« Un petit vibromasseur, s’il vous plaît » : quand les palaces parisiens deviennent le supermarché des caprices
Dans un palace parisien, Rihanna aurait réclamé en urgence un objet intime très précis, au point de montrer le modèle sur son téléphone. L’anecdote, racontée par l’ancien « chasseur » Mathieu Cammas et relayée par Pleine Vie, ouvre une porte rarement entrebâillée.
Celle des demandes extravagantes, parfois dangereuses, auxquelles font face les employés de l’hôtellerie de luxe. Elle est d’ailleurs venue rencontrer la première dame.
Une scène gênante, un téléphone, et « l’objet » qui manque
La scène a tout d’un sketch… sauf qu’elle se déroule dans une suite hors de prix. Selon Pleine Vie, l’épisode se produit quand une assistante appelle la loge et exige de voir « le chasseur » en urgence. Monté à l’étage, Mathieu Cammas tombe sur une demande que l’assistante n’arrive pas à formuler. Alors, toujours d’après ce récit, la chanteuse finit par prendre le téléphone elle-même pour montrer l’article exact : un sextoy « basique », dit-il en souriant, dans l’émission Legend de Guillaume Pley.
À ce stade, il ne s’agit pas de vérifier les préférences d’une star, mais de comprendre la mécanique. Dans un palace, ce qui déclenche l’action, ce n’est pas le désir, c’est l’urgence. Le client veut « maintenant ». Le personnel, lui, doit traduire ce « maintenant » en solution, en magasin ouvert, en livraison, en discrétion. Et si possible, en silence.
Le « chasseur » : ce métier discret qui court pour que rien ne dépasse
Le mot amuse, mais le rôle est clair : le chasseur effectue les courses extérieures demandées par les clients, organise des achats, des démarches, des livraisons, et sert de maillon entre la suite et la ville. C’est une fonction connue dans l’hôtellerie, proche de l’univers portier-bagagiste-groom, mais orientée « missions ».
Dans le récit de Mathieu Cammas, ce poste devient un accélérateur de situations improbables. Son livre Palaces (paru chez City Éditions) promet d’ailleurs ce grand écart permanent : demandes « impossibles », logistique de dernière minute, obsession du détail et, surtout, interdiction tacite de dire non. Plusieurs présentations du livre reprennent cette idée d’un service poussé jusqu’à la démesure.
Le plus ironique, c’est que le luxe n’a pas inventé les besoins. Il a surtout inventé la certitude qu’ils doivent être satisfaits immédiatement.
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Des paons albinos à la Tour Eiffel : l’imagination a du budget
Toujours selon les confidences relayées, l’ancien chasseur évoque un paon albinos demandé pour une soirée, ou encore une tentative de privatisation de la Tour Eiffel pour une demande en mariage. Quand la Tour n’est pas disponible, il faut une « solution de repli » à la hauteur du fantasme, quitte à déplacer le décor vers une péniche et un message visible depuis le monument. Ce genre de caprice est monnaie courante.
Ces histoires font sourire, car elles parlent notre langue préférée : celle de l’absurde. Pourtant, elles disent quelque chose de plus sérieux sur le fonctionnement des palaces. Dans ces établissements, l’excellence n’est pas seulement une promesse commerciale. C’est une norme sociale. Le client paie cher, donc il exige. Le personnel exécute vite, donc il s’expose.
Au passage, l’idée même de « privatiser » un symbole parisien rappelle que la ville n’est pas un décor privé. Elle résiste. Et elle a des règles, ce qui, dans certains étages, ressemble parfois à une provocation.
Quand la demande flirte avec l’illégal : le palace, frontière (très) fine
Le récit devient nettement moins léger quand Mathieu Cammas explique qu’on lui aurait demandé « quasiment tous les jours » des choses illégales : drogue, prostitution, armes. Pleine Vie rapporte ces éléments en insistant sur un profil de clientèle persuadée que « tout s’achète ». Certaines stars ont des exigences étranges.
