau pendant la guerre d’Irak en 2003. Leur mission : sécuriser des zones stratégiques avant l’arrivée des troupes.

Mais Washington ne s’est pas contenté de faire jouer les vigies à ces cétacés. Avec les projets baptisés Oxygas et Chirilogy, le Pentagone a poussé le concept beaucoup plus loin. L’objectif était d’entraîner les dauphins à poser des explosifs sur des navires ennemis, à déposer des balises acoustiques dans les ports soviétiques et même à espionner des sous-marins nucléaires. Des saboteurs sous-marins au sens propre du terme.

Ces programmes ont finalement été abandonnés — officiellement, du moins. Car la formule « ni confirmer, ni infirmer » employée par Hegseth en mai 2025 laisse planer un doute savamment entretenu. Et les Américains n’étaient pas seuls dans cette course.

La Russie et son béluga suspect en eaux norvégiennes

L’URSS aussi avait ses dauphins militaires. Dès 1965, la Crimée abritait un centre d’entraînement de mammifères marins. Le programme a été officiellement fermé à la chute de l’Union soviétique en 1991. Officiellement.

Car en avril 2022, les États-Unis ont publié des images aériennes montrant deux enclos pour dauphins installés dans une base navale de Crimée. L’objectif supposé des Russes : empêcher des plongeurs ennemis de s’infiltrer dans cette zone stratégique. La Russie n’a jamais commenté ces images.

Trois ans plus tôt, en 2019, un indice encore plus troublant avait fait surface. Des pêcheurs norvégiens ont découvert, au large de l’île d’Ingoya, dans le nord du pays, un béluga portant un harnais. Pas un harnais de recherche scientifique classique. Un équipement qui, selon plusieurs spécialistes, ressemblait fortement à du matériel d’entraînement militaire russe.

L’animal, visiblement habitué au contact humain, s’est approché spontanément des bateaux. Les experts ont estimé qu’il s’était probablement échappé d’un programme d’entraînement basé dans le nord de la Russie, non loin de Mourmansk. L’affaire a été baptisée « l’espion béluga » par la presse internationale, et le monde animal n’a jamais autant ressemblé à un roman de John Le Carré.

Pourquoi le détroit d’Ormuz change la donne

Si la question des dauphins kamikazes resurgit en 2025, ce n’est pas par hasard. Le détroit d’Ormuz est l’un des points les plus stratégiques de la planète. Environ 20 % du pétrole mondial transite par ce couloir maritime de 40 kilomètres de large, coincé entre l’Iran et Oman.

Les tensions entre Washington et Téhéran n’ont cessé de monter ces derniers mois. Les menaces de Trump envers l’Iran ont ravivé les craintes d’un conflit direct. Dans ce contexte, chaque moyen de surveillance ou de sabotage sous-marin prend une importance démesurée.

Un dauphin entraîné peut plonger à des profondeurs inaccessibles pour les plongeurs humains, se déplacer en silence et détecter des objets métalliques avec une précision que les sonars artificiels peinent à égaler. Dans des eaux aussi surveillées que celles d’Ormuz, où le moindre incident peut faire flamber le prix du carburant, ce genre de capacité n’a rien d’anecdotique.

La question posée en conférence de presse n’était donc pas si absurde. Elle touchait au cœur d’un enjeu géopolitique brûlant, même si la réponse a pris des airs de sketch.

« Ni confirmer, ni infirmer » : une formule qui en dit long

En langage militaire américain, cette expression est tout sauf anodine. Elle est utilisée systématiquement lorsque le sujet touche à des programmes classifiés. C’est la même réponse que le Pentagone donne quand on l’interroge sur la présence d’armes nucléaires à bord de ses navires.

Pete Hegseth aurait pu balayer la question d’un revers de main. Il aurait pu rire, comme l’a fait Dan Caine. Au lieu de ça, il a choisi la formule la plus codifiée du vocabulaire militaire. Celle qui, paradoxalement, suggère qu’il y a bien quelque chose à cacher.

Ce décalage entre les deux hommes — l’un qui refuse de répondre, l’autre qui dit n’en avoir jamais entendu parler — est en soi révélateur. Soit le chef d’état-major n’est pas dans la boucle (peu probable), soit les niveaux de connaissance diffèrent selon les échelons du commandement.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : soixante ans après les premiers programmes de la Guerre Froide, les mammifères marins n’ont pas fini de nager en eaux troubles. Et la prochaine fois que vous verrez un dauphin bondir hors de l’eau, vous ne le regarderez peut-être plus de la même façon.

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1 commentaire

  • M
    Moi
    06/05/2026 à 18:33
    Cette nouvelle cruauté animale me fait vomir, quelle horreur, salopards

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