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Il annule un examen médical pour une urgence : son médecin lui réclame 930 €

Publié par Elsa Fanjul le 05 Avr 2026 à 18:09

Un patient pensait faire face à une simple urgence familiale. Il s’est retrouvé avec une facture de 930 euros pour un rendez-vous médical qu’il n’a jamais honoré. Le médecin, lui, refuse désormais de le soigner. L’affaire, survenue en Suisse, relance un débat brûlant sur les frais d’annulation dans le monde médical.

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Une gastroscopie attendue depuis des semaines

Tout commence par un rendez-vous obtenu de haute lutte. Ce patient allemand, résidant en Suisse, avait décroché un créneau pour une gastroscopie après une longue période d’attente. Ce type d’examen, qui consiste à explorer l’intérieur de l’estomac à l’aide d’une caméra, nécessite une préparation spécifique et mobilise du matériel médical conséquent.

Mais moins de 24 heures avant l’intervention, l’imprévu frappe. Une urgence familiale contraint le patient à se rendre dans son pays d’origine, l’Allemagne. Il contacte le cabinet pour prévenir de son absence. Ce qu’il ignore encore, c’est que cette annulation tardive va lui coûter bien plus cher que l’examen lui-même.

930 euros pour un rendez-vous manqué

Quelques jours plus tard, le patient découvre la facture dans sa boîte aux lettres : 930 euros de frais de non-présentation. Le montant le laisse sans voix. « Je ne savais pas que les frais en cas d’annulation de dernière minute pouvaient être aussi élevés », écrit-il sur Reddit, où il raconte sa mésaventure. L’histoire a ensuite été reprise par le média suisse Nau.ch.

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Patient anxieux dans une salle d'attente médicale

Pour tenter de résoudre la situation, le patient contacte directement le cabinet. Il propose de reprendre un nouveau rendez-vous et demande, au minimum, une réduction de la somme réclamée. La réponse du médecin est catégorique : le paiement intégral est exigé, sans négociation possible. Quand on connaît les difficultés d’accès aux soins qui touchent de nombreux patients, cette intransigeance a de quoi surprendre.

Le médecin rompt la relation avec son patient

Le praticien ne s’est pas contenté de réclamer son dû. Il a également déclaré que la relation médecin-patient était désormais « rompue ». Concrètement, cela signifie qu’il refuse de poursuivre le traitement et de revoir ce patient dans son cabinet. L’homme se retrouve donc avec une facture salée et sans médecin pour réaliser l’examen dont il a besoin.

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Cette double peine — financière et médicale — a provoqué une vague de réactions en ligne. Sur les réseaux sociaux et les forums, les avis sont partagés. Certains estiment que le médecin est en droit de facturer ses frais. D’autres jugent la situation disproportionnée, surtout compte tenu du motif de l’annulation. D’ailleurs, des situations similaires, comme les milliers de rendez-vous annulés lors de mouvements sociaux, montrent que la question des annulations est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

L’Association suisse des patients monte au créneau

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L’Association suisse des patients (ASP) a pris position dans ce dossier. Et son avis est tranché : ces frais d’annulation sont « très critiquables ». Susanne Gedamke, directrice de l’association, reconnaît que les médecins peuvent légitimement demander une compensation en cas d’annulation tardive. Mais elle pose une condition essentielle.

Facture médicale de 930 euros reçue par courrier

« Le montant doit être proportionné et justifiable », souligne-t-elle. Pour l’ASP, une urgence familiale n’a rien de comparable avec un patient qui oublie son rendez-vous ou décide simplement de ne pas venir. Les situations d’urgence « ne sont pas prévisibles » et « ne devraient pas être traitées comme une annulation de rendez-vous ordinaire », insiste la défenseure des patients.

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Frais d’annulation médicaux : que dit la loi ?

En Suisse, il n’existe pas de cadre légal strict encadrant les frais de non-présentation chez un médecin. Les praticiens fixent eux-mêmes leurs conditions, souvent mentionnées dans un formulaire signé à l’inscription. Le patient allemand ignorait probablement l’ampleur de ces pénalités lorsqu’il a pris rendez-vous.

En France, la situation est différente mais pas exempte de tensions. Depuis plusieurs années, la question des « lapins » posés aux médecins fait débat. Chaque année, des millions de créneaux sont perdus à cause de patients qui ne se présentent pas. Des propositions de pénalités financières ont régulièrement été avancées, sans qu’un dispositif uniforme ait vu le jour.

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La différence fondamentale reste la proportionnalité. Facturer quelques dizaines d’euros pour couvrir le temps perdu d’un généraliste est une chose. Réclamer 930 euros pour une gastroscopie annulée en urgence en est une autre. Les frais engagés par le médecin — personnel mobilisé, matériel préparé, créneau bloqué — peuvent-ils réellement justifier un tel montant ? C’est la question que posent de nombreux observateurs.

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Un débat qui dépasse les frontières

Cette affaire suisse résonne bien au-delà des Alpes. Partout en Europe, le rapport entre patients et soignants se tend autour des questions d’argent. D’un côté, les médecins subissent des pertes réelles quand un patient fait défaut, surtout pour des actes spécialisés nécessitant une préparation lourde. De l’autre, les patients estiment que la relation médicale ne devrait pas fonctionner comme une transaction commerciale.

Sur Reddit, un internaute résumait le dilemme avec lucidité : « Dans un monde normal, on justifie ce que l’on réclame. Si le médecin prouve les frais engagés et la perte subie, il est en droit de demander compensation. Mais encore faut-il que le montant corresponde à la réalité. » Un autre rappelait le serment d’Hippocrate, qui engage les médecins à « ne jamais exiger un salaire au-dessus de leur travail ».

Une chose est sûre : avant de prendre un rendez-vous médical — en Suisse comme ailleurs — mieux vaut lire les petites lignes. Et espérer que la vie n’en décide pas autrement à la dernière minute.

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Porte-parole de l'Association suisse des patients

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