Or, en France, ces sujets ne relèvent pas du folklore. L’achat d’actes sexuels est interdit et puni depuis la loi du 13 avril 2016. Le gouvernement rappelle explicitement cette interdiction dans ses pages d’information. De même, l’usage de stupéfiants reste interdit, avec un dispositif d’amende forfaitaire mis en place depuis 2019 dans certains cas, et un cadre pénal rappelé par des sources publiques.
Enfin, le port et le transport d’armes sont strictement encadrés, et les sanctions peuvent être lourdes si la réglementation n’est pas respectée. Là encore, les sites officiels détaillent l’interdiction et les peines possibles.
C’est ici que la réalité reprend le dessus : un employé, même dans un palace, ne bénéficie pas d’une immunité « cinq étoiles ». S’il cède, il se met en danger. S’il refuse, il risque la colère d’un client habitué à ne jamais entendre ce mot-là. Dans cet univers, le « non » n’est pas impoli : il est subversif.
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Le poids du secret, la peur, et la mise en scène permanente
Les palaces vivent de leur réputation autant que de leurs draps repassés. Ils vendent une expérience fluide, sans accrocs visibles. Le chasseur, lui, devient une main invisible chargée d’empêcher le réel de faire du bruit. D’autres stars, comme Nicole Kidman, ont aussi leurs petites manies.
Mathieu Cammas raconte aussi la mise en danger concrète : transporter une montre très chère sur quelques centaines de mètres, accepter un garde du corps, sentir que la ville peut devenir hostile quand l’objet tient plus du lingot que de l’accessoire. Pleine Vie rapporte cette histoire autour d’une montre évaluée à plus de deux millions d’euros.
D’autres récits décrivent des scènes intimes, parfois brutales, comme des disputes de couple ou des confidences arrachées par la fatigue. On comprend alors que l’ultra-luxe n’achète pas seulement des services. Il achète un théâtre. Et le personnel, souvent, joue sans script. Un article du Point présentait ce livre comme une façon de « briser l’omerta » sur les coulisses du luxe, en assumant l’idée que l’envers du décor n’est pas toujours glamour.
Désillusions : « très peu de personnes heureuses »
Le cœur du sujet n’est pas Rihanna, ni un paon, ni même la Tour Eiffel. Le cœur du sujet, c’est la désillusion. Dans les extraits relayés, Mathieu Cammas insiste sur une conclusion amère : ce monde ne le fait plus rêver, et il y aurait vu « très peu de personnes heureuses ». Ce constat mérite qu’on s’y arrête, car il renverse le mythe central de l’argent magique.
Les palaces concentrent une promesse : celle d’un confort absolu. Pourtant, le récit décrit surtout des clients tendus, pressés, parfois paranoïaques, souvent insatisfaits. Le luxe apaise certains soucis, mais il ne soigne ni la solitude, ni l’angoisse, ni l’ennui. Il les rend même plus coûteux. On préfère parfois voir les stars en bikini.
Et puis, il y a l’autre côté du miroir. Les employés encaissent les horaires, les exigences, et l’obligation de sourire à travers tout. Le service devient une discipline. On le présente comme un art. Ceux qui le pratiquent y voient aussi un sport de combat, sans gants et avec une cravate.
Au palace, le client est roi
L’anecdote du sextoy demandé « en urgence » amuse parce qu’elle choque juste ce qu’il faut. Elle intrigue parce qu’elle touche à l’intime. Mais elle révèle surtout une vérité plus large : dans un palace, le client ne demande pas seulement un objet, il demande que le monde s’organise autour de lui. Tant que la demande reste légale, c’est une performance. Quand elle dérape, c’est une ligne rouge, et ce sont les petites mains qui risquent de la franchir à leur place.
Au fond, le luxe extrême ressemble parfois à une enfance prolongée, avec carte illimitée. La différence, c’est qu’ici, les caprices ne se paient pas uniquement en euros. Ils se paient aussi en stress, en silence, et en illusions perdues.